Détroit

A la croisée des chemins

 

Bertrand Cantat © Jérôme Gaillard

 

Bertrand Cantat, mythe vivant de la scène rock française, n’aurait sans doute pas repris tout de suite le chemin de la scène s’il n’avait pas trouvé sur sa route un certain Pascal Humbert et, plus tard, son ami Bruno Green : musicien, ingénieur du son, producteur… On l’a connu du côté de Rennes pendant de longues années en solo, il y a eu ensuite l’aventure Santa Cruz qu’on a découvert sur le tard en Bourgogne (en 2008 sur le festival Nevers à Vif et en 2013 sur le festival Génériq à Dijon) et puis, plus récemment, sur la coproduction de l’album Horizon de Détroit qui fait sensation.

 

Bruno Green © Gianni Villa

 

Rencontre avec Bruno Green…

 

 

J-M J : Bruno, c’est un grand plaisir de te retrouver ici, à Bourges, sur ce projet avec une tournée de presque 80 dates et un accueil exceptionnel, quasi au-delà des espérances…

 

BG : Au-delà des espérances, oui, mais pour ramener les choses à leur origine nous n’avions pas fait de plan pour une éventuelle tournée pendant tout le temps de la conception de l’album qui d’ailleurs a été un peu boudé au départ par les circuits habituels . Et je dis cela sans amertume…Ce qui est fantastique c’est que c’est le public qui s’est approprié ce disque !  C’est lui qui a fait la démarche d’écouter, d’acheter l’album, ce sont les gens qui ont rempli les salles. On a vu naitre un phénomène qui n’a pas arrêté de s’amplifier et la tournée est sold out pour les quelques mois qui viennent… Oui, c’est surprenant, on ne s’attendait vraiment pas à cela, il n’y avait rien d’acquis.

 

JMJ : Au-delà de tout ce qui a pu être dit et écrit autour de Bertrand, il y a quand même ce disque et on est surtout là pour ça et je crois que le public ne s’y est pas trompé ! Bruno, peux- tu nous parler de la genèse de cet album ?

 

BG : Pour moi, il y a déjà cette longue amitié avec Pascal Humbert, un projet commun qui s’appelle Lilium et un album, Felt, sorti en 2010. Pascal, également ami de Bertrand, a donc fait appel à moi lorsqu’il a fallu travailler en confiance avec quelqu’un et commencer à mettre en forme les démos, à enregistrer les premières idées. C’est ainsi qu’a débuté l’aventure, jour après jour, petit à petit… On a fait pas mal de pré-production, passé pas mal de temps ensemble et Horizon s’est construit progressivement comme ça.

 

JMJ : Comment se sont déroulées les cessions et comment intervenais-tu sur ce projet alors que tu avais choisi de « fuir » la France ?

 

BG : J’avais surtout envie d’aller ailleurs pour différentes raisons mais en particulier pour la tournure sociale des choses et les dernières élections confirment, hélas, mes craintes. Mais je voulais surtout m’ouvrir le champ des possibles pour moi mais aussi pour ma famille,  chercher un autre avenir que celui qui était envisageable, ici, en France. Cela fait sept ans maintenant que je suis installé au Québec mais je suis resté connecté avec Pascal. D’ailleurs, depuis que je suis parti, j’ai beaucoup de demandes qui émanent de la France ou d’Europe pour des réalisations artistiques donc je suis souvent revenu. J’enregistre tout en extérieur et je ramène ça chez moi, je mixe, masterise…  Dans Détroit, au départ, j’intervenais en tant qu’ingénieur du son et puis on s’est retrouvé dans les Landes, en pleine campagne, tous les trois, sur de longues périodes d’autarcie à créer, à composer, à défricher tout ça. Au fil du temps, je suis passé d’ingé. son à coréalisateur, puis, à musicien et de temps en temps j’attrapais une guitare ou je faisais des arrangements de clavier, de programmations. Voilà, l’histoire ! Ca c’est fait comme ça, sur un an et demi presque jusqu’à ce qu’on aille en studio et qu’on élargisse le groupe maintenant pour le live avec le batteur Guillaume Perron et Nicolas Boyer, guitariste.

 

JMJ : Pour toi qui ne connaissais pas Bertrand, j’imagine que ce fut une expérience humaine très forte ?

 

BG : C’est clair, c’est une expérience humaine avant tout, personnelle aussi puisqu’on se retrouve tout d’un coup dans un projet que l’on savait très attendu et puis, qualitativement, Bertrant Cantat n’est pas n’importe qui alors je ne dirais pas qu’il y avait une pression mais quand même un certain poids. Après, ce qui est fondamental, c’est la qualité de la relation humaine et dans Détroit c’est ce que nous avons privilégié. On avait besoin d’une vraie osmose sur ce projet. Notre trio fonctionne vraiment très bien et ça reste valable sur scène aujourd’hui.

 

JMJ : C’est quand même la grande aventure musicale de ta carrière. Dans ton parcours d’artiste, tu la situerais où?

 

BG : Je l’accueille avec beaucoup de plaisir, je vais fêter mes 28 ans de métier et j’ai déjà eu des très, très belles expériences, notamment avec Miossec. Je m’estime assez privilégié dans ce métier et je me suis toujours dit, même avant Détroit, que j’avais cette chance que la vie me donne tout ce dont j’avais toujours rêvé dans ce métier…

 

JMJ : Ce que tu racontes très bien dans un bouquin que je recommande à tout le monde et qui s’appelle It’s Not Only Rock'N'Roll (Cf. Magma n°90)…

 

BG : Oui merci ! Pour terminer, je prends ça comme l’aboutissement d’une philosophie personnelle que j’ai toujours mise en avant dans mon métier, d’options, de choix. J’ai essayé de ne jamais vendre ce qui était pour moi des principes fondamentaux, puis là, aujourd’hui, c’est un peu comme la cerise sur le gâteau. Détroit m’offre, à la fois, la liberté musicale, une amitié forte et une justification de beaucoup d’années de travail… Je prends tout ça très tranquillement, sereinement mais je suis pleinement conscient que c’est un privilège.

 

JMJ : La marque un peu folk rock sur Détroit, c’est ta griffe, non ? On sent vraiment le travail d’équipe sur cet album.

 

BG : Oui, c’est un mixe, tout à fait ! Avec Bertrand, on s’est retrouvé assez rapidement sur des goûts et des sensibilités communes. Musicalement, on fonctionne bien ensemble. Il y a l’univers de Bertrand, des Visages des figures, et puis, il y a celui de Pascal et le mien. C’est la mise en commun de trois univers qui avaient déjà beaucoup en commun. Chacun y a mis sa patte et je suis très heureux et flatté qu’il y ait la  mienne. Bertrand nous a laissé une grande liberté d’expression.

 

JMJ : Sur scène, vous ne jouez pas que du Détroit mais une bonne partie de Noir Désir et un peu de Léo Ferré…

 

BG : Oui, il y a l’adaptation du texte de Ferré Des Armes qui avait été faite en musique par Noir Désir mais on ne reprend pas Avec le temps.  On joue, je crois, neuf titres de l’album ce qui ne suffit pas à faire un concert… Donc, oui, il y a du Noir Désir  parce que je crois que le public a envie de réentendre des chansons qu’il a tellement aimées. Il y a en a presque autant de Détroit et c’est un grand plaisir de pouvoir donner cela au public même si ce n’est pas du Noir Désir au sens strict. On a, par exemple, relifté Tostaky en se faisant très, très plaisir. Ca fait partie des moments de liberté en répétitions qu’on a gardés pour la scène.

 

Propos recueillis par Jean-Michel Marchand

 

Pour en savoir plus sur Détroit : www.detroit-music.com

 

Special thanks à Jean-Michel et Cath

 

Retrouvez aussi cette interview en podcast sur Bac FM : http : //www.bacfm.fr/podcasts/

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