CHILI & BOLIVIE

COMME UN BOOMERANG...

Chemin de fer vers Uyuni © Melissa Mari

 

En octobre dernier nous vous amenions au Chili, à la découverte de la région du Maule : son fleuve, ses lagunes, une nature aussi sauvage que passionnante et puis la grande Cordillère. Dépaysement absolu ! Il nous en a fallu peu pour motiver un nouveau voyage sur cette terre aux mille contrastes.

En route pour le Nord du Chili et le Sud Lipez Bolivien…

Comment envoyer du rêve avec un petit budget en partant à l’autre bout du monde ? Environnement, patrimoine, activités culturelles et sportives, prix, accessibilité et surtout, accueil ! Si vous voulez avoir un souvenir unique de votre voyage, organisez votre propre itinéraire, cela se révèlera beaucoup plus excitant. C’est en suivant cette méthode que nous avons opté pour le Nord  du Chili, avec une petite extension sur le Sud Lipez Bolivien. Pour vivre une belle expérience, sans se frotter à une horde de touristes, nous sommes partis hors-saison, en choisissant la période de l’automne sur le continent. Voyageurs peu exigeants, sans besoin d’un grand confort et en bonne condition physique, les mois de mai et juin sont idéaux pour visiter le Grand Nord du Chili, le Sud Lipez Bolivien et une pépite, plus au sud bordant l’océan Pacifique. Le temps y est relativement clément, même si les températures sont fraiches, voire très fraiches dans le désert, mais c’est là tout l’intérêt de l’expérience!

Le Grand Nord et le Sud Lipez Bolivien

 

laguna colorada Bolivie © Melissa Mari

 

En termes de dépaysement, c’est vraiment le haut niveau, il est même possible que vous soyez si époustouflés qu’il vous faudra chercher longtemps une destination qui saura égaler la beauté de vos souvenirs. L’un des points de départ pour réaliser une excursion dans ce pays des merveilles, se trouve à San Pedro de Atacama, l’un des derniers villages témoins de la culture traditionnelle indigène du Chili. Bien que véritable carrefour touristique, aujourd’hui peuplé d’anciens routards ayant développé le business du voyage « à la roots », vous ne serez pas déçus par la beauté des panoramas entourant l’oasis de San Pedro, ni même par les activités proposées : VTT, randonnées, observatoires astronomiques naturels, sites archéologiques, thermes…

 

la vallée de la Luna Chili © Melissa Mari

 

Petit conseil, tentez l’expérience du « sandboard » (surf sur dune de sable) dans la Valle de la Luna : quelques kilomètres de vélo au milieu des roches et des crêtes parsemées de sel gemme pour arriver aux pieds des dunes de sable…et paysage lunaire porte bien son nom. Le plus grandiose reste néanmoins l’excursion de 5 jours dans le Sud Lipez bolivien, obligatoirement organisée par une petite agence de San Pedro (sinon c’est à vos risques et périls !). Un 4x4, des litres d’eau, de quoi tenir le choc face au mal d’altitude, des vêtements chauds et, dans notre cas, bien se mettre en tête que la douche ne fera pas partie des options pendant 4 jours et le « tour » commence par l’ascension jusqu’à la frontière bolivienne, située au milieu des montagnes et matérialisée par un cabanon qui ne paye pas de mine. C’est à couper le souffle, au sens littéral comme au figuré (déjà plus de 2000 mètres d’altitude) ! A ce moment-là, vous n’imaginez pas que vous allez partir pour des kilomètres au milieu de nulle part, sans croiser âme qui vive avant des heures, simplement vous et l’immensité qui vous entoure, vous donnant l’impression d’être au centre de la terre.

salar de Uyuni © Melissa Mari

 

Tout commence par le Salar d’Uyuni, une étendue de sel où ciel et terre ne font plus qu’un, créant un horizon flou et déroutant. S’en suivent des déserts à perte de vue, à 5 km près des terres volcaniques puis des montagnes enneigées, des dunes de sable et des étendues rocheuses, abritant à tour de rôle, des lagunes blanches, vertes, rouges, peuplées d’animaux inattendus en ces terres si inhospitalières. Les couleurs éclatantes des terres vierges, du ciel, s’étendent à l’infini, l’air pur promène des senteurs inconnues, les nuits étoilées et les levers de soleil à 5000 mètres d’altitude sont indescriptibles… Sensations incomparables, sentiment de liberté incommensurable ! On rentre épuisés après un tel périple, ajouté à cela le froid, le manque de sommeil et l’envie de manger à nouveau varié. En choisissant le tour « premier prix » les hébergements sont typiques mais parfois primaires (maisonnette de sel ou de briques) sans chauffage, avec peu d’eau (denrée précieuse), repas simples à base de poulet, soupe, patates… ce n’est pas le 3 étoiles ! En revanche, en termes de rencontres c’est inégalable. Des familles attachantes vous accueillent au sein de leur petit foyer et vous donnent sans compter, c’est une belle expérience humaine dont on sort grandis.

Après la nature, direction le littoral pour découvrir la « Costa de Santiago », principale zone côtière touristique du pays. Qui dit touristique ne signifie pas forcément dénué de charme, il y a nombre de trésors inattendus à découvrir, à commencer par la « Perle du Pacifique », la ville portuaire de Valparaiso. Repoussante pour certains, fascinante pour d’autres, Valparaiso est un électron libre. Les rues de cette cité en déclin forment un labyrinthe aux mille couleurs : tags, commerces atypiques, édifices historiques, tous vestiges d’un passé pluriel. D’un escalier tortueux à un funiculaire instable, d’une colline abrupte à un front de mer linéaire, les récits se retrouvent et se confrontent. Marins et mauvais bougres des mers, artistes et intellectuels, filles de joie et vagabonds, graffeurs et autres peintres des rues, Valparaiso ne vous laisse pas indemne. Une journée n’est pas suffisante pour se faufiler dans toutes les ruelles et découvrir les secrets de ce musée à ciel ouvert. Incontestablement insolente et indéniablement incomprise, cette ville crasseuse est d’une beauté rare. Aujourd’hui victime d’une réalité destructrice, elle lutte néanmoins pour rester un mythe intouchable. A ne pas manquer ! 

Le Chili est un vaste territoire plein de contrastes, il faut prendre son temps pour en visiter les moindres recoins. Du Grand Nord à la Tierra de Fuego, en passant par l’Ile de Pâques, pas une parcelle ne se ressemble, pas un chilien n’est identique, pas une histoire n’est commune. Comment quitter ce pays si authentique, sa nature indomptée, son peuple si chaleureux et sa culture passionnante ? L’unique moyen étant de lui dire : « A bientôt ! » Après 20 jours de voyage, nous voilà rôdés et prêts à enfiler de nouveau les baskets de rando pour revenir explorer les autres contrées chiliennes. C’est la larme à l’œil que l’on quitte ce continent, un peu déboussolés par cette aventure au pays des merveilles…

Texte et photo Mélissa Mari 

 

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EL CIUDADANO (Le Citoyen)

LA CONSCIENCE EVEILLEE DU CHILI

 

El Ciudadano © El Ciudadano

 

 

Communiquer!  C’est sans doute un exercice que nous devrions réapprendre ou apprendre différemment… Il faut savoir que dans certains pays, à l’autre bout du monde, la communication n’est plus simplement le monopole de médias au service d’une élite industrielle ou d’un organe décisionnaire mais l’arme puissante d’un peuple auparavant baillonné qui a décidé de se faire entendre en usant de son droit à s’exprimer pour rester, un tant soit peu, maître de son destin. Porte-parole de cette expression, El Ciudadano, incarné par son directeur et fondateur Bruno Sommer, revient pour nous sur l’histoire d’une prise de conscience citoyenne.

 

MB : Comment est né El Ciudadano ?

 

El Ciudadano est né d’une préoccupation personnelle et politique pour une transformation sociale par la communication. L’idée étant de rendre les gens et les organisations sociales acteurs de ce changement à travers un outil de communication sociale : El Ciudadano. Bientôt des collègues nous ont rejoints et le journal est devenu au fil du temps le deuxième moyen de communication de l’histoire du Chili. Bien que né en région, le journal a rapidement trouvé une diffusion nationale et, en se rendant disponible sur des lieux stratégiques, des lieux de prise de décision tels que Santiago ou Valparaiso (Le Chili étant un pays très centraliste), nous avons gagné en influence. Contrairement à la plupart des médias au Chili, nous n’avons ni le soutien d’un parti politique ni d’un groupe économique ou religieux, nous sommes tout simplement le média des mouvements sociaux dans le pays.

 

MB : Vous faites partie de la « Red de Medios de los Pueblos ». Pouvez-vous nous parler de cette organisation ?

 

Nous sommes les fondateurs et promoteurs de cette structure qui réunit différents  moyens de communication : imprimés, web, tv et radio. La RMP (Le Réseau des médias des Peuples) a pour but de créer un espace d’information collectif entre les différents médias où nous  apprenons les uns des autres et partageons du contenu journalistique. Ce réseau est une réponse au blocus  hégémonique imposé par le mass média capitaliste. Nous nous trouvons à la fois dans la défense du droit à l’information et à la communication et dans l’impulsion d’une nouvelle loi sur les médias dans le pays.

 

El Ciudadano

 

 

MB : El Ciudadano, c’est plus qu’un journal, c’est un parti pris ! Quels sont les combats que vous avez menés ? Vos victoires?

 

Gagner notre place sur la scène des grands médias du pays fut notre principale bataille. Se retrouver dans les kiosques et fidéliser les lecteurs nous a permis d’opérer et d’améliorer notre travail journalistique. Nous avons consolidé la diffusion nationale du support papier puis, peu à peu, amélioré notre site internet qui est en constants progrès. Désormais, El Ciudadano est le troisième média le plus puissant du pays sur les réseaux sociaux, devant les médias historiques nationaux qui  ont, de loin, beaucoup plus de ressources. L’aventure du journal et les combats que nous avons menés avec les mouvements sociaux sont nos victoires. Conjointement, nous avons placé dans le débat public des sujets importants tels que ceux pour une éducation gratuite et de qualité ou celui sur la nécessité d’une assemblée constituante et d’une nouvelle constitution pour mettre fin à l’héritage émanant d’une dictature…

 

MB : Existe-t-il une défiance de l’Amérique Latine vis-à-vis des Etats Unis ou au contraire une certaine fascination ? Vous publiez sur votre site, par exemple, un article décrivant une théorie sur la mort d’Hugo Chavez signé d’Eva Golinger ou encore un papier (RT) parlant de la proposition de Ann Coulter pour stopper l’émigration mexicaine vers les EU…

 

Je pense que la frustration n’a jamais été aussi importante face à la promesse de démocratie. Je crois que nous sommes fatigués d’être l’arrière cour des Etats-Unis et de l’Union Européenne et pour qui connait un peu la réalité géopolitique, on peut remarquer qu’il y a un processus de néo-colonisation par les grandes puissances là où le socialisme, les questions d’identités et de territoires ne leur conviennent pas. Nous vivons dans une société dominée par l’intérêt de ceux qui contrôlent le capital, dirigent aussi la plupart des médias. Ils peuvent ainsi instrumentaliser une vérité selon leur volonté. Soulever un doute, avoir un autre point de vue, une opinion contraire, ou faire de la résistance apparait alors comme du terrorisme ! La méfiance générée par les EU dans le monde est la conséquence de sa propre politique étrangère où le « soft power » révèle peu à peu son vrai visage. Ses désirs impérialistes ne sont pas morts, loin sans faux !

 

Manifestation 2011 pour une éducation gratuite et de qualité © El Ciudadano

 

MB : Suite aux sanctions internationales contre la Russie, le rapprochement (commercial dans un premier temps) de l’Amérique latine et de la Russie n’est-il pas à craindre pour les EU ?

 

Les EU n’aiment pas trop l’idée que nous puissions nous associer avec les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Ils ont besoin d’une économie réelle pour soutenir leur propre économie et les ressources naturelles sont ici ! La collaboration entre Amérique Latine et BRICS peut avoir un coût inattendu pour l’économie anglo-saxonne. Mais après des années d’extraction, avoir été le seul exportateur de matières premières à causé de forts dommages à notre environnement. Ce que nous voulons désormais, c’est établir un nouveau traité où les choses seraient plus équilibrées au moment d’établir des relations culturelles et économiques. Et plus qu’aux Etats-Unis, aujourd’hui, nous devons faire attention aux grandes corporations et aux façons d’agir d’une élite transnationale anarchocapitaliste qui est capable de tout pour accroitre sa puissance.

 

MB : Michelle Bachelet (qui a de lointaines origines bourguignonnes) a été réélue au Chili cette année. Est-ce une bonne chose pour l’égalité dans votre pays ?

 

C’est évidemment quelque chose que nous allons suivre. Son premier mandat a été le « meilleur » des 4 gouvernements de la coalition mais il y a encore beaucoup de retard dans l’action sociale. Elle est arrivée au pouvoir avec un programme qui déplace légèrement à gauche l’action politique. Son premier défi sera d’investir sa majorité sur le programme qui l’a portée à l’élection. Elle devra ensuite chercher l’appui social de la rue pour faire aboutir son programme sans pactiser avec la droite. Son défi, enfin, sera de faire que les changements  s’opèrent de manière participative et non en portes closes. Si elle a suffisamment de courage elle pourrait faire du Chili un pays plus démocratique, plus diversifié, plus égalitaire, plus fraternel… Un pays meilleur !

 

MB : Avec bientôt dix ans d’activité, le visage du Chili a-t-il évolué grâce à votre travail ? Quelle est l’importance d’un média comme le vôtre en Amérique Latine ?

 

Ce que nous faisons, c’est simplement relater ou montrer au monde des événements  d’un point de vue libertaire. Nous voyons la communication, l’information  comme des outils au service de la transformation sociale des peuples du Chili et de l’Amérique Latine. Nous croyons qu’avec notre travail et celui des autres médias  « frères » du continent, nous participons à la création d’une plus grande prise de conscience de notre droit à l’autodétermination dans les domaines économiques, sociaux et politiques, même si le chemin est encore long... L’affrontement est inégal, nous sommes plusieurs David contre un Goliath blindé, mais nous sommes convaincus qu’avec la communication et une action directe de toute part, nous arriverons à faire comprendre qu’un changement solide ne peut être construit que du bas vers le haut, que du local au global et uniquement de la main de l’ensemble des citoyens.

Propos recueillis par Jérôme Gaillard,

Traduction de l’Espagnol par Guillermo Gómez et Jérôme Gaillard

http://www.elciudadano.cl/

 

YVES JAMAIT

UN DESTIN EPANOUISSANT

 

Yves Jamait © Jérôme Gaillard

 

 

Sur l’écriture d’un nouvel album pour fin 2015, Jamait n’en finit plus de collectionner les projets. Si certains artistes se noient dans les reprises ou les duos parce qu’en panne d’inspirations ou de courage, Yves lui, n’a jamais était aussi prolifique. Au-delà des hommages et des tributes classiques, ses aventures ressemblent plus à des défis artistiques qu’à une retraite. Un hommage au grand Brel avec 850 choristes, un au poète Allain Leprest, un spectacle tribute à Guidoni en collaboration avec Benoit Lambert (metteur en scène et directeur du TDB CDN) et un 6ème album studio en chantier… Rien à dire, le point de mire de Jamait reste ancré au cœur de la poésie et de la chanson française. Et s’il n’est pas un artiste engagé sa conscience citoyenne, elle, reste plus que Jamait vivante !

 

 

M : La dernière fois que je t’ai vu sur les planches, tu interprétais du Guidoni, un grand moment pour les spectateurs et pour moi. Tu reviens avec ce spectacle à la rentrée, combien de date sont-elles prévues ?

 

Jamait : Oui et je suis étonné de ce succès. Même si j’étais assez content du travail effectué en amont on ne sait jamais au final comment cela sera perçu par le spectateur et j’avoue que j’ai été agréablement surpris par cet accueil. Pour ceux qui l’ont manqué, on revient effectivement avec ce spectacle pour une quinzaine de dates dont trois à Dijon, du 18 au 20 septembre. Cette tournée s’achèvera le 14 janvier à Arcachon.

 

M : C’était une nouvelle expérience pour toi cette mise en scène d’un  « cabaret spectacle » ?

 

YJ : Oui, c’était quelque chose de totalement nouveau pour moi, c’est vraiment la rencontre avec Benoit Lambert qui a motivé cela. On s’est rencontré deux ou trois fois, on s’est apprécié  puis on s’est dit que ce serait marrant d’arriver à travailler ensemble d’autant qu’on savait que personne ne s’attendrait à cette collaboration. Moi venant de la variété et lui de la culture avec un grand C, c’était un peu improbable. C’est Guidoni, qui, au fil de nos discussions nous a rapprochés mais au départ il n’y avait pas de plan. On trouvait juste dommage qu’une œuvre telle que celle de Guidoni ne soit pas représentée comme une œuvre théâtrale.

 

Yves Jamait © Jérôme Gaillard

 

 

M : Guidoni a-t-il assisté au spectacle ?

 

YJ : Jean l’a vu, oui, il était assez interloqué. En effet, on visite son passé et ce qu’il fait encore aujourd’hui car il continue de chanter certaines de ses chansons même s’il ne les joue plus de la même façon. Il n’a plus son maquillage maintenant mais des titres comme Djemila, Les Draps Blancs sont encore dans son répertoire. En ce moment, on est réuni dans un spectacle qui s’appelle Où vont les chevaux quand ils dorment ? autour d’Allain Leprest que l’on joue également avec Romain Didier. Nous sommes devenus assez proches ce qui me permet de dire que Tout va Bien a été un peu désarçonnant pour lui. On a pas mal discuté et il a été jusqu’à me dire que j’interprétais mieux que lui certaines chansons dont Je pourris camarade qu’il a écrite. C’est assez agréable à entendre, j’avoue. Je pense que cela à du être assez bouleversant pour lui de revivre tout cela.

 

M : La salle était pleine, beaucoup de personnes d’un certain âge, beaucoup de monde bouleversé mais aussi une certaine gêne…

 

YV : C’est sûr que les textes peuvent déranger, Pierre Philippe, l’auteur des trois quart des chansons creuse des choses qui sont parfois des réminiscences de rancœur, des thèmes qui sont loin d’être les plus nobles chez l’être humain.

 

MB : Dans un autre registre mais toujours dans la chanson française, tu vas chanter du Jacques Brel à Troyes, durant les Nuits de Champagne, comment appréhendes-tu ce répertoire ?

 

YJ : Oui, belle transition ! Je vais donc revoir Jean Guidoni Aux Nuits de Champagne pour l’hommage à Allain Leprest dont je te parlais tout à l’heure. Donc trois spectacles à Troyes, le mien autour de l’album Amor Fati, Où vont les Chevaux quand ils dorment autour de Leprest et le spectacle autour de Jacques Brel avec les 850 choristes que je vais partager avec Clarika et Pierre Lapointe. On a chacun deux ou trois chansons de Jacques Brel à interpréter et une chanson de notre propre répertoire. Pas d’appréhension particulière, je suis même plutôt enthousiaste et je dirais que j’ai 850 raisons d’être enthousiaste ! J’ai eu la chance au mois de mai d’aller faire un spectacle avec Romain Didier qui m’avait écrit un rôle sur mesure dans le cadre du festival Nancy Voix du Monde et j’ai chanté avec 250 choristes et Elisa Tovati qui tenait l’autre rôle. 250 ça secoue bien les trippes, alors 850… Et qui plus est sur un répertoire qui n’a plus besoin de faire ses preuves ! On aura chacun des chansons qui sont relativement connues (mais mystère !) et qui ont déjà fait chavirer un paquet de gens, bref, j’y vais vraiment en confiance ! J’ai envie de faire mon travail de mon mieux, ça c’est clair, mais  interpréter l’œuvre de Allain Leprest et celle de Jacques Brel, c’est un vrai plaisir et une grande chance. 

 

M : Penses-tu que ça se fera dans l’autre sens un jour ? Chantera-t-on du Yves Jamait avec la même ferveur sous de grands festivals ?

 

YJ : Je ne sais pas, je serai mort d’ici là. Je n’ai bien sûr pas l’impact d’un Brel ni le même écho médiatique et puis, aujourd’hui, c’est plus difficile de se faire une place. Jamait on le reconnait grâce à sa casquette pas à ses chansons.

 

 MB : Un titre de ton premier album a longtemps raisonné comme un hymne aux oreilles du peuple ouvrier, un titre qui a certainement participé à ton succès Y’en a qui. Que penses-tu aujourd’hui de la tournure des événements pour les intermittents du spectacle d’une part et plus largement pour le travailleur français ?

 

YJ : Oui, c’est marrant, il y a une chanson dans mon premier album qui a fait de moi un chanteur engagé c’est pour cela que sur le second j’ai dit partout : « Je ne suis pas un chanteur engagé ! ». Je suis un artiste pas un politicien sinon j’aurais fait de la politique et pas de la chanson mais forcément en tant qu’artiste j’ai un regard sur la société, un regard social et si dans mes chansons je ne parle pas de social alors mes chansons deviennent creuses ! Mais pour revenir à Y’en à qui, je l’ai écrite quand je travaillais chez Urgo après avoir vu un employé se voir refuser une augmentation de 200 francs par son patron qui quelques heures plus tard sortait avec une Camaro de l’usine. J’ai trouvé cela plutôt indécent, voilà l’histoire.

En ce qui concerne l’actualité sociale, je suis le premier à la dénoncer mais le problème maintenant en dénonçant est qu’on se retrouve aux côtés du Front National et c’est quelque chose de très désagréable ! J’ai toujours peur de cette récup qu’il peut y avoir. Pour ce qui est des intermittents, je pense qu’ils sont vraiment le reflet de ce qui se passe dans cette société et  je participe à certaines des manifestations. Il n’y a qu’à regarder dans tous les livres d’Histoire, quand on n’investit plus dans la culture ça peut être dramatique derrière. Je suis aussi le premier à être révolté de voir des gens se faire licencier par paquet. Quand Amora, à Dijon, licenciait 400 personnes j’ai invité les gens, la veille de la manif, à venir soutenir ces futurs chômeurs qui avaient tous une histoire commune avec nous. Ils étaient nos voisins, des amis ou des amis d’amis, des membres de la famille. On est tous concernés par ce genre d’histoire. Je suis engagé mais en tant que citoyen parce que beaucoup de choses m’énervent, me révoltent, hélas, je n’ai pas les solutions. Mais quand on donne 6, 6 milliards d’euros à la banque Dexia et qu’on n’arrive pas à donner aux chômeurs, là, je ne comprends pas. Que la question soit simpliste, je veux bien, mais qu’on nous donne quand même une réponse !

Je ne suis pas un chanteur engagé mais je le suis un peu plus quand même que Tal ou M Pokora ! L’essentiel pour moi, tu l’as compris, c’est que l’engagement n’efface pas mon travail, mes chansons, car je suis avant tout un artiste.

 

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Jamait vous donne rendez-vous dès le 12 septembre pour la fête de l’Humanité, le 13 à Saulieu, du 18 au 20 à Dijon (Tout va bien), le 3 octobre au festival Tango Swing et Bretelles à Montceau-les-Mines, le 6 à Chatillon sur Seine et du 23 au 25 octobre aux Nuits de Champagne, à Troyes.

 

Pour tout savoir sur Yves Jamait : www.jamait.fr

 

 

ANA DIAS

UNE INTIME CONVICTION

 

Ana Dias © Ana Dias

 

 

On ne choisit pas le métier de photographe, c’est lui qui nous choisit. C’est en tout cas ce qui s’est passé pour Ana Dias, notre jeune artiste portugaise en couverture de ce numéro. Fascinée depuis toujours par l’image, par le jeu de la lumière sur le corps et par la beauté dénudée de ce dernier, Ana est rapidement devenue une dévoreuse d’images en attendant le jour où, à son tour, elle pourrait publier dans les revues qu’elle affectionne. Aujourd’hui, la collection continue mais il s’agit de ses propres photos ! Des revues d’art aux revues érotiques, Ana Dias nous fait découvrir l’éventail de son univers.

 

 

MM: Ana, tu es l'auteure de notre photo de couverture. Que représente-t-elle pour toi en dehors du contexte de sa réalisation ?

 

AD : La photo de votre couverture, intitulée Big Girls Don’t Cry , fait sans aucun doute partie de mes travaux les plus spéciaux. Il s'agit d'une session avec trois filles souriantes sur ​​une plage des années 50. J’ai toujours une grande affection et une grande nostalgie devant ces images. Techniquement, j’ai eu recours à peu de moyen pour concrétiser ce projet, mais quand j'ai vu le résultat final, j’ai ressenti une grande fierté pour mon travail et celui de mon équipe. Les propositions ont suivi, de nombreux projets se sont succédé. C’est ce qui m’a fait sortir de l’anonymat et lancé ma carrière professionnelle.

 

MM: D'où te vient le goût pour la photographie? Quel est ton parcours?

 

AD : J'ai toujours eu une grande fascination pour l'art et c’est la raison qui m’a incitée à entreprendre des études en Arts Plastiques, à Porto. L'intérêt pour la photographie, quant à lui, est né de celui que j’ai depuis l'enfance pour l'image et la composition. Réunis, la photographie et les arts plastiques sont des formes d'art qui me permettent de partager ce que j’aime au plus profond de moi.

C’est dans les Arts Plastiques que j’ai appris les notions de lumière, de couleur et de composition. Mon sens de l’esthétisme s’est formé sur cette base. Les photos que je réalise sont pensées dans le moindre détail, bien avant le déclenchement de l’appareil... C'est une peinture idéalisant une scène et non un moment capturé par hasard.

 

Big Girl don't Cry © Ana Dais

 

 

MM: Comment devient-on photographe de charme?

 

AD : Le plus important c’est le dévouement pour son art et le sens de l'esthétique. Il faut s’investir dans ce qu’on  aime, chercher la perfection… Alors les opportunités apparaitront.

 

MM: Quels sont les photographes qui t’inspirent le plus?

 

AD : J'aime particulièrement Ellen Von Unwerth, Helmut Newton et Tony Kelly. Ce que j'aime le plus chez eux, c’est leur vision de l'érotisme. Le modèle occupe toujours le premier plan et les photos sont emplies de glamour et d’érotisme subtil. Comme la beauté de l'érotisme est également l'un des thèmes prédominants de mon travail, je ressens une grande admiration pour ces photographes. J’apprécie aussi beaucoup le travail d'Eugenio Recuenco avec son style très particulier, très créatif et cinématographique. La composition des scènes et le dramatisme des personnages est incroyablement rigoureux et la maîtrise de la couleur et de la lumière est spectaculaire. Il en résulte des images puissantes d’une grande beauté scénique. Pour moi, Recuenco apparait comme un peintre méticuleux qui, au lieu de pinceaux, utilise l'appareil photo.

photo © Ana Dias

 

MM : Sur internet on voit beaucoup de photos de toi portant sur le nu, l’érotisme et beaucoup d’entre elles nous ramènent en arrière. Je pense à ta série pin-up évidemment, aux photos autour de Marylin Monroe aussi, et pour finir aux clins d’œil aux années 80. Es-tu nostalgique d’une époque où es-tu dans la recherche d’un esthétisme ?

 

AD : J’aime cet esthétique très vintage : les années 80 et les années 50 sont mes époques préférées. Je m'identifie beaucoup aux 80’s puisque que j’y suis née et que mon enfance s’est déroulée à cette époque. Beaucoup de mes références sur l’esthétisme et sur la beauté viennent précisément de mon enfance et donc de cette décennie. Pour ce qui est des années 50, c’est une période où les pin-up faisaient fureur et j'adore les pin-up!

 

 

MM : Tu fais les couvertures de magazines célèbres tels que Playboy (pour plusieurs pays) ou FHM… Comment arrive- t- on à décrocher ce type de contrat, la concurrence doit être rude ?

 

AD : Playboy m'a toujours fascinée en tant que magazine pour son érotisme glamoureux et j’ai toujours travaillé dans l’espoir d’y voir figurer mes photos. J'ai commencé par faire des clichés de nus pour enrichir mon porte-folio puis, un jour, j’ai découvert que Playboy Serbie organisait un concours de photos, j’ai alors tenté ma chance et suis devenue l’un des lauréats. A partir de ce moment, j’ai  été contactée par Playboy Portugal afin d’entamer une collaboration. Je suis bien consciente que la concurrence est rude et qu’on a besoin de transpirer beaucoup pour se faire une place, mais il faut toujours se battre pour réaliser ses rêves. Le mien actuellement serait de travailler avec Playboy dans tous les pays du monde. Pour le moment, je collabore avec le magazine dans 12 pays !

 

photo © Ana Dias

 

MM : le fait d’être une femme est-il un avantage pour la pratique de la photo de charme ?

 

AD : Je pense que le plus grand avantage que l’on peut avoir en tant que femme à photographier des femmes, est que l’on peut se voir, s’imaginer de l’autre côté de l’appareil. Je sais comment mettre en valeur mes modèles et apporter glamour et charme à une composition photographique.

 

MM : Ton beau pays est- il un matériel photographique pour toi ?

 

AD : Mon pays sera toujours un matériel précieux dans la réalisation de mon travail. Nous avons des plages magnifiques et un climat assez agréable, c’est toujours un plaisir de travailler chez moi !

 

 

Propos recueillis par Jérôme Gaillard

Traduction Rita Alves

 

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Le Théâtre Mansart à Dijon, lieu dédié à la jeune création, a choisi de mettre en exergue le travail d’Ana Dias à travers son programme.

 

Pour en savoir plus sur Ana Dias : www.anadiasphotography.com

 

 

DETROIT

La vapeur Dijon / 23 avril 2014

 

Bertrand Cantat -Détroit © Jérôme Gaillard

 

 

La foule est dense et les quadragénaires sont légions, chacun s’agrippe solidement à sa place pour ne rien manquer du retour de Cantat. L’attente est longue, est-ce le trac ?

Puis, il arrive… la foule scande son prénom. Timide, Cantat nous adresse des sourires gênés, l’impression d’un premier flirt, il remercie et on sent bien que ça lui a manqué tout ça…

Le meilleur groupe de rock français donnait son dernier concert en 2002 quelques mois avant le tragique événement que tout le monde connait. Nous sommes 12 ans plus tard, il remonte enfin sur scène, c’est dire l’émotion du public mais surtout celle de celui qui nous livre timidement mais sans avoir perdu de son talent d’écriture Ma Muse puis Horizon se dessine et on comprend ce qu’il a enduré à l’abri du soleil, on imagine ce qui se passe sous ce crâne et on devine dans quelques écarts de voix la douleur infinie et les remords immenses… Des frissons nous parcourent le corps et nous chavirons tous ensemble, on l’encourage, il se détend peu à peu et lance Des Visages des figures, A ton étoile, Lazy… La salle l’accompagne et Bertrand lui, regoûte au sucre de la scène, il aime ça, il ne sait faire que ça et on comprend ce soir que, sans elle, il n’est rien ! Les titres s’enchainent, mêlant Détroit et Noir Des’ et vient enfin le morceau légendaire que les Aficionados n’osaient plus espérer entendre en live : Tostaky. Noir Désir hante la salle même si les jeux de Pascal Humbert, Bruno Green et Nicolas Boyer sont impeccables. Un peu avant de nous quitter, le chanteur de Détroit convoque Ferré sur Des Armes dans une version bouleversante. La salle est tout entière conquise et l’émotion est palpable. Quelque chose d’énorme vient d’avoir lieu ce soir à la Vapeur.

 

JG

Quand je pense qu’on va vieillir ensemble

Cie les Chiens de Navarre

Théâtre en Mai, Parvis St Jean - Dijon

 

Les Chiens de Navarre© JP Estournet

 

Tout ceci est arrivé peu de temps avant le désastre. Ne restent désormais que des lambeaux de chair, chauds comme de la braise, dansant sur la musique d’Otis Redding, I’ve been loving you too long pendant que d’autres, zombies hilares ensanglantés, font rouler des boules de pétanque dans une arène aux portes de l’enfer.  Et nous sommes spectateurs de tout cela…

Mais rappelons l’origine des faits :

Un homme est humilié pendant une préparation à un entretien d’embauche. Une femme est démolie lors d’une formation. Des identités sont niées lors d’une séance de coaching. Une femme vomit sa vie de couple. Un homme prend des cours de séduction et devient un monstre, il a 38 ans. Une princesse découvre le sexe de son lapinou et joue avec sans son consentement. Tous les Roms sont des artistes. Une matrice fait du shopping. Thomas, le lapinou, devient fou et tente d’arracher ce qui l’éloigne de l’innocence…

Les Chiens de Navarre interrogent nos vies et nous montrent avec humour et cynisme comment nous nous abandonnons à un système déshumanisant qui fait régner, plus que jamais en ces temps de crise, la loi du plus fort. Nous nous laissons lisser, dompter, conditionner, écraser, briser pour entrer dans de petits trous de souris où d’humain nous n’avons plus que le nom. La misère est exploitée sous toutes ses formes jusque dans notre intimité et ravit le vide sadique de nos tortionnaires proches ou moins proches. Notre mémoire le savait : l’homme est un loup…

Pourtant, sous la lune, un couple se dénude et se couche l’un à côté l’autre en se contentant d’être heureux, juste heureux…

 

JG

 

 

FOREST

Théâtre en Mai, jardin du Musée Archéologique

Jérôme Thomas

 

Forest © Christophe Raynaud de Lage 

 

La file est longue devant ce merveilleux théâtre de bois où on entre en silence comme dans une cathédrale imbibée d’une moite obscurité. Les portes se ferment, on respire l’odeur des sous bois, on scrute le chahut des brindilles qui craquent sous les pas. On est entre nous, dans l’intimité de the Forest. Soudain, on surprend en pleine parade nuptiale un couple de faisans ! Ils se tournent autour, se cherchent, jouent longtemps -trop longtemps sans doute- et c’est la poésie qu’on voulait accrocher au décor qui brusquement se dérobe. Mais Jérôme Thomas se chauffe, la locomotive prend le temps de s’élancer, les engrenages se mettent péniblement en mouvement, ça souffle, ça soupire, ça renâcle et ça transpire. L’atmosphère est lourde tandis que l’accordéon du talentueux Jean-françois Baëz emplit peu à peu la pièce d’un vent frais. La scène se met à tourner comme un manège improbable et il ne faudra plus qu’un sac de plastique vert pour entendre le public se relâcher et rire. A y est ! La machine est lancée, sueur et salive sont convoquées, c’est maintenant l’épreuve de force, jonglage renversé, jeu d’équilibriste sous canne, sous boules, danse, claquette… La tension et la légèreté se succèdent, s’échangent les rôles. De baloche en saccade, Jérôme Thomas et Aurélie Varrin souffrent dans un spectacle qui n’est ni du cirque ni du théâtre mais une performance physique ou plus exactement une étude sur les corps soumis aux lois de la physique.

 

JG

L’Avare : un portrait de famille en ce début de 3ème millénaire

Théâtre en Mai / dimanche 25 mai / Théâtre Mansart (Dijon 21)

 

L'Avare © Jérôme Gaillard

 

 

Dépoussiérer à ce point Molière peut paraître un poil troublant mais lorsqu’on se penche sur la scolarité subie par certains d’entre nous qui ont avalé les classiques comme de l’huile de foie de morue, on se dit qu’une transcription contemporaine du théâtre et de la littérature n’est pas un luxe mais une perméabilité.

Tout commence par une chanson de Nirvana, une reprise de Bowie The man who sold the world qui est comme l’écho d’une jeunesse désenchantée, désemparée… C’est la « loose » de la Génération X qui réalise qu’on lui a tout pris jusqu’à l’environnement. L’avarice, c’est une autre génération, celle des Baby-boomers, qui a tout raflé et qui a le plus grand mal à partager alors qu’elle est en grande partie responsable du sort du monde moderne. Les richesses sont confisquées, il ne reste plus que les plaies ! « Fuck les vieux » ! Peut-on lire sur le ventre d’une des comédiennes, en clin d’œil au Femen. Alors, on se prend à rêver… Ça ne coûte rien le rêve ! On veut être heureux… on s’imagine en ménage hétéro ou pas, on se voit au volant de sa belle voiture, on fait des plans… Des plans de révolte aussi, on rêve de tuer le père, de prendre l’argent qui nous revient… Mais la solidarité manque au courage alors que les plaies n’en finissent plus de suinter : trahison, intérêt, ambition, infidélité, arnaque… Et puis, cet argent qui manque et le souci croissant de consommer alimentent cette dépendance et font de nous d’éternels enfants. Finalement, les rêves se dégradent, l’angoisse s’insinue et tout nous saute à la gueule jusqu’à l’empoisonnement par le plastique des bouteilles d’eau…

La mort ? Un trou noir dans un frigo, Forever young, I want to be forever young…

PeterLicht porte l’avarice d’un Arpagon, transposé trois siècles et demi plus tard à son paroxysme, on l’appelle désormais : le Capitalisme.

 

JG

 

Texte : PeterLicht d’après Molière

Mise en scène : Catherine Umbdenstock

 

 

Détroit

A la croisée des chemins

 

Bertrand Cantat © Jérôme Gaillard

 

Bertrand Cantat, mythe vivant de la scène rock française, n’aurait sans doute pas repris tout de suite le chemin de la scène s’il n’avait pas trouvé sur sa route un certain Pascal Humbert et, plus tard, son ami Bruno Green : musicien, ingénieur du son, producteur… On l’a connu du côté de Rennes pendant de longues années en solo, il y a eu ensuite l’aventure Santa Cruz qu’on a découvert sur le tard en Bourgogne (en 2008 sur le festival Nevers à Vif et en 2013 sur le festival Génériq à Dijon) et puis, plus récemment, sur la coproduction de l’album Horizon de Détroit qui fait sensation.

 

Bruno Green © Gianni Villa

 

Rencontre avec Bruno Green…

 

 

J-M J : Bruno, c’est un grand plaisir de te retrouver ici, à Bourges, sur ce projet avec une tournée de presque 80 dates et un accueil exceptionnel, quasi au-delà des espérances…

 

BG : Au-delà des espérances, oui, mais pour ramener les choses à leur origine nous n’avions pas fait de plan pour une éventuelle tournée pendant tout le temps de la conception de l’album qui d’ailleurs a été un peu boudé au départ par les circuits habituels . Et je dis cela sans amertume…Ce qui est fantastique c’est que c’est le public qui s’est approprié ce disque !  C’est lui qui a fait la démarche d’écouter, d’acheter l’album, ce sont les gens qui ont rempli les salles. On a vu naitre un phénomène qui n’a pas arrêté de s’amplifier et la tournée est sold out pour les quelques mois qui viennent… Oui, c’est surprenant, on ne s’attendait vraiment pas à cela, il n’y avait rien d’acquis.

 

JMJ : Au-delà de tout ce qui a pu être dit et écrit autour de Bertrand, il y a quand même ce disque et on est surtout là pour ça et je crois que le public ne s’y est pas trompé ! Bruno, peux- tu nous parler de la genèse de cet album ?

 

BG : Pour moi, il y a déjà cette longue amitié avec Pascal Humbert, un projet commun qui s’appelle Lilium et un album, Felt, sorti en 2010. Pascal, également ami de Bertrand, a donc fait appel à moi lorsqu’il a fallu travailler en confiance avec quelqu’un et commencer à mettre en forme les démos, à enregistrer les premières idées. C’est ainsi qu’a débuté l’aventure, jour après jour, petit à petit… On a fait pas mal de pré-production, passé pas mal de temps ensemble et Horizon s’est construit progressivement comme ça.

 

JMJ : Comment se sont déroulées les cessions et comment intervenais-tu sur ce projet alors que tu avais choisi de « fuir » la France ?

 

BG : J’avais surtout envie d’aller ailleurs pour différentes raisons mais en particulier pour la tournure sociale des choses et les dernières élections confirment, hélas, mes craintes. Mais je voulais surtout m’ouvrir le champ des possibles pour moi mais aussi pour ma famille,  chercher un autre avenir que celui qui était envisageable, ici, en France. Cela fait sept ans maintenant que je suis installé au Québec mais je suis resté connecté avec Pascal. D’ailleurs, depuis que je suis parti, j’ai beaucoup de demandes qui émanent de la France ou d’Europe pour des réalisations artistiques donc je suis souvent revenu. J’enregistre tout en extérieur et je ramène ça chez moi, je mixe, masterise…  Dans Détroit, au départ, j’intervenais en tant qu’ingénieur du son et puis on s’est retrouvé dans les Landes, en pleine campagne, tous les trois, sur de longues périodes d’autarcie à créer, à composer, à défricher tout ça. Au fil du temps, je suis passé d’ingé. son à coréalisateur, puis, à musicien et de temps en temps j’attrapais une guitare ou je faisais des arrangements de clavier, de programmations. Voilà, l’histoire ! Ca c’est fait comme ça, sur un an et demi presque jusqu’à ce qu’on aille en studio et qu’on élargisse le groupe maintenant pour le live avec le batteur Guillaume Perron et Nicolas Boyer, guitariste.

 

JMJ : Pour toi qui ne connaissais pas Bertrand, j’imagine que ce fut une expérience humaine très forte ?

 

BG : C’est clair, c’est une expérience humaine avant tout, personnelle aussi puisqu’on se retrouve tout d’un coup dans un projet que l’on savait très attendu et puis, qualitativement, Bertrant Cantat n’est pas n’importe qui alors je ne dirais pas qu’il y avait une pression mais quand même un certain poids. Après, ce qui est fondamental, c’est la qualité de la relation humaine et dans Détroit c’est ce que nous avons privilégié. On avait besoin d’une vraie osmose sur ce projet. Notre trio fonctionne vraiment très bien et ça reste valable sur scène aujourd’hui.

 

JMJ : C’est quand même la grande aventure musicale de ta carrière. Dans ton parcours d’artiste, tu la situerais où?

 

BG : Je l’accueille avec beaucoup de plaisir, je vais fêter mes 28 ans de métier et j’ai déjà eu des très, très belles expériences, notamment avec Miossec. Je m’estime assez privilégié dans ce métier et je me suis toujours dit, même avant Détroit, que j’avais cette chance que la vie me donne tout ce dont j’avais toujours rêvé dans ce métier…

 

JMJ : Ce que tu racontes très bien dans un bouquin que je recommande à tout le monde et qui s’appelle It’s Not Only Rock'N'Roll (Cf. Magma n°90)…

 

BG : Oui merci ! Pour terminer, je prends ça comme l’aboutissement d’une philosophie personnelle que j’ai toujours mise en avant dans mon métier, d’options, de choix. J’ai essayé de ne jamais vendre ce qui était pour moi des principes fondamentaux, puis là, aujourd’hui, c’est un peu comme la cerise sur le gâteau. Détroit m’offre, à la fois, la liberté musicale, une amitié forte et une justification de beaucoup d’années de travail… Je prends tout ça très tranquillement, sereinement mais je suis pleinement conscient que c’est un privilège.

 

JMJ : La marque un peu folk rock sur Détroit, c’est ta griffe, non ? On sent vraiment le travail d’équipe sur cet album.

 

BG : Oui, c’est un mixe, tout à fait ! Avec Bertrand, on s’est retrouvé assez rapidement sur des goûts et des sensibilités communes. Musicalement, on fonctionne bien ensemble. Il y a l’univers de Bertrand, des Visages des figures, et puis, il y a celui de Pascal et le mien. C’est la mise en commun de trois univers qui avaient déjà beaucoup en commun. Chacun y a mis sa patte et je suis très heureux et flatté qu’il y ait la  mienne. Bertrand nous a laissé une grande liberté d’expression.

 

JMJ : Sur scène, vous ne jouez pas que du Détroit mais une bonne partie de Noir Désir et un peu de Léo Ferré…

 

BG : Oui, il y a l’adaptation du texte de Ferré Des Armes qui avait été faite en musique par Noir Désir mais on ne reprend pas Avec le temps.  On joue, je crois, neuf titres de l’album ce qui ne suffit pas à faire un concert… Donc, oui, il y a du Noir Désir  parce que je crois que le public a envie de réentendre des chansons qu’il a tellement aimées. Il y a en a presque autant de Détroit et c’est un grand plaisir de pouvoir donner cela au public même si ce n’est pas du Noir Désir au sens strict. On a, par exemple, relifté Tostaky en se faisant très, très plaisir. Ca fait partie des moments de liberté en répétitions qu’on a gardés pour la scène.

 

Propos recueillis par Jean-Michel Marchand

 

Pour en savoir plus sur Détroit : www.detroit-music.com

 

Special thanks à Jean-Michel et Cath

 

Retrouvez aussi cette interview en podcast sur Bac FM : http : //www.bacfm.fr/podcasts/

Franck Halimi, Laurent Grandguillaume

 

Les Intermittents, l’emploi et son avenir européen

 

Il n’est pas toujours facile de saisir le fond d’une affaire, d’en démêler le vrai du faux, aussi, nous avons choisi de mettre face à face ou plutôt côte à côte deux personnalités bien connues des bourguignons pour leur engagement. L’un dans la lutte pour  les  Intermittents et Précaires , l’autre  pour son combat politique au sein du parti socialiste. Ils nous parleront de l’accord UNEDIC du 22 mars dernier, de l’emploi et de sa place dans l’Europe de demain.

Franck Halimi, metteur en scène, assistant réalisateur, chanteur…  Il est aussi, et c’est sous cet aspect que les projecteurs se braquent sur lui aujourd’hui, le porte parole de la Coordination des Intermittents et Précaires en Bourgogne (CIP). Après une grève de la faim de 52 jours, un passage improvisé devant les caméras de Canal + lors du Festival de Cannes, un « head blade » public et diverses prises de parole en Bourgogne et sur le territoire national, il est prêt à en « découdre » avec le gouvernement pour faire entendre les propositions des intermittents et précaires. Laurent Grandguillaume, quant à lui, est député (PS) de Côte d’Or et conseiller municipal de Dijon, il a longtemps été aux côtés de François Rebsamen, ancien maire de Dijon et actuel Ministre du Travail, de l'Emploi et du Dialogue social. Il est connu pour tenir ses engagements, pour sa franchise et son écoute des intermittents …

Rencontres sans langue de bois …

 

Laurent Grandguillaume Par Thomas Hazebrouck_Focale info

 

 

 

MB : Laurent Grandguillaume, vous avez travaillé avec François Rebsamen, vous êtes également proche du gouvernement, vous vous revendiquez socialiste et non social-démocrate, quel est votre rôle au niveau de l’état ?

 

LG : Effectivement j’ai travaillé aux côtés de François Rebsamen en tant que conseiller puis en tant qu’adjoint au maire chargé de la jeunesse, de la vie associative et de la démocratie locale. Désormais, en tant que Député, je continue évidemment à travailler avec le gouvernement et F. Rebsamen. Le rôle des parlementaires n’est pas seulement de légiférer mais aussi d’alerter les Ministres sur certains sujets ou problématiques rencontrés sur le terrain ou de contrôler le gouvernement et d’évaluer les politiques publiques. Les revendications des intermittents du spectacle en font partie.  Etre socialiste, c’est avant tout, comme le disait Jean Jaurès : "Aller à l'idéal et comprendre le réel". Je pense que tous les enjeux qui sont devant nous, toutes les problématiques auxquelles nous sommes confrontés sont des marqueurs de la gauche : la lutte contre les inégalités, le travail et le pouvoir d'achat, l'éducation, la solidarité internationale. Je crois être un socialiste pragmatique. Je vais sur le terrain, j’écoute, je ne suis pas un dogmatique. La social-démocratie a échoué partout en Europe dans les années 90 et 2000. Ce qu’il faut, c’est refonder les idées, construire de nouvelles perspectives, une nouvelle grille de lecture face à un environnement qui change sans cesse.

 

MB : Pouvez-vous nous parler de votre position sur les intermittents du spectacle ?

 

LG : Je ne suis pas de ceux qui jugent que le régime spécifique des intermittents est un privilège. Les propositions de réforme équitable, équilibrée et pérenne des annexes 8 et 10 sont le fruit de l'expertise conjointe des organisations professionnelles et des parlementaires, à la fois au sein du Comité de suivi de la réforme de l'intermittence depuis 2003 et au sein des missions d'information de l'Assemblée Nationale et du Sénat au cours des deux dernières années. L'assurance chômage était le meilleur amortisseur social, il ne fallait pas en diminuer les droits pour les chômeurs et les salariés précaires, surtout dans un contexte de chômage de masse tel qu'on le connaît. Or le nouvel accord fragilise une nouvelle fois les plus précaires, remettant en cause leurs droits à indemnisation dans le cadre de la solidarité interprofessionnelle. Je précise que les propositions des intermittents aboutissaient à la réalisation d’économies. Ils ne sont pas contre une réforme mais pour une réforme juste. Mon collègue, le député Jean-Patrick Gille, a été nommé le 7 juin par Manuel Valls pour mener une « mission de propositions ». Il a déjà rencontré un à un tous les protagonistes, signataires ou non de l'accord, ainsi que la Coordination des Intermittents et Précaires. J’espère que les revendications et les propositions du comité de suivi, dont je suis membre, seront entendues. J’ai d’ailleurs été auditionné le 18 juin par le rapporteur.

 

MB : N’est-ce pas tout le secteur culturel qui est remis en cause ?

 

LG : la culture est trop souvent caricaturée comme une dépense improductive. Or, ce que rappelle souvent Madame Filippetti, c’est que les secteurs marchands culturels regroupent 160 000 entreprises et emploient 2,3 % des actifs. Le poids économique de la culture est équivalent à celui de l’agriculture. Le secteur culturel représente, en 2008, 585 485 emplois. Au-delà de la dimension économique, les manifestations et expositions culturelles contribuent à tisser le lien social entre les individus. La culture n’est pas remise en cause par le gouvernement actuel. Certains voulaient purement et simplement supprimer le régime d’intermittent. Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, a d’ores-et-déjà annoncé que la concertation tripartite (Etat/partenaires sociaux), initialement prévue à l’automne prochain, débutera dès le mois de juillet.

 

MB : Finalement, cette nouvelle orientation de l’état ne participe- t-elle pas à une plus grande ambition qui serait de revenir progressivement sur les acquis et droits sociaux au bénéfice de grands industriels à l’intérieur d’un traité (le traité transatlantique) qui effacerait le pouvoir des états, de la politique, au seul service du grand capital et de l’argent roi. En cela, je reprends une phrase de Pierre Debauche qui dit : « L’Europe est grand syndicat patronal » ?

 

LG : Nous avons besoin d'une Europe des États-nations qui fasse de l'emploi, de la jeunesse et de la transition écologique ses priorités. Nous avons besoin d'une Europe forte qui protège, qui soit plus juste, qui remette l'humain au cœur des choix et qui engage de grands projets fédérateurs pour préparer l'avenir. L’Union européenne est dans une position compétitive favorable puisqu’elle dégage déjà un excédent de 87 milliards d’euros à l’égard des États-Unis. La France a un déficit bilatéral mais nos exportations vers les Etats-Unis ont progressé de 1,5% en 2013 et doivent encore progresser compte tenu du dynamisme du marché américain. Il ne s’agit pas au travers de ce traité de s’aligner sur le moins-disant américain. L’accord devra prendre en compte les particularités de notre territoire, c’est pourquoi certains domaines ne sont pas concernés par le traité : l’audiovisuel, la défense, ou encore les «préférences collectives», à savoir la qualité des produits, les méthodes de production et leur impact sur l’environnement. Les députés se sont investis afin d’adopter une position offensive, et ce dès Mai 2013. Ma collègue, Seybah Dagoma, députée de Paris, a rédigé une proposition de résolution européenne sur le mandat de négociation de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne, adoptée à la quasi-unanimité en commission des affaires européennes et en commission des affaires étrangères. Cela a permis d’unifier les parlementaires autour de conditions exigeantes dans la négociation. Elle y a signalé des « lignes rouges » que le traité doit respecter : l’exception culturelle, l’exclusion des marchés publics de défense et de sécurité, l’exclusion des préférences collectives, le refus de la mise en place d’un système d’arbitrage pour les différents entre les investisseurs et les États.

 

Le mandat doit comporter des exigences claires en matière de réciprocité. Son but principal est de favoriser les échanges économiques entre deux continents tout en préservant nos modèles agricoles, culturels et sociaux et en luttant contre le dumping social.  L’adoption dépendra d’un vote à la majorité absolue au Parlement européen, d’une ratification à l’unanimité par les Etats-membres et enfin de l’adoption par les parlements nationaux des vingt-huit Etats membres. Notre position restera ferme : cet accord doit être avantageux pour les intérêts économiques, sociaux et environnementaux de la France, autrement nous le rejetterons.

 

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Franck Halimi (8ème jour de grève de la faim) © Jérôme Gaillard

 

 

MB : Franck, tu défends le régime de l’intermittence depuis plus de dix ans, pourquoi est-il sans cesse remis en question ?

 

FH : On se bat depuis plus de 20 ans mais, plus spécifiquement, avec la CIP depuis juin 2003 pour des droits sociaux collectifs justes pour le plus grand nombre. Si tous les 3 ans, à chacune des négociations sur l'assurance chômage, nos droits sont remis en cause, ce n'est pas pour des raisons économiques, comme veulent le faire croire le Medef et ses "partenaires asociaux" que sont la CFDT, la CFTC (et FO depuis le faux-semblant des dernières négociations ayant abouti à l'accord du 22 mars dernier). En effet, contrairement à ce qui a été fréquemment véhiculé par les médias, les annexes 8 et 10 de la convention de l'assurance chômage ne coûtent pas 1 milliard sur les un peu plus de 4 milliards de déficit de l'UNEDIC. Les intermittents sont peu et pas plus de 250.000 à cotiser, mais seuls ceux qui parviennent à "faire leurs heures" (507H sur 10 mois pour les techniciens et 507H sur 10,5 mois pour les artistes) peuvent prétendre toucher une indemnité de chômage soit autour de 103.000 indemnisés. Nous représentons donc 3,5% des chômeurs indemnisés et percevons 3,4% des indemnités versées : on est donc très loin du "scandale des 1% de chômeurs touchant ¼ du pactole". Les raisons de cet enfumage médiatique sont, en réalité, idéologiques ! En effet, nous sommes le modèle du travailleur rêvé par le grand patronat : très compétents, super flexibles, hyper bon marché. Dans le cadre de ce que l'on nous a vendu comme une évidence (l'austérité et la crise), la flexisécurité apparaissait comme LA solution. Or si le Medef est friand de notre mode de fonctionnement, il ne veut surtout pas du pendant de la flexibilité que constitue l'amortisseur social de l'assurance chômage. En 2003, l'organisation patronale a donc attaqué les intermittents du spectacle en disant que nous étions des privilégiés, constituant un coût anormal pour l'Unedic. En 2014, en plus des intermittents, ce sont les intérimaires (annexe 4) qui sont frappés de plein fouet par les effets de l'accord du 22 mars. Et, en 2017, ce sera le reste de l'assurance chômage qui sera démantelé par les rapaces du grand patronat.

MB : Tu aimes à rappeler que tu ne te bats pas seulement pour les intermittents mais pour tous, quelles sont les menaces ?

FH : Si l'un des principaux slogans de la CIP est "ce que nous défendons, nous le défendons pour tous", ce n'est pas anodin. Alors que l'on nous parle toujours "d'exception culturelle", nous répondons "culture sans exception". Quand on veut nous parquer dans une réserve d'indiens pour nous sortir de la solidarité interprofessionnelle que constitue l'assurance chômage, nous répondons "droits sociaux collectifs".

Aujourd'hui, en France, 86% des contrats sont des CDD. Le CDI n'étant plus la norme, on peut donc facilement comprendre que, dorénavant, la quasi-totalité des travailleurs vont, un jour ou l'autre, passer par la case chômage. Et, dans la mesure où 6 chômeurs sur 10 ne sont pas indemnisés, on peut saisir toute l'importance de la convention qui doit être agréée (ou pas) par notre ministre du dialogue social, François Rebsamen. Les luttes actuelles (cheminots, postiers, intermittents,...) ont les mêmes causes et les mêmes effets : un ultra-libéralisme galopant qui fait peser des mesures d'austérité sur les plus précaires d'entre-nous. Et ça, c'est un véritable scandale !

 

Franck Halimi (33ème jour de grève de la faim) © Jérôme Gaillard

 

 

MB : Qu’est-ce que l’Unedic ?

FH : L'Unedic est une association chargée par délégation de service public de la gestion de l'assurance chômage, en coopération avec Pôle emploi. Ce sont les partenaires sociaux - MEDEF, CGPME et UPA (côté patronal) et CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT et CGT-FO (côté salarial) - qui définissent, dans le cadre d’une Convention des institutions, l’organisation, les statuts et les attributions de l’Unedic, celle-ci étant conclue pour une durée indéterminée et renégociée régulièrement.

Or ces vingt-cinq dernières années, le Medef et la CFDT ont régné sur sa direction.

Résultat des courses : en France, 6 chômeurs sur 10 ne sont pas indemnisés. Réforme après réforme, on limite les dépenses en cessant d’indemniser une partie des allocataires. Les économies sont faites sur le dos des pauvres, priés de devenir encore plus pauvres.

Dans la nuit du 21 au 22 mars, un accord Unedic a été conclu en quinze minutes après onze heures de suspension de séance et de conciliabules de couloirs. Alors que le chômage touche des millions de personnes, comment est-il possible que les règles de son indemnisation soient dictées dans les locaux du Medef, sans aucun contrôle démocratique, sans vraies négociations, sans droit de regard ni de la représentation nationale ni des principaux concernés ?

MB : Si le gouvernement signe cette convention, quelle "cartouche" vous reste-t-il ?

FH : Il nous restera la "cartouche" de la liberté. Maîtres de notre temps et de nos choix, nous sommes la multitude qui engloutira les gloutons parce que nous avons la légitimité du plus grand nombre et parce que nous sommes le monde des possibles !

MB : Demain, c’est le Traité Transatlantique qui arrive, faut-il le voir comme une nouvelle menace pour les droits des travailleurs ?

FH : Oui, ce Traité Transatlantique sera juste une continuité de la compression du monde dans lequel nous tentons de survivre. Il nous faut donc aujourd'hui révolutionner les rapports sociaux dans le travail ! En redevenant insouciants et sans peur, nous les mettons dans une posture fort désagréable. Du coup, les tenants d'un "certain ordre" commencent à paniquer face à un mouvement qui, plus il dure dans le temps, plus il prend de volume dans l'espace. Là où une oligarchie rêve de compresser le monde pour le réduire à des rapports de soumission, notre mouvement de lutte des chômeurs, intérimaires, intermittents et précaires lui répond "vive l'ampleur !"… Désormais, nous ne manquerons plus d'air pour insuffler de la force à ceux qui, n'ayant plus peur, pourront enfin prétendre à choisir leur mode de vie…

Propos recueillis par Jérôme Gaillard le 18 juin 2014

JOHNNY MAFIA

Du rififi sur scène

 

Si de nombreux parrains (et pas que les Corleone) se sont battus pour porter Johnny Mafia sur scène, ce n’est pas pour rien ! Les jeunes loups de ce band jouent fort, vite et c’est beau. Et contrairement à ce que dit Iggy Pop (sous la menace, non ?) Justin Bieber n’est pas l’avenir du rock mais les Johnny Mafia, eux, pourraient bien faire parler encore très longtemps.

 

Johnny Mafia© Laura Déon

 

MB : Pourquoi avoir choisi de vous appeler Johny Mafia alors que les noms « Codéine Café », « Speed Coke » ou encore « J’aime taper ! » étaient encore disponibles ?

 

J.M : Waouh, les bonnes idées ! Du coup, on va peut être réfléchir pour changer parce que pour « Johnny Mafia », on ne sait pas trop pourquoi, il fallait vite choisir un nom pour faire des concerts …. « J'aime taper » ça sonne pas mal et je crois que ça pourrait faire plaisir à Nathan, notre batteur.

 

MB : En parlant de vous, on fait souvent référence aux Clash ou aux Ramones mais pas aux Pixies ni à Nirvana alors que ça transpire à fond… mais avec la banane en plus ! Est-ce des influences que vous revendiquez ?

 

J.M : Totalement ! Pour ce qui est des Ramones, c'est évident, on en écoute tout le temps, on est vraiment fans (et pas seulement des premiers albums) quant aux Clash, j'en suis tout autant (les autres aussi, je crois). Mais effectivement, je trouve plus de Pixies ou de Nirvana dans ce qu'on fait et au final, on nous parle plus souvent de Nirvana ou des Pixies que des Clash quand on nous voit jouer ...

Les Pixies, je suis le plus grand admirateur, niveau compositions, pour moi, c'est ce qu’il y a de mieux, c'est extraordinaire, y compris dans ce qu'a fait Black Francis (le chanteur) en solo ou avec les Catholics. Contrairement à beaucoup de monde, j'ai découvert ça récemment et je trouve les 3 derniers EP formidables  (ceux qui ont  donné le dernier album). 

Pour Fabio, le guitariste, je pense, qu'il vous donnerait plus des mecs comme Keith Richards, Marc Bolan ou plus récemment Ty segall … Ty Segall, on va le voir en concert dès qu'on peut. Ce mec, c'est le nouveau grand rockeur, il n’y pas de doutes.

 

MB : Vous êtes soutenus par une nouvelle structure, Exaequo production, c’est un plus pour un groupe en développement ?

 

J.M : Largement, on aurait été perdu, il y a bien longtemps sans ça. Les « papiers », les mails et le reste, on n’y connait rien mais Fred (le manager) adore ce genre de trucs … Et ce n’est pas une blague, il ADORE ! En plus, il cuisine bien.

 

MB : Pour un jeune groupe, être d’emblée sélectionné pour les Inouïs du Printemps de Bourges, ça fait quoi ?

 

J.M : On est jeune, les plus jeunes de la sélection des Inouïs du Printemps de Bourges de cette année, donc sans avoir la sagesse et l'expérience des plus anciens, on était comme un peu « dingue » là-bas. C'était vraiment cool ! Pour ce qui est du groupe en lui-même, ça fait bientôt 4 ans qu'on joue ensemble et il y en avait pas mal d’autres qui existaient depuis moins longtemps (1 ou 2 ans), je crois … Donc, on était des jeunes mais pas trop … Ahah !

 

MB : On sent que vous en avez sous le pied, quels sont vos projets ?

 

J.M : Là, on va continuer à fond et on commence à parler d'un album (en tout cas, on s'y prépare !), on se dirige vers quelque chose de plus construit que notre EP. Des concerts arrivent au fur et à mesure et tant mieux parce que c'est ce qu'on préfère.

Et tout ce qu’on a pu faire jusqu'à présent, c’est grâce à certains comme Le Silex qui nous a beaucoup soutenus (même avant la sélection aux Inouïs du Printemps de Bourges), le Café charbon qui nous a bien préparés, et le Garage (Studio de répétions de la Ville de Sens) où l'on va répéter ! On tient particulièrement à les remercier pour tout ce qu’ils ont fait.

 

 

Propos recueillis par Jérôme Gaillard

 

https://www.facebook.com/johnnymafiagroupe

http://johnnymafia.bandcamp.com/

 

Le 28 juin au Catalpa Festival à Auxerre

Le 11 juillet à Auxerre au Festival Garçon la Note au café O’Barakoa

Le 12 juillet à Dijon au Zénith pour la 1ère édition de l’OENO MUSIC Festival

Le 19 juillet à Aix en Othe au Festival en Othe

Le 26 juillet à Gurgy au Festival les Zik’omatics

Le 19 août à Sens pour le Festival Garçon la Note

Le 20 août à Dijon pour le Festival Garçon La Note

Enfin le 21 septembre pour la clôture de l’été en toute beauté en 1ère partie du groupe anglais de rock déchaîné sur scène, The Jim Jones Revue à Dijon La Vapeur !

 

FENC/S

La jeunesse s’exprime en anglais.

 

Ils ont entre 21 et 25 ans et débutent une carrière dans la musique. Heureux vainqueurs du tremplin musique de R.U en mars dernier et deuxième au Dijon live 2014, les 5 garçons, tous musiciens de style pop/rock, envisagent de s’exporter à un niveau national l’année prochaine. Une belle galère pleine de passion dans laquelle s’est lancé Fenc/s. De Dijon à Paris, il n’y a qu’un pas…

Rencontre avec Florian (chant et clavier) …

FENC/S photo © Philippe Malet

 

 

Magma Bourgogne : Quelle est la signification du nom du groupe : Fenc/s ?

F: Nous avons surtout choisi ce nom pour la sonorité anglaise-pop, il a plus une signification acoustique qu’autre chose. Enfin, on peut aussi dire que c’est un petit clin d’œil à une chanson de Phoenix que nous aimons beaucoup.

 

MB : Comment vous êtes-vous rencontrés ?

F : Nous sommes cinq dans le groupe et nous nous sommes tous faits les dents avec des groupes que nous avions avant. Chacun cherchait un nouveau groupe à former sur internet. On a fini par tous se rencontrer, faire des essais et ça a collé assez rapidement ! Cela fait maintenant plus d’un an que le groupe est monté et nous sommes tous amis.

 

MB : Vous chantez en anglais. Pourquoi ? Que racontent vos chansons ?

F : Nous écoutons beaucoup de textes en anglais et nous aimons vraiment les sonorités qu’offre la langue. C’est très difficile de chanter sur du pop rock en français, il y en a très peu qui réussissent. C’est une logique musicale pour nous. C’est moi qui écris les paroles et j’essaie de retranscrire ce que nous vivons, tous les 5, au quotidien : l’incertitude par rapport au futur, l’amour avec une vision particulière… Ce que l’on connait à la vingtaine en résumé. Il y a donc beaucoup d’autoportrait mais aussi une grande part de fiction.

 

MB : Êtes-vous suivis par des structures dijonnaises ?

F : La Vapeur nous a soutenus mais pas accompagnés. Nous ne nous sommes pas présentés pour bénéficier de cette aide car nous ne nous sentions pas encore prêts. Officieusement, la Vapeur nous donne des conseils et nous trouve quelques dates. Nous postulerons l’année prochaine pour bénéficier d’un vrai accompagnement. Cependant, grâce à notre victoire au tremplin musique de R.U, nous serons accompagnés à partir de l’année prochaine par le théâtre Mansart et son association artistique : « De bas étage ». C’est une collaboration administrative, ils négocient les cachets pour nous et explorent de nouvelles pistes chorégraphiques autour de nos musiques. Si la Vapeur nous accompagne l’année prochaine, elle nous aidera pour le côté technique. Nous sentons que nous sommes en train de franchir un palier.

 

MB : Est-ce que vous envisagez de tenter d’autres tremplins? Quels sont vos projets d’avenir ?

F : On a adoré participé à ces concours. Le fait d’être confrontés à un public nous a beaucoup aidés et nous a donnés un peu plus confiance en nous. Nous allons tenter d’autres concours l’année prochaine et notamment des tremplins nationaux, à Paris ou à Lyon. Nous enregistrons un nouvel EP la semaine prochaine. Il sortira en septembre ou en octobre prochain, nous en profiterons donc pour le vendre en même temps. Chaque cd sera une édition limitée avec un tampon différent sur chaque cd. Nous le vendrons également en ligne sur une plateforme de streaming. D’ailleurs, nous donnons rendez-vous à tout le monde le 13 juillet au Carnot à Montceau-les-Mines ou encore au festival Garçon la Note au Mac Callaghan à Dijon.

 

MB : Avez-vous pensez aux sites de financement participatifs ?

F : Au début, nous étions tous un peu dubitatifs à propos de My Major Company par exemple. Nous pensions que c’était réservé plutôt à la variété. Mais il y a quelques mois, opération iceberg est venue faire une conférence à Dijon et ça nous a donné de nouvelles idées pour l’année prochaine. Il y a des pistes à explorer du côté de Kiss Kiss Bank Bank …


 

Propos recueillis par Cynthia Benziane

 

En écoute sur http://fencs.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/wearefncs

 

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LEE RANALDO

Le Consortium, Dijon. Festival MV. Samedi 12 avril 2014

 

Lee Ranaldo© Steph Ruta

 

A la question posée par un fan à la fin de son concert au Consortium sur l'avenir de Sonic Youth, Lee Ranaldo reste très évasif : « Non, à l'heure actuelle ce n'est pas fini. Mais personne ne sait si on se reformera un jour ». En attendant un hypothétique retour du groupe new-yorkais, le guitariste américain multiplie les projets - il en a monté un paquet depuis le début de sa carrière (Drift, Text of Light, The Cribs) - comme sa collaboration avec The Dust (un album et une tournée en 2014) et quelques performances solo où l'artiste décalé réinvente l'utilisation de la guitare. Lee Ranaldo connaît la sienne par cœur et dialogue avec elle durant une bonne heure avec ses accessoires préférés, ceux qui l'accompagnent depuis ses premiers accords : un archet, une baguette de batterie et, petite variante, son téléphone portable.

Lee Ranaldo© Steph Ruta

 

L'approche est conceptuelle et minimaliste. Et découle naturellement de l'héritage laissé par Sonic Youth, une empreinte profondément arty et une œuvre décomposée en mille sonorités. Avec sa seule guitare, Lee Ranaldo tient le public en respect. Une bonne centaine de têtes ébahies par la simplicité du musicien (malgré des textures sonores complexes) et sa disponibilité. Un mec content d'être là et heureux de partager son soutien à la musique contemporaine à Dijon. Puis de laisser planer son instrument fétiche au milieu des spectateurs, lequel suspendu à une corde laisse cracher ses derniers sons couverts sous un tonnerre d'applaudissements. Visiblement, Lee a réussi son audition et inspire toujours autant le respect. En attendant des news des autres.

Steph. Ruta

 

SUPER PARQUET + ARTUS

Lapéniche, Chalon-sur-Saône, samedi 1er mars

 

Super Parquet © Joanny Nioulou

 

Lapéniche a le nez creux pour dénicher les talents et défricher les tendances. Preuve en est avec ses soirées « Folk me I’m Famous », dont la deuxième édition a eu lieu samedi 1er mars. Loin de céder aux sirènes de la musique traditionnelle plan-plan, la programmation fait la part belle aux projets ambitieux de groupes qui jettent des ponts entre les genres, créant le lien entre trad., électro et musique expérimentale.

Super Parquet incarne de manière incroyable cette volonté. Tout a commencé comme dans un morceau de John Carpenter. Quelques notes de banjo amplifié répétées à l’envi, avant que la cabrette et les machines ne viennent méduser l’auditeur. Dix minutes pour une Bourrée coulée de l’Artense (de l’intense !), de quoi scotcher le public dès l’ouverture du concert avec une musique sans concession, hypnotique comme du drone et qui ne demande qu’à sortir hors les murs pour se répandre et diffuser son bourdon dans l’immensité du dehors. Une mise sous tension intransigeante, toute contenue mais bouillonnante comme une montée d’acide. Dans leur exploration ébouriffante, les Lyonnais n’en oublient pas moins la base, comme en témoigne le fabuleux morceau de conclusion, M’en revenant des noces, chanson traditionnelle accompagnée d’une ritournelle électro. Musique totale, chemin tout tracé vers l’extatique, de quoi chialer et planer en même temps.

Artus© Eric Legret

 

Difficile ensuite de se remobiliser pour Artus, qui, pourtant, avec sa musique radicale de Gascogne et un son de groupe extraordinaire, vaut son pesant de cacahuètes. Mais après Super Parquet, seul le silence est d’or.

Marin Kaminski

 

BENOIT LAMBERT

CONFIANCE EN L'AVENIR

 

Alors que le festival Théâtre en Mai fête sa 25ème édition, Benoit Lambert, lui, souffle sa première bougie à la tête du Théâtre Dijon Bourgogne, Centre Dramatique National. Metteur en scène averti, il mène sa barque avec calme et sérénité. Son objectif : porter la jeunesse et lui donner toutes les chances de construire le théâtre de demain. Et quelle plus belle occasion que ce festival pour renforcer ce travail déjà bien amorcé ! Cette édition de Théâtre en Mai vous amène au croisement des regards et des générations en compagnie de Pierre Debauche, l’invité d’honneur mais aussi le passeur, le témoin.  Curieux, ne passez pas votre chemin, entrez plutôt…

 

Benoît Lambert © V.Arbelet

 

 

Magma Bourgogne : Quel regard portez-vous sur cette première année à la tête du Théâtre Dijon Bourgogne. ?

 

Benoit Lambert : J’ai essayé de montrer dans la saison une grande variété d’esthétiques avec des pièces et des genres variés et j’ai constaté une belle réception auprès du public. Je peux donc dire que les choses se passent plutôt bien. Nous avons une belle dynamique dans le théâtre aujourd’hui et le festival Théâtre en Mai souligne cela en continuant l’exploration de nouvelles esthétiques. Des jeunes compagnies et des jeunes collectifs apportent leur pierre à l’édifice. Cette implication est un acte de foi dans le théâtre de demain. Et même si le théâtre ne se porte pas bien économiquement, que les intermittents du spectacle rencontrent de grosses difficultés, c’est émouvant de voir ce bel élan artistique et de constater qu’il se porte bien esthétiquement. Je suis ému de voir que les jeunes veulent se lancer malgré tout et que même s’ils aiment les nouvelles technologies, ils continuent à se retrouver dans le théâtre.

 

MB : Théâtre en mai a comme toujours une identité forte. Pourquoi avoir choisi de coucher une chouette sur le programme cette année ?

 

BL : Tout au long de la saison et lors de l’édition précédente de Théâtre en Mai, nous avons été surpris par l’enthousiasme du public et par sa curiosité. Même si les gens ne savent rien d’une pièce, ils se déplacent quand même pour venir. Cette chouette, c’est donc un symbole. Celui de la ville de Dijon évidemment mais c’est aussi un animal qui a les yeux grand ouverts sur ce qui l’entoure. Il ne faut pas oublier non plus qu’Athéna, la déesse de la sagesse, était représentée par une chouette. C’est donc un oiseau contemplatif, sage et nocturne. Cette chouette véhicule un certain nombre de valeurs propres à l’univers du théâtre et auxquelles nous tenons.

 

MB : Pourquoi avoir  choisi Pierre Debauche comme parrain de cette édition ?

 

BL : S’il est trop méconnu du grand public, il est très populaire dans le milieu du théâtre. Il représente à lui tout seul tout un pan de l’histoire du théâtre français. Il a renouvelé l’enseignement de l’art dramatique en France, bien qu’il soit belge. C’est également un pionnier de la décentralisation du théâtre en banlieue. Il a créé des théâtres, des compagnies, des festivals… C’est une figure majeure. Il était impensable de lancer une aventure théâtrale sans lui. C’est l’occasion de l’entendre raconter son histoire. Nous lui devons tout. Il sera là également pour rappeler, notamment lors des trois débats au programme, que le théâtre est un investissement, pas une dépense publique et qu’il aide à vivre mieux. Pierre Debauche a une confiance absolue en la jeunesse et en l’avenir, c’est un utopiste de terrain. Justement, cette année, Théâtre en Mai insiste sur les jeunes compagnies francophones pour affirmer la jeunesse. Tout ça est très cohérent.

 

MB : Cette édition de Théâtre en Mai est également l’occasion de « célébrer » le centenaire de la 1ère guerre mondiale. Tout au long de cette programmation, on parlera de guerre, d’amour, d’enferment, de liberté, du temps... Peut-on dire que le fil rouge est ce rapport entre l’humain et son histoire ?

 

BL : Nous n’avions pas prémédité ce fil rouge mais il est vrai qu’il y a là une méditation sur l’état du monde. Le théâtre s’est toujours posé la question de comment être des humains ensemble. Dans cette programmation il y a donc beaucoup de questions sur l’amour, le rapport à soi, la guerre. Nous vivons un moment historique, cette grande confusion que l’Europe vit en ce moment, c’est historique. Le théâtre est là aussi pour montrer cette actualité. Le théâtre n’est pas forcément compliqué, c’est fini le temps où il fallait être hermétique et obscure pour entrer dans cet univers. Les œuvres ésotériques et réservées aux initiés se font plus rares. Le théâtre a une grande vertu politique. Il permet de différer sa réponse, de réagir avec recul. C’est une nouvelle façon d’apprivoiser le temps qui passe.

 

MB : Le théâtre joue-t-il un rôle dans le devoir de mémoire ?

 

BL : Il est important. Il y a un dialogue tendu sur la guerre, sur le passé. Le théâtre garde la présence des morts, il dialogue en permanence avec l’histoire. On le voit bien dans « La Mastication des morts  mis en scène par Solange Oswald mais aussi dans la pièce La Grande Histoire que je mets en scène sur un texte de François Bégaudeau, qui permet de s’interroger sur ce qui est vivant, ce qui est actif. Comment vit-on le quotidien en pleine guerre ? Le théâtre c’est l’art de l’immédiateté. Il meurt sous nos yeux mais nous le garderons en mémoire. Ceux qui vivent la grande Histoire ne savent pas qu’ils sont dedans. Et en ce moment aussi nous vivons la grande Histoire. Dans Ah Dieu ! Que la guerre est jolie !  de Pierre Debauche, la guerre est abordée avec humour et décalage. C’est clairement une pièce antimilitariste qui a rencontré un succès inattendu dans les années 60. Ici, il l’a rejoue avec des acteurs qui ont l’âge des conscrits de 1914. Je trouve cela intéressant car je ne suis pas un grand fanatique du passé mais il est important que nous ayons tous un rapport avec lui, et un rapport libre. Du côté de l’histoire du théâtre, avec Le chant du cygne ou les 150 miroirs  mis en scène par notre parrain, on aborde un côté politique de la vie théâtrale française. Et c’est aussi l’occasion de rappeler que le théâtre est un art de tradition orale. Dans une société où la capacité d’enregistrement règne, le théâtre se transmet encore de bouches à oreilles.

 

Propos recueillis par Cynthia Benziane

 

pour en savoir plus sur Théâtre en Mai  : TDB CDN

LA MAISON TELLIER

LA DOUCEUR DU CHAOS

 

La Maison Tellier, vous ouvre ses portes comme celles d’un saloon où danseraient les filles de joie de Lautrec derrière des battants qui se télescopent et laissent passer, de manière aléatoire, tantôt la lumière, tantôt l’ombre.

Visiter cette demeure clair-obscur  c’est s’immerger au cœur du meilleur de la chanson française, s’offrir le plaisir d’une écoute qui réconcilie texte et musique, fond et forme dans une incrédule légèreté… du velours-crochet ! Beauté pour tous pourrait sembler un  programme politique mais en écaillant le vernis, on y perçoit la beauté d’une peinture aigre-douce, un Jardin des délices revisité, un Guernica serein…

 

La Maison Tellier © François Berthier

 

M : Le savoir faire français disparait, seul le marché du luxe résiste. Penses-tu que la joaillerie Tellier sera bientôt délocalisée ?

 

Raoul Tellier : Où ça ? Non, sur le dernier disque on a tout ramené vers l’Europe et choisi le Français au niveau de la langue. Alors pour le moment, on reste là ! C’est vrai qu’au début de La Maison Tellier, notre cœur balançait entre la musique résolument anglo-saxonne, américaine et la chanson française. Le fait de choisir le français sur le dernier disque nous met effectivement sur le terrain de la chanson française. Je suis agréablement surpris par la sensation procurée. Chanter dans sa langue, pour ses compatriotes, est vraiment plaisant alors qu’au départ j’étais le moins enthousiaste pour ce choix.

 

M : Ce quatrième album est un véritable bijou et avec lui vous vous hissez dans les groupes qui marqueront l’histoire de la chanson française. Quel héritage revendiquez-vous dans ce domaine ? Un mélange de Brassens et de Noir Désir ou bien…

 

RT : Oui, pourquoi pas mais j’y ajouterai pour ma part Gainsbourg, Polnareff, Brel ou plus récemment Dominique A. C’est plus pour la démarche que pour le contenu, pour le mélange de la musique et de la chanson française. Quand j’écoute un artiste ce qui me touche dans un premier temps c’est la musique et la façon dont il réussit à faire sonner des mots sur une mélodie. Ce n’est qu’ensuite que je m’attache au sens de la chanson. Du côté d’Helmut, c’est sans doute Gérard Manset.

 

M : Du Bashung aussi me semble-t-il ?

 

RT : Oui, bien sûr ! D’autant que nous avons eu la chance de jouer en ouverture pour lui lors de sa dernière tournée. J’ai vu deux fois son dernier spectacle et j’ai pris une grosse tarte à chaque fois. Bashung, pour moi, c’est l’interprète de la plus belle chanson française du monde : la Nuit je mens. C’est la chanson du répertoire français que je préfère. Textes français sur musique anglo-saxonne… on est loin de la variet’ ou des chansons flonflon! Alors oui, on se sent assez proche de ces gens là, en tout cas dans la démarche.

 

M : Employer le français dans ses textes oblige-t-il à donner un fond à la forme ?

 

RT : Oui, c’est obligé et on ne peut pas faire autrement que d’écrire des textes qui ont un certain sens sinon on n’arriverait pas à les assumer. Malgré tout, il y a des gens qui chantent n’importe quoi très bien et ça marche… Une chanson comme Comic Strip de Gainsbourg ne veut rien dire mais la forme prend le dessus et ça fonctionne ! Nous, on a besoin des deux, même si on n’est pas dans le délire du texte avant tout … Le challenge pour moi, c’est arriver à faire une vraie chanson au sens pop du terme avec un vrai fond au sens littéraire du terme.

 

M : Beauté pour tous n’est pas vraiment un album gorgé d’optimisme ! Que dit votre entourage de vous et de cette joie de vivre ?

 

RT : Nous, dans la vie, ça va plutôt pas mal (rires), on ne prend pas de Lexomil, tout va bien ! Le côté sombre fait partie de notre « cahier des charges » implicite qui s’est imposé à nous depuis les débuts de La Maison Tellier. C’est vrai que dans notre culture musicale de base ce sont plutôt des artistes qui apportent fond et forme et c’est quand même vachement difficile, tout comme au cinéma, de faire une bonne comédie. Alors qu’un bon drame… Il y a ce côté décalé chez nous aussi avec une musique plutôt gaie et des textes tristes ou l’inverse. On a essayé d’ailleurs sur cet album d’être plus dépressivement serein ou sereinement dépressif (rires). Il y a un média qui disait de nous : « La Maison Tellier revient, le groupe français dépressivo-cool… ». J’ai trouvé ça pas mal comme formule (rires)  

 

M : Etes-vous des nostalgiques du 19ème siècle et selon vous est-ce la révolution industrielle qui a fait basculer notre monde vers l’aliénation ?

 

RT : C’est surtout Helmut qui a essayé d’insuffler ce truc là et finalement c’est assez cohérent, bien que nostalgique sous entendrait qu’on ait connu cette époque… Mais il clair qu’on est attiré par certaines périodes de l’Histoire notamment la fin du 19ème. C’est aussi une espèce de patine qu’on a amenée sur l’album parce qu’elle se prêtait bien aux thématiques abordées, aux titres, elle est en cohérence avec la Maison Tellier, en cohérence avec notre fascination pour l’Americana et la musique des Appalaches mais vu du côté européen, donc un peu plus Belle époque que Western.

Pour la bascule, étant le pessimiste du groupe, ton analyse me convient. La Révolution Industrielle, pour moi, c’est un tournant qui nous amené là où on en est mais tout n’est pas pourri dans ce monde ! C’est un phénomène ultra fascinant parce que c’est là que « la machine »  s’est emballée et on est spectateur de cet emballement depuis le début même ceux qui en sont les acteurs comme dans Fantasia de Walt Disney avec ses balais… Il y a un moment où on ne maitrise plus rien et où le phénomène ne vit que par lui-même !

 

M : Beauté pour tous pour moi, c’est presque pictural, on dirait une balade à travers la peinture depuis Jérôme Bosch jusqu’aux impressionnistes Pissarro, Monet…

 

RT : Pas mal ! Oui ça me plait â€¦ Comme je te le disais , les textes c’est Helmut mais les musiques j’en ai composées beaucoup et quand je dois expliquer aux gens ma manière de travailler je n’y arrive pas vraiment. C’est très intime et très personnel et souvent quand je commence à trouver des suites mélodiques ou des lignes d’accords, j’ai des images qui me viennent en tête et des espèces d’aplat de couleur. C’est très visuel ce qui se passe dans ma tête donc la comparaison avec la peinture me touche beaucoup.

 

M : Un Bon Français, ça sent Vichy, ça sent le bruit et l’odeur… A vif, entre municipales et européennes, d’où vient cette dérive xénophobe selon toi ?

 

RT : Mon éternel pessimisme me fait dire que la xénophobie est là depuis toujours et on la porte en chacun de nous avec plus ou moins de virulence selon l’individu et selon les périodes. Pour moi, ce n’est pas un phénomène aléatoire, c’est plus comme un volcan qui se réveille de temps en temps, qui entre en éruption et qui fout la grosse merde. J’aimerais croire qu’on puisse vivre tous ensemble dans une très bonne entente mais les faits sont contre cette croyance. Rien que dans mon petit village on arrive à se bouffer le nez, alors… L’art de non cohabiter est latent chez chacun de nous. Ce que je trouve grave par contre, c’est qu’on institutionnalise ce genre de chose, qu’on légifère, qu’on légitimise ces sentiments qui devraient rester individuels et variables. Théoriser et institutionnaliser cette haine me dérangent vraiment. Le fait qu’il y ait un parti nationaliste qui rassemble ces sentiments me fait flipper. On peut se fâcher avec quelqu’un et se réconcilier très vite mais ce genre de parti ne permet pas de réconciliation puisque l’exacerbation de ces sentiments forme son fond de commerce ! C’est une marchandisation de ces sentiments.   

 

 

M : La Maison de nos pères, est-ce un appel à prendre le pouvoir, une incitation à la révolte ?

 

RT : Je ne sais pas trop dans quel esprit l’a écrit Helmut mais pour moi elle a résonnance très psychanalytique. J’ai plus une lecture œdipienne des choses mais, oui, on peut la voir comme un appel à faire la révolution, à faire table rase et à commencer quelque chose d’autre. Helmut l’a sans doute plus écrit au premier degré : « rangez vos vieux disques, la Maison Tellier arrive » mais pourquoi pas y voir un côté militant…

 

Propos recueillis par Jérôme Gaillard

 

En savoir plus : www.lamaisontellier.fr

En concert à l’Oeno Music Festival à Dijon le 12 juillet

www.oenomusic-festival.com

THE DOORS ALIVE

Dijon / 2 février 2014/ La Vapeur

The Doors alive ©Jérôme Gaillard

 

 

Il fut une époque où les comédies musicales étaient légion et l’horreur quotidienne « Il est venu le temps… Qui pourra m’ouvrir les yeux »â€¦ Bref, le temps est à l’accalmie après l’échec des dernières comédies et le retour sur scène de Chantal Goya – Rideau !

Mais voilà que depuis quelques années se succèdent les tributes et hommages en tous genres : The Queen, Pink Floyd, The Beatles, ABBA, Michael Jackson… Et maintenant The Doors !!!

Assez peu consommateur de ce genre de choses, mais amateur de lézard, je me suis résolu à assister au concert, à La Vapeur, de The Doors alive.

Les ersatz de John Densmore, Ray Manzarek, Robby Krieger prennent place sur la scène et déjà je souris, le folklore se met en place et j’ai honte de participer à cela. Mais bientôt le pompon arrive une corona à la main, pfff ! Pantalon en cuir, ceinture fétiche de Jim Morrison, une paire de santiag, chemise blanche, cheveux longs… Willie Scott le faussaire ouvre la bouche et entonne les premières notes d’un répertoire inconnu de personne dans la salle ce soir. La resemblance des voix est troublante, les morceaux s’enchainant  : Light My Fire, When The Music’s over, Riders On The Storm, The End… Will’ rentre peu à peu dans la peau du personnage et la confiance s’installe entre le public et lui. Les Corona s’accumulent à défaut de Bourbon et on se surprend à prendre plaisir à cette prestation. Les gestes maladroits de la mise en  scène laissent bientôt place à la nonchalance Morisienne. On y est ! Le tour de force est réussi même si Will’ ne termine pas son concert à poil en se prenant pour le lézard roi. Enfin un tribute réussi !

 

Jérôme Gaillard

 

JACQUES ET MYLENE

Salle Jacques Fornier (TDB) / Dijon le 18 janvier 2014

Mise en scène Benoit Lambert

 

Jacques et Mylène © Jérôme Gaillard

 

Nos French Monthy Python, les 26000 Couverts, étaient de retour dans la capitale bourguignonne pour présenter leur nouveau spectacle, une farce délirante autour du postulat suivant : L’homme est un loup pour l’homme… et la femme…on ne sait plus pour qui ! Autour de ce thème, on remonte à L’Origine du Monde et à son fardeau de convoitise inhérente. Bref, vous l’aurez compris, l’histoire est compliquée !

On accueille donc ce spectacle avec une certaine concupiscence mais surtout avec surprise lorsqu’on apprend que la pièce écrite par Gabor Rassov sera jouée par deux comédiens (les géniaux Ingrid Strelkoff et Philippe Nicolle)  pour cinq rôles et demi masculins et deux rôles et demi féminins ! A cet instant, on se dit que Benoît Lambert a de la suite dans les idées… Cette histoire passionnante et passionnelle nous entraine aux confins de l’intimité de la folie ordinaire et tous les ingrédients sont réunis pour une super production Bollywoodienne (à ce titre, nous déplorons d’ailleurs l’absence de danseurs indiens, de charmeurs de serpents mais surtout des Sexy Sushis qui, nous en sommes certains, auraient donné une dimension néo-tragique à cette œuvre) : amour, passion, trahison, aventure, action, frisson… On déborde même dans le gore et les perversions les plus sordide et le résultat ressemble à la pléiade de l’iconographie des séries Z + rose + X + TV + Faites entrer l’accusé + l’excellent magazine Détective ! En résumé : le pire du cinéma, de la télé et du théâtre de Boulevard réuni dans un délire total des 26000 rien que pour vous dans un théâtre de poche ! Un régal donc à partager en famille, histoire de crever les possibles abcès (- de 12 ans s’abstenir quand même !). 

 

Jérôme Gaillard

LA YEGROS

Café Charbon, Nevers, jeudi 6 février

 

La Yegros

 

 

En France, La Yegros (prononcez La Shegros) a été propulsée au rang de hitmaker grâce à sa chanson Viene de mi, largement diffusée l’été dernier sur les ondes de Radio Nova. Dans son pays, la native de Morón incarne, avec d’autres, le renouveau de la scène musicale argentine. Une avant-garde regroupée sur le label ZZK, éditeur d’une compilation, la bien nommée Future Sounds of Buenos Aires, et organisateur des célèbres soirées Zizek. Le projet de La Yegros ? Digitaliser la cumbia, musique d’origine colombienne et très populaire, dans les quartiers défavorisés de la capitale argentine.

C’est donc un vent de fraîcheur qui soufflait sur la scène du café Charbon. La Yegros, toutes plumes dehors, jupe mini, lunettes de soleil et magnifique chevelure bouclée aux accents cacao, semblait ravie. Ses trois musiciens aussi. Dans le grisaille nivernaise, le set punchy (et un peu moins électro qu’attendu) de la chanteuse a fait bouger le public pendant une petite heure et demi, à grand renfort de guitare, accordéon, flûte et percussions. Il faut dire que La Yegros, comme elle le chante si bien dans sa langue suave, ne danse pas la cumbia, mais quitte le sol. Tout comme le café Charbon, pris dans cette émotion que seules les musiques latines sont à même de provoquer. D’où cela peut-il bien venir ? Selon la Yegros, la réponse, mon ami, est dans le vent: « Viene de ti, viene de mi, viene del viento. No miento, es un sentimiento… »

 

Marin Kaminski.

BLACK REBEL MOTORCYCLE CLUB

La Vapeur. Dijon. 12/2/2014.

 

BRMC©Stéphane Ruta

 

Ce devait être une date qui sent la crasse, la bière tiède et roule les mécaniques. Elle le fût presque en partie mais sûrement pas grâce à la prestation de BRMC sur scène. Le trio californien n'avait pas les tripes ni grand chose de « rebelle » comme indiqué dans l'énoncé. Un peu dommage pour une première à Dijon (ou alors je me trompe) dans le cadre des « Nuits de l'alligator ». Kid Karate a bien tenté de faire monter l'ambiance d'un cran. Le duo irlandais (guitare/batterie) s'est démené, souvent brouillon, parfois génial, mais toujours avec cette fièvre communicatrice, pour flanquer une bonne tarte de morceaux funky-punk inaudibles et déstructurés. Du rock sans pose ni état d'âme à la différence de l'énigmatique Peter Hayes. Le guitariste de BRMC, la clope au bec et les cheveux en bataille, entretient son image sous un écran de fumée lorsqu'il arrive sur scène et entame « Fire walker ». L'ancien membre de The Brian Jonestown Massacre n'est pas d'humeur et le concert ne démarre jamais. Robert Levon Been, d'abord caché sous sa capuche, se décrispe et harangue les fans à coups de basse, la plupart ont sorti le t-shirt officiel, mais le moteur semble grippé et unplugged en rappel (« The line » et « Shuffle your feet »). Le gang, complété par la jolie Leah Shapiro (batterie) ne pouvait conclure son set sans « Whatever happened to my rock'n'roll ». Il aurait pu avoir mauvaise mine sans la révélation de la soirée. Dead Combo n'a pas grand chose à vendre mais tout à donner une fois sous les projecteurs. Le duo finlandais - deux mecs-deux guitares et synthé crassouille - exilé à New-York revisite Suicide, les nuits poisseuses du GBGB's et tourne à l'occasion des clips sous la direction d'Abel Ferrara (« You don't look so good »). Rock'n'roll attitude et esprit dark-underground que l'on retrouve dans les morceaux des faux-frères suomistes, agressive, oppressante et violente comme la filmographie de leur mentor. Dead Combo est le nouveau destroy band circa 77. Not dead.

Stéphane Ruta

 

 

RODOLPHE BURGER PLAYS VELVET

Mâcon. Scène nationale. 8/2/2014.

Rodolphe Burger©Stéphane Ruta

 

Rodolphe Burger reprend le Velvet Underground. Bien V.U de la part de l'ancien professeur de philosophie, lequel a tout laissé tomber au mitan des 80's pour épouser une carrière d'artiste à la première écoute des petits protégés d'Andy Warhol. Lou Reed ayant passé sa guitare à gauche au cours de l'automne dernier, le fondateur de Kat Onoma rend ainsi hommage (le spectacle tourne depuis 2010 en fait) à ses idoles de jeunesse en partant sur les routes avec un message, très humble à l'image du personnage, « this a velvet underground song that i'd like to sing ». Une manière d'exorciser en même temps la tristesse, le temps qui passe, et faire remonter les vieux souvenirs à la surface. Le Velvet de Rodolphe, c'est un moment d'émotion, un retour musical en arrière partagé entre une bande de copains et son public. Celui de la Scène Nationale à Mâcon a bien répondu présent à l'invitation du grand rockeur dégingandé, sapé dans son superbe jean en cuir, qui ouvre le bal par « Sweet Jane ». Et les murs du théâtre de vibrer ainsi pendant deux bonnes heures au rythme des 60's finissantes, et des trésors discographiques de la formation new-yorkaise. Accompagné de Joan Guillon aux claviers (EZ3kiel), Julien Perraudeau à la basse (Jacques Higelin) et Alberto Malo à la batterie (Tété, Erik Truffaz), Rodolphe Burger enchaîne les standards (« Stephanie says »« Sunday Morning »,« I'm waiting for the man »...) et laisse parfois le micro à ses acolytes. Les performances de Black Sifichi, maître americano-scottisch du spoken word vivant à Paris, et Sarah Yu Zeebrock, superbe dans son rôle de Nico...réenne (ou presque), ajoutent de l'authenticité au projet où chacun trouve sa place et son quart d'heure de célébrité. Une devise à laquelle goûte aussi une partie des spectateurs invités à rejoindre le groupe sur scène pour un final dansant et  parti vers un décalage noisy à la fois avant un ultime rappel devant un public convaincu par la qualité artistique du spectacle. En 1969, le Velvet balançait « That's the story of my life ». Rodolphe Burger se souvient à sa manière, et raconte à nouveau. Grâce à lui, la flamme brûle encore. Repose en paix Lou.

Stéphane Ruta

Rodolphe Burger©Stéphane Ruta

VON PARIAHS

Vendée sous haute tension

 

Qu'on se le dise, la Vendée, ce n'est pas que Philippe De Villiers et François Fillon. C'est aussi la terre des Von Pariahs, nouvel espoir du rock encensé par la critique. Révélé par le tremplin du Printemps de Bourges en 2012 et les Transmusicales de Rennes, le groupe a sorti son premier disque, Hidden Tensions, le 30 septembre dernier. On y retrouve des références éloquentes, de la cold wave de Joy Division et The Cure au post-punk des Talking Heads. Aujourd'hui basé à Nantes, le groupe est en tournée dans toute la France. Rencontre avec Théo Radière, guitariste fondateur des Von Pariahs.

 

VON PARIAHS  ©Fabien Tijou 

 

 

Théo, d'où vient le nom de ton groupe, Von Pariahs ?

 

Von Pariahs vient d'un clin d'œil qu'on a voulu faire à la scène berlinoise, notamment aux albums de Bowie et Lou Reed enregistrés là-bas, ainsi qu'à la scène électronique de la fin des années 70, début 80, avec entre autre Kraftwerk. Le côté pariahs, c'est parce qu'on a toujours été des outsiders. Ça nous a collé à la peau, on a appris à s'en servir comme une force.

 

Pourquoi dîtes-vous être des outsiders ?

 

Quand on a commencé à faire de la musique en Vendée, si tu veux, on était le seul groupe à jouer ce genre de musique. Les gens avaient un peu de mal à entrer dans notre univers. Et puis, quand on est arrivé à Nantes, on était les petits Vendéens qui jouaient de la musique.

 

Votre chanteur, Sam, est originaire de Jersey. Vous chantez donc en anglais. Mais au-delà du chant, on sent clairement que votre musique sonne anglo-saxonne plutôt que française. Comment tu l'expliques ?

 

Avec le téléchargement, notre génération a commencé à s'ouvrir à plein d'artistes internationaux. Forcément,  on a découvert la scène anglaise et on a accroché dessus.

 

A quel moment vous êtes-vous dit : "Tiens, faut qu'on fasse un groupe, qu'on crée notre propre musique" ? Quel a été le déclic en fait ?

 

On joue depuis longtemps. On a monté notre premier groupe à l'âge de 13 ans. Ça vient aussi d'une envie de s'occuper, tout simplement. On vient de petits villages proches les uns des autres où le week-end, il n’y avait absolument rien à faire. On s'est dit qu'on allait s'occuper en jouant de la musique !

 

C'est comment la scène musicale en Vendée ? Y'a des groupes ou vous étiez un peu les  seuls ?

 

Il existe une scène musicale, mais dont on n'est pas très proche, c'est plus ska, rock festif ou alors punk hardcore, qu'on apprécie un peu plus pour le coup. Depuis quelques années,  des groupes  commencent à émerger. J'espère que ça va continuer !

VON PARIAHS  ©DR

 

Vous avez gagné le tremplin du Printemps de Bourges en 2012, et la même année, votre passage aux Transmusicales de Rennes a marqué les esprits et a un peu déclenché tout ce qui a suivi. Comment le groupe a géré ce succès, sachant que vous aviez vos boulots à côté donc étiez encore amateurs en fait ?

 

On a toujours envisagé de faire de la musique à plein-temps. Mais tant que ce n'était pas possible, on ne le faisait pas, parce qu'il fallait qu'on bouffe, tout simplement. Le Printemps de Bourges a été l'accélérateur de notre carrière. On a commencé à être connus des professionnels, puis on a confirmé avec les Trans. S'en sont suivis un album et une tournée. Donc on est plutôt content…

 

Hidden Tensions, votre premier album, est paru le 30 septembre 2013. Comment s'est passé l'enregistrement ? Avez-vous tempéré vos ardeurs par rapport à la scène ?

 

En fait, on n'a pas voulu tempérer nos ardeurs, on a essayé de reproduire l'énergie du live en studio. Le truc, c'est qu'on n'a pas autant d'expérience en studio que sur scène. On a été confrontés aux réalités de l'enregistrement, à la technique.  Mais on a vraiment essayé de reproduire notre énergie et fait en sorte que tout ce qui est sur l'album soit reproductible sur scène.

 

La pochette est une œuvre de l'artiste Théo Mercier, qui s'appelle La Famille invisible. On y voit des fantômes. Quel lien faites-vous avec l'album ?

 

D'un point de vue purement esthétique, il traduit bien la couleur de notre musique, très blanche et noire. On a des chansons plus calmes, d'autres plus énervées. Et puis, il y a aussi le côté caché… Nos morceaux sont assez tendus, et au bout d'un moment, ils explosent.

 

Vous êtes en tournée en ce moment. Est-ce que vous pensez déjà à la suite ?

 

Disons qu'on continue à répéter, donc on crée de nouveaux morceaux. Ceci dit, on est assez focalisé sur la tournée, on essaie de se faire plaisir. Après, l'objectif est de sortir un maximum d'albums et de dates. Et pourquoi pas à travers différents pays...

www.vonpariahs.com

Propos recueillis par Marin Kaminski

TELDEM COM'UNITY

Le talent en toute humilité

 

Teldem Com’Unity recommence à faire du bruit… En effet, ça démarre fort cette année avec le lancement de leur nouvel album Absorption et quelques bonnes dates qui permettront au public de découvrir ou redécouvrir un groupe montant de la scène bass music hexagonal.

Le titre Absorption en dit long sur la richesse du répertoire de ces cinq potes aux univers différents mais complémentaires. TDC, c’est la force du hip hop avec une avalanche d’influences parmi lesquels le rock, le reggae, le dub, l’electro… Une tempête sonore qui emporte tout sur son passage pour en restituer le meilleur, en trois lettres : TDC !

 

TDC©DR

 

 

 

MB : On dit que vous vous êtes formés au lycée à Clamecy, que vous êtes une vieille bande de copains et que votre première scène était la MLAC, c’est bien ça?

 

Mayd Hubb (chant et clavier) : Oui, on s’est tous rencontrés au lycée à Clamecy, voire au collège pour certains et on a effectivement fait nos premiers concerts à la MLAC et au festival des Perthuis.

Mr Green : TDC, c’est une histoire de potes mais aussi de famille, nous sommes deux frères dans le groupe : Airaes, à la batterie et moi, à la guitare ! On a tous commencé la musique ensemble au Lycée.

 

MB : Vous venez de sortir votre deuxième album, après Ground Zéro, Absorption. Ces titres d’album semblent plein d’humilité, c’est ce qui vous caractérise ?

 

MG : On aurait pu les appeler 1er étage, deuxième étage… (rires) Mais oui, cela marque une évolution même si Absorption n’est pas la suite de Ground Zéro.

MH : L’humilité est, je pense, liée à l’identité même du Dub, il y a cette indépendance dans ce mouvement, cette manière de faire les choses soi-même.

Olliejam (machines): On fait tout nous-mêmes, on s’autoproduit aussi, même si sur cet album on a su s’entourer.

 

MB : ce deuxième album, c’est combien d’années de travail, d’absorption ?

 

MG : On est dessus depuis fin 2012 où on a commencé certains morceaux et enregistré quelques démos. On a finalisé le projet courant 2013 et travaillé notre live avec des résidences au Silex, à la Vapeur… On a commencé à jouer certains titres de l’album sur scène en 2013 au Chien à Plumes, au Reggae Sun Ska Festival, au Catalpa Festival… Une manière de tester un peu cet album en public.

 

MB : Outre l’expérience, ce sont les influences de chacun qu’il fallut fait ressortir sur cet album. Pas trop compliqué de conjuguer l’electro, le rock, le reggae, le hip hop ? Quelle est votre ligne directrice ?

 

O : On essaye de mélanger nos influences respectives de la manière la plus intelligente possible. On mélange les genres sans se poser de question, sans un mettre un en avant plus qu’un autre. On écoute vraiment de tout et malgré nos goûts musicaux personnels on retrouve les goûts de chacun chez les autres. Tout se croise, se rencontre ! Aucun style ne prend le pas sur un autre, en tout cas consciemment. On ne travaille pas en se disant «  tient cet album sonnera plus electro ou plus reggae ». Il n’y a pas de ligne directrice, si ce n’est l’ouverture maximale ! (rires). D’ailleurs en parlant d’ouverture, on a quatre invités sur cet album : des morceaux chantés avec Sir Jean (Le Peuple de l’Herbe / Brain Damage), Well J sur le morceau All about love, Lyricson qui a posé un couplet sur Safara et Joe Pilgrim (Dub Addict Sound System) sur le morceau Pay Day. Ouvrir notre univers à d’autres, partager ensemble un morceau… c’est ça le sens de l’ouverture de TDC !

 

 

MB : Certaines de vos compositions ne sont pas sans rappeler l’énergie de la fusion des années 85-90 avec cette idée de métissage des genres et c’est sans doute ce qui me plait le plus sur cet album mais je ne sais pas si je suis représentatif de votre public !?

 

O : En fait, je crois que nous avons un public hyper éclectique et à l’image de notre musique, tous les genres s’y croisent.

 

MB : On m’a reproché dans un article précédent de rapprocher culture reggae (dub y compris) et marijuana, je fais erreur où tout le monde a tiré sur son premier spliff sur un morceau de Bob Marley (ou un descendant) ?

 

MG : Il y a un article très sérieux là-dessus dans le Garofi qui titrait : « Dijon : Non-fumeur, il est expulsé d’un concert de reggae » (éclats de rires)

 

 

MB : Comment est reçu cet album par la critique?

 

O : Les retours sont plutôt bons pour le moment que ce soit de la part du public ou des professionnels mais il est un peu tôt pour en dire plus, l’album étant sorti début février. Pour l’instant l’accueil est plutôt positif !

 

MB : Je suis tombé sur un site reggae qui parle de votre disque et il y a vraiment deux écoles : les puristes et ceux qui s’ouvrent. Les commentaires des puristes sont sans équivoque : pas assez reggae pour eux ! Par les autres, il est très bien perçu…

 

O : On a souvent été étiquetés dub reggae parce qu’à la base peut-être, je dis bien peut-être, on partait dans ces registres là mais il est clair que notre musique a toujours été un mix de toutes nos influences. Il y a de la double pédale, des sonorités  rock, de l’électro… On ne s’enferme pas dans un genre.

MG : L’album est lui aussi varié avec des choses très reggae et d’autres beaucoup moins.

 

MB : On dit que vous êtes meilleurs en live qu’en studio. D’habitude, c’est souvent l’inverse, non ?

 

MG : On a des instruments et on joue vraiment en live, on ne fait pas semblant, ce n’est pas pour la photo et du coup, oui, il peut y avoir une énergie qui est différente de celle de l’album et peut-être des moments moins bons que d’autres d’un live à l’autre. Il est vrai qu’on est plus un groupe de scène car c’est là où tout a démarré !

O : C’est difficile d’ailleurs de retranscrire l’énergie du live en studio, mais on essaie d’y coller au mieux…

MH : Oui, notre musique prend plus de puissance en live. Avant de faire ces albums, on a surtout fait beaucoup de live. La scène, c’est notre élément !

O : Le live est aussi plus propice à l’énergie

 

MB : Vous venez de faire une date au Divan de monde, c’était réussi ?

 

MG : C’était une belle soirée, avec une belle fréquentation, une salle constituée de fans, d’amis et de gens qui nous ont peut-être découverts sur les radios parisiennes lors de la promo du disque.

MH : C’était aussi pour nous l’occasion de faire monter sur scène Well J et Sir Jean  qui ont fait un featuring avec nous sur l’album comme je te le disais tout à l’heure. Sir Jean faisait la première partie avec Real Acoustic Sound un projet qu’il développe avec Jo Cocco (Broussaï). Il  régnait une belle ambiance festive pour cette release party.

 

MB : On vous retrouve bientôt au Moulin de Brainans et dans un nouveau festival sur Dijon, me semble-t-il ?

MG : Oui, on fait le Moulin de Brainans et le nouveau festival dont tu parles mais je crois qu’on arrivera dans la troisième fournée des noms que Pierre Yves Romano livrera à la presse. Donc, pour l’instant, tout cela reste entre nous !

 

 

MB : Avant de se quitter, il y a une question qui me brûle les lèvres et je m’adresse à toi Mayd Hubb… QUI, mais QUI tricote tes pulls ???

 

 

Propos recueillis par Jérôme Gaillard

 

TDC : www.teldemcomunity.com

 

TDC joueront le 5 avril au Moulin de Brainans et début juillet dans un tout nouveau festival dijonnais…

HANNI EL KHATIB

Festival GéNéRiQ 

La Vapeur / Dijon / 19 novembre 2013

 

Hanni El Khatib ©Jérôme Gaillard

 

Hanni El Khatib aime la France, le vieux rock et Johnny Hallyday. Le rockeur californien, d'origine philippine par sa mère et palestinienne du côté paternel, n'oublie pas de remercier celui qui l'invita à faire sa première partie lors de son passage à Bercy en juin dernier à l'occasion des soixante-dix printemps de l'idole des jeunes. Une idole plus très fraîche contrairement au beau gosse tatoué on stage pour le compte du festival GéNéRiQ qui peine cependant à remuer un public timoré. Serait-ce la qualification des Bleus pour la coupe du Monde au Brésil qui tétanise à ce point les nombreux fans dans la salle ?

Hanni El Khatib le sent bien et balance à l'audience qu'il se croirait dans un gala de bonnes sœurs à Phoenix. « Yeaaaah ! » balance la foule en délire (ou presque). Et le bluesman déjanté de balancer Human Fly des Cramps et son gros rock, un peu trop US parfois. Loved one, You rascal you, Fuck it You win...  Hanni El Khatib mixe avec ses vieux standards issus de son premier LP (Will the guns come out) et ceux de son dernier opus (Head in the dirt), morceau-titre avec lequel il entame son show dijonnais par ailleurs. Un set qui se termine une heure et quelques minutes plus tard avec Family et un public enfin réveillé par la prestation du king californien. Bon, la France était qualifiée aussi. C'est peut-être une explication...

Stéphane Ruta

 

TOUT VA BIEN (Yves JAMAIT chante Guidoni)

Parvis Saint-Jean / Dijon / 16 novembre 2013

Yves Jamait chante Guidoni ©Jérôme Gaillard

 

On connaissait le talent de Yves Jamait, on le savait homme de scène, homme de show, on n’ignorait pas non plus son désir de passer les frontières, celles  des planches en glissant de la chanson au théâtre…

D’une certaine façon Yves Jamait a franchi le pas ce soir, pas complètement mais un pas quand même! Il reste ce chanteur à la voix incomparable que nous connaissons tous mais il porte un autre personnage. Ce soir, au Parvis Saint Jean, c’était Yves Guidoni et/ou Jean Jamait…C’était Le Fantôme de l’opéra de Brian de Palma pour le rythme, les masques… C’était Freaks de Tod Browning pour le show mais sans les personnages de foire seulement avec l’horreur de l’être humain. On passe ainsi tour à tour en revue : le traitre, le collabo, le facho… Sous le costume de Guidoni, on évoque aussi les tiraillements du cœur, la torture de l’infidélité et la mort par amour… On redécouvre Guidoni et des textes forts, mais c’est surtout le talent de Jamait qui une fois de plus se révèle. Un Jamait aussi à l’aise sur une scène au théâtre, dans un cabaret d’ombres, que dans une salle de concert. On l’attend dans un rôle d’acteur où, à n’en pas douter, il saura encore nous surprendre.

Jamit chante Guidoni ©Jérôme Gaillard 

 

JG

 

Jamait sera au Zénith de Dijon le 12 février à 20h30 pour vous présenter son dernier album Amor Fati. [40€ à 30€]

TELDEM COM'UNITY

Telerama Dub Festival - La Vapeur / Dijon / 2 novembre 2013

Teldem Com'Unity ©Jérôme Gaillard

 

Entouré de petits fumeurs en herbe, je pense que le dub n’a pas fini de rassembler les partisans  du reggae en perte d’identité. Eh oui, le dub c’est comme un nouveau messie des soirées narguilés ! Mais pourtant lorsqu’un jeune tistou me dit devant le groupe Teldem Com’Unity : « j’aime pas, c’est trop agressif ! » je sens que ne suis pas venu pour rien et qu’une fois passées les réflexions sur mon âge et les suppositions sur mes goûts musicaux        ( « Monsieur, t’écoutais Billy the Kick quand t’étais jeune ? »), je pourrais enfin faire vibrer ma carcasse à l’écoute des Teldem. TCU (ou TDC), c’est avant tout un état d’esprit hip hop et un son rock, quelques percées reggae, mais surtout du punch et du gros son. A la différence d’autres groupes tournant autour du dub ou de la bass music, ici, on ne triche pas. Il y a bien des effets, des boucles gérées par machine mais le gros du travail se fait en live. Comme des artisans, les Teldem remontent leur show sans cesse avec micro, guitare, basse, synthé, machines et batterie et quoi de plus rassurant qu’une bonne grosse double pédale sur un plateau dub? La fusion des genres fait mouche, et TCU n’est pas avare en expérimentation, on attend d’ailleurs avec une réelle impatience la sortie de leur nouvel album Absorption, prévue dès le mois de février. Les Teldem n’ont qu’un seul moteur : la recherche et la qualité… Stir it up !

Teldem Com'Unity ©Jérôme Gaillard

 

Jérôme Gaillard

EMMANUELLE CHOUSTA / GARCE

Théâtre Mansart / Dijon / 21 novembre à 20h30

Emmanuelle Chousta ©Jérôme Gaillard

 

On avait quitté notre fauteuil devant le dernier épisode d’Emmanuelle avec à l’oreille un refrain un rien sensuel : « Emmanuelle, Emmanuelle, hum hum… ». Mais là, le décor change. Les Emmanuelles se suivent mais… ne se ressemblent pas ! Emmanuelle Chousta, intime, se raconte en chansons. On passe des rêves de la jeune fille au rôle de la femme. Mais qu’est ce qu’une femme au 21ème siècle ? Emmanuelle nous décrit cela ainsi en quelques maux, des mots qui résonnent dans un appartement trop grand, trop vide. Humiliation, solitude, abandon…

La femme comme mobilier… Emmanuelle plaque tout, on gomme les rêves de petite fille, on reprend là où on s’était oublié et on recommence, la ligne de vie reprend sa route. Place au bonheur !

GARCE ©Jérôme Gaillard

 

Prenez de bons musiciens, quelques belles plumes, ajoutez-y une actrice talentueuse, blonde de préférence et vous obtiendrez le groupe Garce ! Nouveau venu sur la scène, ce band a de quoi exciter la curiosité et faire vibrer l’imaginaire mais pourtant… Malgré ces nombreux atouts, l’alchimie n’est pas là ou pas encore. Faire du rock, c’est prendre des risques, se donner, se trouver aussi… Passé le trac des premières fois, on attendra une Garce plus sale, plus rugueuse, plus bruyante, plus chaude aussi. Moins de sons clairs, une batterie, un peu plus d’énergie donneront à ce groupe les quelques éléments manquants à un nom pas encore tout à fait en phase avec ce qu’il annonce !     

 

Jérôme Gaillard

ROBERT LLORCA

La Movida

 

Robert Llorca ©Jérôme Gaillard

 

Les Conservatoires s’ouvrent et ce n’est pas le directeur du Conservatoire du Grand Chalon à rayonnement régional qui nous dira le contraire. A Chalon-sur-Saône, on pratique l’appel d’air, l’expression étant la priorité. Le résultat ? Chalon est le deuxième département danse en France, brasse 1800 élèves, compte 52 disciplines, emploie 90 professeurs et propose une centaine de spectacles par an avec une fréquentation d’environ 12000 spectateurs ! Porte ouverte sur un conservatoire en marche…

 

MB : Tout d’abord, quel est le prix d’inscription au Conservatoire et quel est l’éventail des disciplines enseignées ?

 

RL : Selon qu’on habite le Grand Chalon ou pas, qu’on soit imposable ou non les tarifs sont assez variables. Par exemple, un enfant qui suit un cursus de danse contemporaine  paiera, à l’année, 137€ s’il vient d’un foyer imposable, 60% de moins si son foyer ne l’est pas. Le barème des tarifs s’étend de 37€ à un peu plus de 300€ quand on cumule plusieurs activités et en étant imposable. On est donc dans la fourchette basse de ce qui se pratique en France et 5 fois moins cher qu’un cours privé !

En ce qui concerne le nombre de disciplines, on en dénombre pas moins de 52 autour de la danse, de la musique et du théâtre. La danse se décline, par exemple, en  différentes pratiques : classique, contemporaine, jazz, hip hop mais aussi trad. (aux travers de stages). Si on compare avec d’autres conservatoires, on a ici plus de disciplines notamment en danse où nous sommes le 2ème plus gros département en France devant Lyon et Avignon.

 

MB : Comment votre établissement s’est il retrouvé aussi bien placé ?

 

RL : C’est du au fait que nous avons un directeur adjoint danse très actif et cela depuis plus de 20 ans. De plus,  je suis un ancien accompagnateur de danse donc le domaine m’intéresse éminemment. On est aussi le seul conservatoire qui s’appelle Conservatoire Danse, Musique et Théâtre et non pas Musique, Danse etc. Nous affichons nos disciplines dans l’ordre alphabétique donc sans donner de prédominance à certaines au détriment des autres. Et puis, à Chalon, nous avons toujours eu un gros pôle danse, c’est un art qui se retrouve quelquefois marginalisé dans les conservatoires alors que c’est une très belle discipline. Nous avons donc de nombreux et bons enseignants ici et de ce fait de bons élèves, cela se sait et c’est donc tout naturellement que d’autres bons élèves nous rejoignent, créant ainsi une certaine émulation.

 

MB : Comment expliquez-vous la hausse de la fréquentation du Conservatoire ? Depuis votre arrivée on est passé de 1300 à 1800 élèves?

 

RL : Depuis mon arrivée nous avons multiplié les ateliers collectifs des ensembles, des orchestres, nous avons ouvert la danse à d’autres courants, créé un département musique du monde, triplé les heures de théâtre, augmenté les heures de musiques actuelles (rock, electro, métal…). On a toujours beaucoup plus de demandes que de places mais on en refuse moins qu’avant et on ne privilégie aucune discipline. Il faut qu’on puisse répondre à tous les genres de demandes quelque soit l’esthétique.

 

MB : A partir de quel âge peut-on fréquenter le Conservatoire du Grand Chalon ?

 

RL : L’enseignement démarre en grande section, c’est-à-dire à l’âge de 5 ans. Mais on a deux musiciennes qui interviennent déjà en crèche et en maternelle pour travailler auprès de bébés (en présence des parents). Les activités s’appuient sur des chansons, mais surtout sur les objets quotidiens et leurs sons comme, par exemple, des ustensiles de cuisines, et puis, on utilise des tapis patchés, reliés à un ordinateur qui déclenche un son selon l’endroit touché du tapis.

 

MB : Quelle est la particularité du Conservatoire que vous dirigez?

 

RL : Nous avons la chance d’avoir un auditorium ainsi que du matériel. Il faut avouer qu’on est assez branché technologie, nous avons d’ailleurs un département ingénieur du son,  du matériel de composition electro acoustique et donc la possibilité de composer sur ordinateur. N’oublions pas de citer notre gros département danse, celui de musique actuelle avec un travail en lien avec Lapéniche (Scène musique actuelle de Chalon) ! Nous sommes spécialisés autour  des courants electro mais on fait aussi du rock, de la chanson…Le mélange, sans  exclusivité, des disciplines, des âges… est important.

 

Robert Llorca ©Jérôme Gaillard

 

 

 

MB : Votre page facebook est en une belle illustration de votre propos, je ne connais pas beaucoup de directeur de conservatoire qui écoute Sexy Sushi !?

 

RL : (rires) J’aime bien Sexy Sushi, ils sont vraiment marrants tous les deux ! Au niveau des concerts, c’est toujours spécial car on ne sait jamais ce qui va se passer et combien de temps ça va durer, ils sont imprévisibles ! Personnellement, j’écoute des musiques très variées par le fait d’une formation où j’ai balayé pas mal d’horizons différents. De toute manière, on n’est pas là pour faire enseigner ce qu’on aime et laisser le reste de côté, il faut essayer de répondre aux divers goûts du public

 

MB : Votre Maison n’est pas seulement un pôle d’enseignement, c’est aussi une saison. Combien de spectacles présentez-vous ?

 

RL : On a 3 saisons : une officielle et uniquement professionnelle sur laquelle on a une cinquantaine de spectacles, une autre intitulée La Saison c’est aussi qui correspond a une volonté de décentralisation où se mêlent des spectacles d’enseignants, des spectacles d’autres structures du Grand Chalon et des représentations d’élèves, et enfin, une saison propre d’auditions d’élèves comme tout conservatoire. En tout, c’est plus d’une centaine de spectacles par an, ce qui est une bonne moyenne pour un conservatoire de notre taille. Seuls deux conservatoires en France proposent une saison officielle labellisée : Cergy Pontoise et Chalon sur Saône (Conservatoire de Paris à part). C’est à la fois lourd et intéressant. Cette saison a vu le jour il y a 4 ans avec uniquement de la musique et, d’année en année, on ajoute de la danse, du théâtre, ce qui nous permet d’être un diffuseur ordinaire et complémentaire de la Scène Nationale qui est à côté de nous. Nous travaillons en bonne intelligence et présentons même certaines propositions en coréalisation avec l’Espace des Arts.

 

MB : Beaucoup de partenariats avec les structures chalonnaises? 

 

RL : Oui, c’est évident ! Par exemple, avant mon arrivée, l’Espace des Arts ne faisait pas de concert de musique symphonique. Je le souhaitais mais notre jauge était trop petite; il était donc intéressant pour nos deux structures de valider un partenariat. On travaille aussi avec l’Arrosoir, Lapéniche (avec laquelle nous coréalisons un événement autour des musiques maliennes en mai prochain). Nous avons au total 40 partenaires réguliers et 34 conventions avec des associations.

 

Propos recueillis par Jérôme Gaillard

 

Pour en savoir plus sur le Conservatoire du Grand Chalon : http://conservatoire.legrandchalon.fr

 

 

 

RODOLPHE BURGER

Au plus près de sa langue natale...

 

Rodolphe Burger - Velvet ©JulienMignot

 

Lou Reed nous quittait en 2013 emportant avec lui les fondements du Velvet Underground.

En France, si Rodolphe Burger ne fut pas le premier à se sentir happé par ce nouveau spectre musical, il en sera néanmoins l’un des plus dignes héritiers. Après l’électrochoc Velvet, il quitte sa carrière de professeur de philosophie pour revenir à sa passion première : la musique. Il fonde Dernière Bande puis Kat Onoma, puis deviendra, à la fin de ces expériences, une sorte d’aventurier ro[ck]mantique de la musique, citons en vrac Le Cantique des Cantiques qu’il mettra en musique pour Alain Bashung et Chloé Mons, un disque avec James Blood Ulmer, des compositions pour Jeanne Balibar, Françoise Hardy, un hommage à Neil Young, à Gaisnbourg, au poète Mahmoud Darwich, des collaborations avec Higelin, Truffaz et bien sûr Olivier Cadiot avec qui il signe un troisième projet autour de la légende de Kaspar Hauser…

Aujourd’hui, on le retrouve pour un hommage riche de sens, rencontre avec Rodolphe Burger…

 

 

MB : En 2006, nous titrions « Rodolphe Burger, De l’art du dialogue ». Aujourd’hui, il ne s’agit plus de ciné-concert mais d’un hommage au Velvet Underground. Est-ce à nouveau une histoire de dialogue,  d’échanges intergénérationnels qui permettraient d’étendre le travail des Velvet jusqu’aux jeunes générations ?

 

Rodolphe Burger : Oui, on peut voir ça comme ça effectivement. Il y a eu une envie de traduire ou plus justement de réactiver, d’être une sorte de passeur par rapport à cette musique extraordinaire qui nous a tant marqués mais qui, elle, n’a pas pris une ride. Oui, il y a bien cette dimension, même si, au départ, on voulait juste faire un hommage et puis ça c’est tellement bien passé qu’on a eu envie de le réitérer et puis d’en faire un album…

 

MB : Réinterpréter les Velvet, c’est pour vous une manière de boucler la boucle ?

 

RB : Oui, c’était revenir à ce qui m’avait donné l’impulsion de refaire de la musique au tout début, avant Kat Onoma. Il n’y a pas que ça mais les Velvet ont joué un rôle déterminent dans ce retour à la musique dans les années 80.

 

Rodolphe Burger © Muriel Delepont

 

MB : Faites-vous partie des personnes qui ont acheté le premier album ? Brian Eno aurait dit : « Le premier album des Velvet Underground n'a été vendu qu'à 10000 exemplaires, mais chacun de ceux qui l'ont acheté a fondé un groupe. »

 

RB : Non, je ne l’ai pas acheté à l’époque mais je me suis rattrapé depuis. Je n’ai découvert les Velvet que tardivement en 1976 et je ne l’ai pas ramené de New York à Pragues, sous le manteau, comme Vaclav Havel l’a fait en 1968… Non, moi c’était avec du retard mais Brian Eno a absolument raison, ce disque, même  s’il n’a pas été un succès commercial, a été d’une influence musicale majeure. Pourquoi n’a-t-il pas eu de succès ? Je pense que dans le contexte « flower power » Californien, les Velvet  dénotaient, dérangeaient… Sortis de New York, ils apparaissaient comme des ovnis, avec cette froideur, cette noirceur…

Mais ce qui me frappe le plus en reprenant Velvet maintenant c’est l’ampleur du spectre du répertoire. On passe d’une ballade à un morceau comme Sister Ray, morceau très répétitif quasiment de transe ou à des morceaux complètements barrés (dont on se demande si on les joue en live d’ailleurs !?)…  Notre version du Velvet gomme un peu cette espèce d’aura « cold ». On est plutôt dans quelque chose d’énergique, de chaud.

 

MB : En fait, vous vous attachez plus à la musique qu’aux textes des Velvet ?

 

RB : Non, les textes sont très importants, c’est une des grandes originalités du Velvet d’avoir amené des thématiques qui n étaient absolument pas celles de la pop de l’époque. Mais c’est vrai qu’on débarrasse un peu le Velvet de son iconographie, du côté mythologique, sulfureux, de ce côté Factory qui a été d’ailleurs extrêmement fantasmé a posteriori.

 

MB : Est-ce qu’on peut vous imaginer un jour faire quelque chose au côté de John Cale ?

 

RB : C’est quand même hautement improbable dans la mesure où il ne fait pas partie des êtres faciles à approcher…  Mais je sais qu’il y a un  projet de rétrospective autour des Velvet sous forme d’une très grande expo à la Cité de la Musique. Evidemment, John Cale sera fortement impliqué alors qui sait…

  

MB : Qu’est ce qu’un futur professeur de philosophie pense des Velvet lorsque vous les découvrez?

 

RB : Le moment où j’écoute les Velvet correspond à celui où je découvre  la philo, donc à une période importante de ma vie mais où je ne pensais pas refaire de la musique. J’en avais fait très tôt, dès l’âge de 11 ans, dans un groupe de rock, donc au moment où je découvre le Velvet, moi, je suis plutôt passionné par la philo même si j’écoute toujours beaucoup de musique. Les Velvet c’est un peu la bande son de toute cette période philo et c’est après coup, en 80, que j’ai recommencé à faire de la musique. Les Velvet m’ont fait renaitre dans la musique. Le lien avec la philo ? Je ne m’aventurerai pas à l’expliquer mais il y a clairement quelque chose.

 

MB : Qu’est ce qu’un psychanalyste dirait d’un philosophe qui joue du Velvet ?

 

RB : (rires) C’est une très bonne question ! Le rock a tout supplanté dans mon adolescence et je suis passé complètement à côté de la philo en tant que discipline scolaire. Mais je pensais en avoir fini avec la musique lorsque je me suis passionné pour la philo. La question à se poser, c’est pourquoi  ce besoin de revenir à la musique ? Qu’est-ce qui m’a paru un peu court dans la philo ? De toute façon, c’est une vieille histoire que celle de la philo et de la musique, elle commence chez Socrate en passant par Nietzsche qui toute sa vie a rêvé d’être une sorte de philosophe artiste.

 

MB : Finalement, n’avez-vous pas toujours été comme un membre des Velvet mais dans un autre monde, avec une autre langue ?

 

RB : C’est vrai que je me sens tellement en familiarité avec ça que j’ai l’impression que c’est ma langue natale. La perte de Lou Reed, par exemple, a été pour moi aussi douloureuse que la perte d’un être cher, d’un proche… alors  que je ne le connaissais pas, je n’ai d’ailleurs pas cherché à le connaitre… Mais c’est l’importance qu’il a eue, l’importance de sa musique que j’ai énormément écoutée qui  font écho en moi.

 

Propos recueillis par Jérôme Gaillard

 

 

On retrouve le Velvet de Rodolphe Burger le samedi 8 février à 20h30 au Théâtre de Mâcon

(co-réalisation Cave à Musique et la Scène Nationale de Mâcon)

http://liveweb.arte.tv/fr/video/Rodolphe_Burger_Liz_Green_Hommage_Velvet_Underground_FIP_Maison_de_la_radio/

Pour en savoir plus sur Rodolphe Burger : www.rodolpheburger.com / dernierebandmusic.com

 

 

LES MONOLOGUES DU VAGIN... en beaucoup mieux

Jeudi 10 octobre à 20h / Parvis Saint Jean / Théâtre Dijon Bourgogne

 

Modèles © Pierre Grobois

 

Pauline Bureau est artiste associée au Théâtre Dijon Bourgogne jusqu'en décembre prochain. Elle y a présenté Modèles début octobre et y créera Sirènes en janvier 2014. Chaque fois, c'est à la parole des femmes que la metteuse en scène et son équipe se réfèrent.

Modèles pourrait se résumer (mais ce serait lui faire affront !) en un portrait de femmes, d'une multitude de femmes ! Cinq comédiennes (Sabrina Baldassarra, Laure Calamy, Sonia Floire, Gaëlle Hausermann et Marie Nicolle) incarnent à elles seules « la Multitude ». Et il faut bien reconnaître ici, la performance... Les cinq jouent juste, sont sobres, élégantes, drôles, âpres, inattendues, belles et rarement caricaturales. Le féminisme peut avoir quelque chose d'agaçant, même pour les femmes. Mais Pauline Bureau et son équipe, elles, le rendent essentiel. Non pas dans une lutte guerrière un rien stérile, puisqu'il est quand même agréable d'être femme parmi (ou contre!) les hommes, mais dans une intelligente mise en relief de ce que ça peut être que d'être une femme parmi les hommes. Modèles entrebâille une porte sur la manière dont on devient cette femme, sans jamais détourner le regard, ni rien laisser derrière lui.

Modèles devient, au fil de textes savamment orchestrés, un subtile plaidoyer évitant le rasoir écueil du didactisme pompeux en laissant à chacun la possibilité d'être soi-même et de l'être bien. Dans un monde où un émissaire de la République imite une poule quand une représentante de la même République prend la parole... l'on se dit qu'il est bon que Pauline Bureau fasse des spectacles.

 

Juliette Soulat

TABAC ROUGE, Cie du HANNETON

Samedi 12 octobre à 20h30/ MCNN de Nevers / festival Effervescence

Tabac Rouge©Jean Louis Fernandez

 

Le dictateur réinventé

 

Il est des semaines où les spectacles se suivent et ne se ressemblent pas. Dans ce cas précis, c'est heureux. L'équipe de James Thierriée remplace celle Daniele Finzi Pasca sur les planches de la MCNN et de son festival Effervescence. Tabac rouge accueille le spectateur dans un décor  rappelant l’atmosphère glaciale d’une friche industrielle souterraine. C'est sombre, métallique, décrépit, l'on sait déjà que l'on a affaire à un monde en perdition. Il y sera question d'un tyran agonisant dont le monde s'effondre. Les corps des danseurs se traînent et se désarticulent dans un décor que l'on découvre mouvant et qui ne cessera jamais de s’agiter. James Thierriée nous abreuve de musiques, de lumières, d'images, de mouvements. Peu de respirations dans Tabac rouge sans aucune frénésie étouffante. Mieux encore : pas une lumière inutile, pas un danseur approximatif, pas un mouvement superflu ! Thierriée distille ses images, suggère sa trame avec tant de finesse qu'il parvient à rendre le spectateur acteur, complice de ce qu'il voit, entend et sent. Thierriée éveille les sens. Pas de prise en otage non consentie ici, mais un accord tacite entre un metteur en scène talentueux (et c'est peu dire !) et un public subjugué. A croire que le génie a quelque chose d'atavique...

 

Juliette Soulat

 

LA VERITA, Cie Finzi Pasca

 Vendredi 4 octobre /MCNN de Nevers/ festival Effervescence.

La Verita © Viviana Cangialosi

 

 A l'origine était un tulle...

… peint par Salvador Dali dans les années 40 pour une pièce écrite par lui-même autour des personnages de Tristan et Iseult. Ce tulle réapparaît aujourd’hui sur scène, offert par la fondation qui l’a restauré au chanceux metteur en scène Daniele Finzi Pasca. Il constitue l'un des éléments du décor de sa dernière création, La verità, qui a vu le jour le 3 octobre dernier, en première européenne, sur la scène de la MCNN, à Nevers, dans le cadre du festival Effervescence.

C’est Julie Hamelin-Finzi, fidèle complice du metteur en scène, qui a écrit le prélude du spectacle: « La vérité est tout ce qu'on a rêvé, tout ce qu'on a vécu, tout ce qu'on a inventé, tout ce qui fait partie de notre mémoire. » Et c’est dans un cabaret qui tente d’explorer la vérité des êtres, leur mémoire et les images du peintre que nous entrainent Daniele Finzi Pasca et son équipe. Les numéros s'enchaînent, certains habités de réelles fulgurances poétiques, d'autres laissant une désagréable impression de brouillon, d'inachevé. Tristan et Iseult se perdent dans une succession de (trop ?) nombreux rideaux qui vont et viennent du sol aux cintres, privant le spectateur du plaisir de savourer la poésie et l'adresse des amants acrobates. Le cabaret se noie en intermèdes teintés d’humour clownesque un rien facile et de maladresses non maîtrisées. L'hommage au surréalisme verse dans une incohérence dont il était pourtant dépourvu. Mais s'il fallait ne retenir qu'une image de ce spectacle, il est probable que la pluie de diabolos et de bouchons soit celle-là : elle constitue à elle seule un véritable moment de grâce...

 

Juliette Soulat

 

CHILI, LA REGION DU MAULE

UN TEMPS POUR VIVRE

 

 

region du Maule, la Cordillère des Andes © Jérôme Gaillard

 

 

Nous avons beaucoup de chance en Europe et tout autour de la méditerranée car quoique nous poursuivons, à chaque instant, nous avons la possibilité de nous retourner et de voir d’où nous venons. Et cela grâce à notre patrimoine architectural mais aussi aux arts en général ou encore à l’industrie... Chaque strate, chaque détail de notre histoire est lisible, palpable, connu de tous. En revanche, certains pays ont du se réinventer sans cesse, décimés par l’occupant ou les révoltes indigènes, détruits par des événements naturels  (tremblements de terre, éruptions volcanique, tsunamis…). Ces pays n’ont d’autres richesses que celles puisées dans leur nature profonde ou contées par les anciens à travers les âges.

Aussi, si un jour vous vous rendez en terre chilienne (ce que je vous souhaite vivement), ne cherchez pas d’équivalence avec le patrimoine européen. Bien sûr vous croiserez des vestiges coloniaux (marchés, églises) mais d’une part l’Histoire coloniale est récente (mi-16ème - début 17ème), l’Histoire précolombienne enfouie (visiter Monte Verde), et d’autre part les différents séismes et tsunamis ont eu en grande partie raison du patrimoine chilien. En moyenne, le Chili connait un séisme grave tous les 25 ans, le dernier étant celui de février 2010, d’une magnitude de 8,8 sur l’échelle de Richter.

 

Paris, Londres et pourquoi pas Talca ?

Talca © Jérôme Gaillard

 

Le fâcheux du Chili étant passé (vous avez environ 23 ans avant le prochain gros séisme), concentrons-nous sur l’une des plus belles régions au centre du pays, le Maule, qui, depuis 2009, a signé avec la région Bourgogne une convention de coopération, sous le haut patronage de Mme Bachelet, l’ex-présidente de la République (et peut-être la future) du Chili. Le Maule a approximativement la même superficie que la Bourgogne mais les similitudes ne s’arrêtent pas là. En effet, la région est très rurale et comporte de nombreux exploitants agricoles et viticoles qui font du Chili  « la Bodega » (la cave) de l’Amérique du Sud.

Playa del monolito © Jérôme Gaillard

 

Si jusqu’à maintenant la région du Maule ne présentait pas un grand intérêt pour vous, laissez- vous porter dans quelques lieux magiques de la région. Nous pourrions commencer, en bon occidental qui se respecte, par la ou plutôt les plages. Tout le littoral est intéressant mais nous vous conseillons particulièrement les plages de Pelluhue au sud, de Constitución à mi chemin, et de Iloca au nord (plus on va au nord plus il fait chaud !). Tout d’abord, choisissez bien votre période pour vous rendre dans le Maule, le printemps démarre en octobre et l’été fin décembre. Au printemps, les températures peuvent atteindre les 30° mais les matinées restent fraiches. Vous serez surpris par l’aspect du sable dont la couleur vient de la cordillère et de ses nombreux volcans : adieu sable blanc… bonjour sable noir ! Les plages sont magnifiques et bordées de roches sculptées par le temps. Vous pourrez évidemment profiter de cette proximité avec la mer pour déguster une paila (comme une paëlla mais sans le riz) ou des plats de Marisco (fruits de mer) chauds ou froids accompagnés d’un petit vin blanc frais ou pourquoi pas d’un jus de melon.

L'Eglise de pierre, Constitucion © Jérôme Gaillard

 

Vous trouverez très peu de grandes villes près de la mer (si vous avez lu le premier paragraphe, vous savez pourquoi !) outre celle de Constitución qui est loin d’être inintéressante et qui propose nombre d’animations pendant la période estivale. C’est une des villes les plus anciennes du Chili à découvrir absolument. Non loin d’ici, se dressent les Dunes de Putú, un spectacle à ne rater sous aucun prétexte : 30 km de dunes avec cette sensation d’être au milieu d’un désert alors qu’à 5 km de là règne l’immensité de l’océan.

Dunas de Putu © Jérôme Gaillard

 

Le lendemain, si vous êtes matinal, près d’Iloca à Duao, vous pourrez assister au retour des pêcheurs et admirer les prises. Vous y croiserez également et immanquablement une nichée de pélicans. La mer est trop agitée pour vous ?

Pélican à Duao © Jérôme Gaillard

 

Alors pourquoi ne pas s’offrir une bouffée d’oxygène dans un cadre idyllique ? Là, caché derrière les montagnes à environ 15km de Duao, vous découvrirez, après une bonne balade en 4x4, à cheval, ou en VTT à travers la forêt, un endroit insoupçonné, quasi vierge : le lago Vichuquen (le Lac de Vichuquen), véritable paradis tant du point de vue esthétique qu’au niveau du calme ! Vous aimez les envolées de flamands roses ou la quiétude des cygnes à col noir ? Alors pourquoi ne pas pousser à quelques centaines de mètres du côté de la réserve nationale de Laguna Torca ? Vous en avez pris plein les yeux, vous êtes sur votre petit nuage ?

El Ramal © Jérôme Gaillard

 

Alors, c’est reparti, on redescend du côté de Constitución pour prendre le train le plus réputé du Chili : le Ramal (une exposition aura lieu sur le sujet, à Dijon, en mars 2014, pour plus d’info : www.malastranafestival.it). Accrochez vos ceintures pour une descente de Constitución à Talca (90km environ) à 40km/h qui vous donnera tout le temps d’admirer les riches paysages. Ha ! Mais j’oubliais, nous n’avons rien bu encore ! Arrêtons-nous un long et bon moment à la station Gonzalez Bastías.

 José Luis © Jérôme Gaillard

C’est José-Luís, arrière petit fils du poète qui donna son nom à la bourgade, accompagné de Claude, un compatriote, qui viendront vous chercher à la gare. Après une petite visite dans la demeure historique de Gonzales Bastías, on traversera le fleuve dans de petites barques avant de nous arrêter aux pieds de vignes qui n’auront jamais rencontrés autre artifice que la main de l’homme ! Le tour du propriétaire étant fait, hissons-nous jusqu’à la « garçonnière » de José qui domine le fleuve et la vallée. La cave est modeste mais pleine de promesses car ici tout se fait à la main, de la coupe à la récolte. Vous gouterez un vin issu du cépage País, un vin comme jamais vous n’en n’avez goûté, aux arômes de plantes et d’arbres locaux. Si au départ ce nez peut surprendre, rapidement on en redemande tant il est particulier.

le repas chez José Luis © Jérôme Gaillard

 

Comme il n’est pas très correct de boire le ventre vide, la maman du vigneron vous apportera un « chancho en piedra de tomate con ajo » (tomate écrasée avec de l’ail dans un bol de pierre) accompagné de la « tortilla de rescoldo », un pain maison typique. Ensuite, arrive la Casuela, une sorte de bouillon de légumes avec du maïs et du poulet (un délice!). N’oubliez pas de saluer José pour moi ! Le train repart et vous voilà déjà à Talca, la capitale du Maule. Toutes les villes possèdent une plaza de armas, c’est le lieu privilégié de la danse nationale que l’on apprend partout dans le pays dès son plus jeune âge à l’école. Ici, vous croiserez dans les démonstrations de La Cueca, danse généreuse et poétique, toutes les générations.

La Cueca © Jérôme Gaillard

 

Parler de poésie sans même évoquer le nom de Neruda…quel sacrilège ! Vous voulez voir la maison où est né Neruda dans la ville de Parral? Inutile, il ne reste aucune trace, le « terromoto » (tremblement de terre) a tout emporté. A Parral, il ne reste plus qu’une seule rue qui porte son nom ! On comprend mieux alors la portée d’un titre comme Résidence sur la Terre…

Les Chiliens aiment l’artisanat, la fête, la tradition. Pour mieux nous en rendre compte, arrêtons-nous un instant du côté de Linares, au Musée de l’artisanat d’art. Toute la vie du Chilien y est décrite depuis l’arrivée des conquistadores. On remonte vers Yerbas Buenas qui n’est pas ce que vous pensez mais plutôt une petite ville épargnée par les séismes et qui détient par ce fait la mémoire des villes coloniales.

Difficile de faire le tour de tous les lieux à visiter, mais une chose est sûre, partout où vous vous arrêterez vous serez bien reçu. Le Chilien est ravi d’avoir de la visite et de savoir que malgré le peu de patrimoine architectural, on s’intéresse à son pays, sa région, son terroir.

la Cordillère des Andes, el Medano © Jérôme Gaillard

 

Si il est un monument que le Chili n’est pas prêt de perdre sous les secousses, c’est bien la Cordillère des Andes car enfin, avant de partir, comment ne pas se rendre sur la plus célèbre chaine montagneuse d’Amérique du Sud ? Empruntez la route 115 et roulez… Le fleuve el Maule défile le long de la Cordillère jusqu’à son origine près de l’Argentine. Entre temps vous aurez sans doute croisé la route d’El Medano, une station thermale rustique en plein air. Le must après avoir perdu quelques grammes de sueur dans les bains de vapeur est de plonger dans l’eau presque chaude du bassin des thermes avec autour de vous… la Cordillère des Andes et le fleuve Maule !

                                                                                                                                                                 Jérôme Gaillard

 

Plus d’information sur notre site www.magma-magazine.fr

Un Hôtel où l’on parle français dans la région de Talca : http://www.eurocharlesclub.com

Pour plus d’information sur la coopération Bourgogne-Maule : http://www.region-bourgogne.fr

Le Chili est en plein développement, si vous souhaitez y installer votre activité : tbeaulaton@cr-bourgogne.fr

 

Pour le circuit dégustation vin et gastronomie à Gonzalez Bastias : www.gonzalezbastias.com

 

DOMINIQUE FORGES

VOYAGE EN PARTITION INCONNUE

DOMINIQUE FORGES ©Pascal FRANÇOIS

 

Dans une autre vie, il était forestier. Aujourd’hui, il est musicien, compositeur, directeur artistique et enseignant. De la nature à la musique, il n’y a qu’un pas ! C’est en tout cas, l’état d’esprit de Dominique Forges. Toujours à la recherche de nouvelles rencontres et de nouvelles sonorités, il revient sur scène avec la création Rivières de sables au programme de la semaine de « la Nièvre rencontre l’Algérie », à Nevers, et du « festival Les Nuits d’Orient », à Dijon.

 

Comment est née votre passion pour la musique traditionnelle ?

 

Cela fait longtemps qu’elle est née ! Il y a 33 ans pour être tout à fait exact. Je ne suis jamais allé au conservatoire. J’ai commencé par jouer de la guitare à 18 ans, pendant mon temps libre, quand je n’avais pas cours au lycée agricole. Puis, j’ai eu ma période baba cool durant laquelle j’ai découvert le folk. J’écoutais le Grand Rouge, Malicorne, Alan Stivell et je savais déjà que j’aimais les sonorités, que la musique me parlait, me touchait. Le déclic a été la rencontre avec le groupe phare : La Chavannée. Non seulement, j’ai rencontré d’excellents musiciens mais en plus j’ai intégré le groupe pendant neuf ans. Jusqu’à ce que je veuille voler de mes propres ailes… J’ai donc changé de métier… de forestier, je suis passé à musicien.

 

Quel est votre instrument de prédilection ?

 

Je suis poly-instrumentiste, je peux jouer de la guitare, du tambour, du violon, de la flûte, chanter. Mais l’instrument qui me suit partout, c’est la vielle à roue. Dans les années 90, j’ai passé le diplôme d’état musiques traditionnelles de vielle à roue qui m’a permis de donner des cours au conservatoire de Nevers et ce que je continue de faire aujourd’hui en tant que professeur mais aussi en tant que responsable du département de musique traditionnelle.

 

Finalement, qu’est-ce que la musique traditionnelle ? Est-ce que c’est une façon de continuer de vivre dans le passé ?

 

Pas du tout, c’est même l’inverse. Quand j’enseigne la vielle au conservatoire, les enfants s’en fichent du passé. On est totalement dans l’actualité. Peut-être a-t-on eu tort de garder ce terme de « musique traditionnelle ». Les bacs à disques nous ont obligés à avoir une étiquette pour nous intégrer dans le paysage musical. Avec un instrument, on peut jouer tous les genres musicaux, ça dépend simplement du musicien qui l’utilise. La vieille à roue est apparue au Moyen-âge, certes, mais entre temps le mouvement folk est passé par là. Depuis 40 ans, les luthiers s’intéressent à nouveau à cet instrument en constante évolution.

 

Quel est votre lien avec la Nièvre ?

 

En tant que musicien classique, je suis lié à un territoire. Je pourrai aller en Bretagne, là où la musique traditionnelle tient une grande place, mais je devrais m’imprégner d’autres sonorités, d’autres lieux. On n’est pas déplaçable à l’infini mais la musique reste une façon de voyager. Ici, j’ai aussi créé des choses comme la compagnie Bérot, en 2010. C’est un collectif qui rassemble plusieurs groupes. C’est une façon de réunir d’anciens élèves, des musiciens professionnels, ou pas, et d’être plus indépendants qu’au sein du conservatoire.

 

Vous serez bientôt sur scène pour présenter une création réalisée entre la France et l’Algérie. Comment vous est venue l’idée de Rivières de sables ?

 

J’avais déjà co-écrit Babylone sur Loire avec Fawzy Al-Aiedi, un musicien irakien. Mais nous n’avions joué cette création qu’une seule fois à Nevers. De ce projet a découlé l’idée de travailler avec l’Algérie. Je suis allé au centre culturel algérien à Paris et j’ai rencontré l’écrivain Yasmina Khadra qui a fini de me convaincre. Enfin, j’ai fait la rencontre d’Hassen Karbiche, lui-même franco-algérien et joueur de mandole, mon compagnon de scène dans cette aventure. Il m’a fait découvrir la musique chaâbi qui veut dire « populaire » en arabe. Née dans les années 30, elle permettait aux berbères de se retrouver autour d’une même musique. J’ai trouvé beaucoup de liens entre nos deux genres musicaux : l’amour, les paysages, la nostalgie du pays. J’ai tout de suite été inspiré. Finalement, la création Rivières de sables, ce sont 800 heures d’écriture pour tout un orchestre avec des textes poétiques, métaphoriques… Je me suis mis à la place d’un algérien déraciné.

 

Qu’est-ce que cet échange culturel vous a apporté ?

 

Je n’avais jamais autant côtoyé l’Algérie qu’à cette occasion. Nous sommes même allés à Alger rencontrer les jeunes musiciens de l’association SOS Bab El Oued. Nous avons découvert des gens accueillants et très attachants. C’était l’occasion de faire des rencontres, de jouer ailleurs mais aussi de rentrer dans la vie et dans le paysage de ces personnes. C’était très enrichissant. D’ailleurs, nous avons été invités à revenir jouer par le maire d’Alger en personne. C’est une grande chance. Nous jouerons à Nevers pendant la semaine « la Nièvre rencontre l’Algérie » et également à Dijon pour « le festival des Nuits d’Orient », le samedi 30 novembre.

 

Quels sont vos projets à venir ?

 

Depuis longtemps, j’ai l’envie de mélanger notre musique avec celle d’autres cultures. J’ai dans l’idée de faire quelque chose avec l’Irlande mais ça c’est une autre histoire !

 

Pour en savoir plus : http://www.lacompagnieberot.com

Propos recueillis par Cynthia Benziane

 

 

ERIK TRUFFAZ

LA MUSIQUE AU SERVICE DU REVE

 

ERIK TRUFFAZ ©DR

 

Fils spirituel de Miles Davis et de Jon Hassel, Erik Truffaz est aujourd’hui l’un des trompettistes les plus influents de l’électro-jazz. À mi-chemin entre les deux genres, il donne un coup de fouet aux phrases musicales classiques avec sa trompette parfois électrifiée. Il sera aux côtés du compositeur Murcof, du percussionniste Dominique Mahut et du dessinateur Enki Bilal pour un concert visuel unique en son genre, Being Human Being, au D’jazz Nevers Festival le 11 novembre prochain.

 

Comment devient-on un virtuose de la trompette ?

 

Déjà il faut avoir le goût de l’instrument. Mon père faisait du saxophone et globalement mes parents m’ont un peu poussé à jouer. À l’adolescence, dans les années 70, il n’y avait que des guitares électriques partout, j’ai donc électrifié ma trompette pour me rapprocher des groupes que j’écoutais. Mile Davis était mon modèle, comme pour des millions de musiciens d’ailleurs. Je ne voulais pas le copier mais me rapprocher de ses sonorités. Je n’ai jamais pu le rencontrer mais j’aurai vraiment aimé. Après il y a eu Jon Hassel, un trompettiste américain qui a notamment collaboré, dans les années 70, avec Brian Eno, et qui a transformé le son de sa trompette avec des effets électroniques. Tout ça m’a inspiré car je ne joue pas de phrases typiques de jazz.

 

Finalement, êtes-vous un musicien de jazz ?

 

Oui et non. Je suis à la fois un musicien de jazz et à la fois pas du tout. Je suis plus proche de la musique électronique et de Pink Floyd que d’autre chose. L’instrument, en lui-même, est issu du jazz mais la manière dont j’en joue se rapproche de celle des noirs américains de la Nouvelle Orléans. Je n’ai jamais joué de jazz classique, je joue ce que j’aime et ce que je sais faire.

 

Comment est né le projet de concert visuel, Being Human Being, que vous jouerez bientôt à Nevers ?

 

C’est Armand Meignan, le directeur de l’Europa Jazz Festival du Mans qui a porté ce projet et qui nous a contactés. Il est allé chercher Enki Bilal, Dominique Mahut et moi. Puis j’ai proposé Fernando Corona alias Murcof avec qui j’ai déjà réalisé un disque, Mexico, sorti en 2008. Je savais que nos deux atmosphères allaient coller avec celle d’Enki Bilal. J’ai tout de suite été séduit par le projet car, d’une part, j’aime le monde du dessinateur. D’autre part, j’ai déjà vécu une expérience similaire qui m’avait beaucoup plu. C’était un ciné-concert à la Cité de la musique à Paris où j’avais joué sur le film muet Les gosses de Tokyo de Ozu.

 

Vous l’avez déjà joué à Nantes, comment se déroule le spectacle-concert ?

 

Nous avons un thème imposé depuis le début : le parcours de l’humanité, de sa naissance à sa mort. Bilal a donc dessiné des planches, monté ses images et fait un film avec tout ça. Il les projette à l’écran tout en intervenant visuellement, il change les couleurs, la dynamique, en direct. Un vrai Dj de l’image. Du côté des musiciens, nous avons composé la musique, nous l’avons ajusté selon les images. Toutefois, il reste des parties improvisées pour conserver une certaine souplesse et une rythmique. Nous avons vraiment mis la musique au service des histoires que racontent Bilal, c’est à la fois violent, doux et calme.

 

Est-ce qu’en général musique et image sont complémentaires ?

 

Non, je crois que la musique se suffit à elle-même en règle générale. Nous voyons déjà des images partout, nous entendons de la musique partout. Nous vivons dans un monde où tout le monde a peur du vide. Moi, je n’ai pas peur du vide. Les gens qui assistent à mes concerts rêvent en écoutant la musique. J’ai la chance de faire une musique sans paroles, ça laisse de la place pour s’inventer des mondes et des histoires…

 

 

Plus d’info sur www.neversdjazz.com

 

Propos recueillis par Cynthia Benziane

Le Chili de Neruda à Aujourd'hui

Dans notre prochain numéro nous vous emmènerons au Chili sur les pas de Pablo Neruda. Pour ce voyage, nous partons avec le metteur en scène et comédien Vincenzo Cirillo, sous l’égide de la région Bourgogne, à la découverte de la région du Maule pour une traversée de la montagne à la mer à travers les vallées des vins du Chili. Le but de ce voyage est de ramener une photographie de la région en 2013, un portrait vivant contant la culture, le patrimoine, la terre et l’océan, ses hommes et ses femmes. Un parallèle, peut-être, entre nos deux régions… le tout sous forme d’écrits de Vincenzo Cirillo et de photographies de Jérôme Gaillard.

Alentejo : nature, patrimoine, glisse et plage

 

Moinhos (Moulin à vent) © Jérôme Gaillard

Vous adorez l’océan pour ses vagues, vous prisez plus que tout l’air marin et ses odeurs, vous aimez les falaises pour leur côté romantique, vous appréciez vous balader dans les dunes et admirer la faune et la flore sauvage mais vous aimez aussi le confort de la ville, les restaurants de poissons et de fruits de mers et pourquoi pas le vin frais… La nuit venue, vous adorez vous noyer dans la voute céleste au milieu de myriade d’étoiles, vous êtes alors en paix… La Bretagne ? C’est magique la Bretagne ! Maintenant déplacez vous 1800 km au sud, c’est quasi la même, avec un climat plus chaud, plus sec, des paysages sans cesse différents, de l’aridité aux bananeraies, mais avec le même océan, les mêmes vagues, le même accueil…

 

Vila Nova de Milfontes © Jérôme Gaillard

 

Non, vous n’êtes pas en Algarve, vous êtes dans l’Alentejo, à seulement 80 km au nord de Lagos ! Pour vous y rendre, débarquez à Lisbonne par avion. De Paris, il vous en coûtera entre 100 et 200€ l’aller retour et pour parcourir les 200km restants longeant le magnifique littoral (Setubal, Sines, Porto Covo…) comptez environ 20€ par jour pour une voiture de location (avec autoescape.com). Vous y êtes… voici la petite ville de Vila Nova de Milfontes et sa région (Zambujeira, Almograve, Odemira…). Face à vous, s’offre une mer à perte de vue, des plages sauvages, des plages familiales, dans votre dos, la nature, des champs, des vaches, des chevaux, des cigognes, la terre ocre, les châteaux...

 

praia de Zumbajeira © Jérôme Gaillard

Vous pourrez vous loger assez facilement en camping ou en appartement mais si vous êtes plusieurs, privilégiez une maison avec tout le confort (cuisine équipée, WC, douche, lave linge, BBQ…) pour 300€ à 400€ la semaine (2 à 3 fois moins cher qu’un bungalow !). N’hésitez pas à consulter « Le bon coin local » : www.custojusto.pt. Côté restauration, nous vous conseillons Dunas Mil, un établissement placé devant les dunes et un bras de mer, à Vila Nova de Milfontes. L’accueil y est agréable, le service soigné et la cuisine sent bon la mer. Comptez 30€ pour une paëlla fraiche (2 personnes), 27 € un délicieux cataplana (mélange de poissons et fruits de mer dans un récipient fermé sur lui-même. Pour accompagner votre plat un Montevelho blanc fera très bien l’affaire, à moins que vous ne préféreriez un vin plus léger du type verde. La maison possède un vin en pichet très honorable également pour environ 5€ les 75cl. Une autre adresse ? La Tasca do Celso, autre haut lieu de la cuisine de cette ville. La région est truffée de vieux moulins à vent (moinhos), de châteaux, d’églises, de musées, de parcs, de phares…

artisanat © Jérôme Gaillard

Le liège, la poterie, l’huile d’olive, le vin font partie également de la fierté locale. Si vous y allez au mois d’août et que vous aimez les festivals, au début du mois, a lieu en pleine nature le festival Sudoeste. Bref, difficile de s’ennuyer dans le coin ! Vous trouverez un panorama des paysages de l’Alentejo dans la vidéo ci-dessous. Nous vous invitons également à suivre le facebook de l’Alentejo qui régulièrement vous indique les manifestations à découvrir dans la région.

maison de pêcheur © Jérôme Gaillard

https://www.facebook.com/turismodoalentejo

www.visitalentejo.pt

l'Alantejo de A à Z

 

 

James Thiérrée

L’ambivalence d’un nouveau costume

James Thiérrée © Richard Haughton

 

Après les succès des spectacles de la compagnie des Hannetons, James Thiérrée, son fondateur, nous revient avec Tabac Rouge, un nouveau spectacle où se croisent, derrière les volutes d’un Denis Lavant en despote halluciné distillant son pouvoir au creux d’une pipe, les univers labyrinthiques de Jean-Pierre Jeunet et de Jules Vernes…sans oublier bien sûr la marque de fabrique des Thiérrée ! Un spectacle de danse théâtralisée de haute voltige à la distribution époustouflante : Denis Lavant, Noémie Ettlin, Katell Le Brenn, Valérie Doucet, Thi Mai Nguyen, Manuel Rodriguez, Namkyung Kim, Piergiorgio Milano, un certain Matthieu Chedid pour les interventions soniques et une certaine Victoria Thiérrée aux costumes…. Un spectacle sans mors ni filet, un saut dans une nouvelle aventure pour Thiérrée, un nouveau costume pour le descendant d’un autre touche à tout… Rencontre avec le petit fils de Charlie Chaplin.

 

 

MB : A peine 40 ans, 5 spectacles dont vous êtes auteur et metteur en scène, déjà des succès énormes et des tournées internationales à la clef. James, quel est votre secret de fabrication ?

 

James Thiérrée : Le secret ne se révèle jamais, même pas à soi-même (rires) ! Il faut juste se montrer curieux, explorer différents chemins, persévérer sans jamais s’arrêter. J’ai eu aussi comme base cette espèce de carrefour d’influences qui finalement m’ont libéré d’appartenir vraiment à une catégorie artistique en particulier. Je pensais au départ que c’était une faiblesse et finalement ce mélange, cet amalgame a forgé mon identité, ma singularité â€¦ Aujourd’hui, je continue le chemin avec Tabac Rouge qui lorgne plus du côté de la danse et d’une certaine théâtralité dans la danse. Mais il s’agit d’une danse vraiment décomplexée, assez éloignée du mot chorégraphie pour mieux se rapprocher de quelque chose de plus viscérale,  plus instinctif voire animale… Une danse pour le plaisir ! Moi qui viens de l’acrobatie ou de la pantomime, j’associe le mouvement au plaisir et cette danse est une célébration du mouvement libéré et du théâtre que j’ai entrepris avec Tabac Rouge.

 

MB : En parcourant la distribution de Tabac rouge, on se dit que ce spectacle ne peut que faire carton plein, pourtant, les critiques s’accordent à dire qu’il y manque un élément. Etes-vous d’accord avec cela ?

 

JT : Non, je ne suis pas d’accord (rires). Effectivement, il y a eu une première phase du spectacle où je disais tout haut ce qu’en général on pense tout bas, que le spectacle devait se trouver, que c’était en cours de fabrication… ce qui est vrai pour tous mes spectacles ! Souvent, il y a une fragilité au départ mais  tout se met en place progressivement et c’est ce qui arrive avec Tabac Rouge aussi. Le spectacle est dans sa phase d’ascension et ça va continuer ainsi de toute façon. Il manque quelque chose pour quelqu’un, rien pour un autre… Encore une fois, il n’y a ni secret ni formule magique et les gens qui viennent avec l’idée de revoir quelque chose que j’aurais déjà fait se retrouveront devant un objet qui n’est pas dans la continuité de mon travail et cela peut provoquer des réactions diverses…

 

MB : En fait, je voulais seulement parler de votre absence sur scène, on s’attendait à vous voir dans Tabac Rouge et puis… non ! C’est cela qui a troublé le public et la presse.

 

JT : Oui, c’est de bonne guerre car c’est le premier spectacle de ma composition où je n’apparais pas. Il n’empêche que dans le parcours d’un artiste on ne peut s’arrêter à cela, on ne peut pas créer une habitude et recopier ce qui a marché, on doit avancer, prendre d’autres chemins sinon c’est l’asphyxie. C’est vrai que je me retrouve à un carrefour  qui ouvre une nouvelle voie à mon travail. On est en terre inconnue mais c’est presqu’une obligation de bouger les lignes lorsqu’on fait du théâtre et je me sens très heureux dans cette instabilité et suis très excité.

 

MB : Pour un circassien au départ, c’est une nouvelle prise de risque finalement ?

 

JT : Absolument, la prise de risque dans le théâtre c’est presqu’un pléonasme. Ne pas le faire c’est s’enfermer dans quelque chose de vitrifié. Mais la question n’est pas de savoir si c’est plus poétique qu’avant, si j’aurais du être ou non sur scène… Personnellement, je trouve fascinant de voir Denis Lavant emmener ce spectacle petit à petit avec tout son univers, tout son jeu d’acteur et sa corporalité. Il est arrivé récemment et on s’amuse déjà comme des gamins…

 

MB : Denis doit très bien intégrer le personnage, lui aussi sort d’un rêve !

 

JT : Oui, oui, c’est devenu sa maison très, très vite. Il a répété à peine une dizaine de jours et il a de suite foncé et plongé tête baissée dans le projet, c’est une vraie rencontre ! Je me demande même comment il se fait qu’on ne se soit pas rencontré avant.

 

photo©Jean Louis Fernandez

 

 

MB : On dit que vous vivez mal le fait de ne pas jouer dans votre spectacle, cela va t-il changer ? Il y a des bruits de couloir qui disent que peut-être vous serez sur les planches en Bourgogne…

 

JT : Non, je ne jouerai pas dans la tournée en Bourgogne. Sur certaines dates que Denis ne pourra pas faire un peu plus tard je vais reprendre le rôle mais il a vraiment était écrit pour, pour… pas pour moi (rires) !

 

MB : On a l’impression dans Tabac Rouge de naviguer entre Jule Vernes et Jean Jeunet. Ces univers vous sont-ils proches ?

 

JT : Ce qui m’intéresse, c’est l’œil du spectateur et ce qu’il projette sur mes spectacles. J’adore écouter les histoires qu’on me raconte sur mon travail ! Il n’y a pas de narration imposée, on est plus dans l’inconscient, le fil rouge est plutôt tortueux et labyrinthique. Je vous le dis, c’est un peu l’Enfer de Dante (rires). Mais le spectacle évolue énormément de ville en ville et je ne sais où il en sera quand nous arriverons au Creusot, à Mâcon ou à Nevers.

 

MB : En attendant ces dates que devient Raoul ?

 

JT : Oui, j’y retourne jusqu’à ces dates. Raoul tourne ponctuellement, c’est mon spectacle intime, c’est mon véhicule, je ne le laisse pas tomber même si je m’occupe beaucoup de mon Tabac Rouge.

 

MB : C’est une habitude familiale que d’avoir ce genre de liens avec un spectacle ?

 

JT : Oui, oui ! On ne fait pas beaucoup de spectacles dans la famille mais ils nous sont chers et pour moi ce sont quasiment des personnes. Quand je vois ces caisses entassées dans un hangar du Morvan, j’ai un petit pincement au cœur car j’ai beaucoup d’affection pour ce qu’elles représentent. J’ai tourné 7 ans avec La Symphonie du Hanneton, presque toutes les années de mes 20 ans, c’est toute une partie de ma vie quoi ! Et pour les autres aussi c’est comme ça… Après, ne reste plus que les images dans la tête des spectateurs.

Tabac Rouge © Richard Haughton

 

MB : On dit que chaque représentation d’un spectacle de Thiérrée est différente. Pourquoi ? C’est la recherche de la perfection, une lutte contre l’ennui ?

 

JT : Oui il y a de ça… Une lutte contre l’ennui, la mort, la répétition du même. Il faut que quelque chose se passe… Pour moi c’est presque une obsession de remettre en jeu constamment le spectacle, surtout ceux qui tournent comme ça. C’est presque un défi qui consiste à ajouter chaque fois quelque chose de nouveau, un peu de piment, de risque… Et aussi, évidemment, pour améliorer le spectacle. En étant assis dans le public, j’apprends ce métier de metteur en scène extérieur. Etre extérieur et ne pas pouvoir agir sur le spectacle, c’est ça qui est nouveau et un peu douloureux pour moi ! C’est une première expérience totalement exotique et surnaturelle.

 

MB : Une façon de vous extraire de votre corps ?

 

JT : Oui, oui, c’est ça ! Jusqu’ici mes spectacles étaient dans mon corps et là ils sont en face de moi et j’essaie de comprendre comment agir de l’extérieur. Ca se met en place petit à petit, je suis un débutant… de ce côté.

 

MB : Au final, Tabac rouge c’est quoi ? Un rêve où l’effroi flirterait avec la grâce, une hallucination qui se consumerait dans le foyer d’une pipe à opium ?

 

JT : Eh bien, si vous voulez… Franchement, autant je pouvais avoir quelques phrases types pour mes précédents spectacles qui pouvaient donner une piste que pour Tabac Rouge, il y a quelque chose d’assez mystérieux à moi-même. On y voit un homme et on y parle de pouvoir, on y parle de révolution, on y parle de toxicité, d’addiction, c’est comme si je voulais parler de thèmes différents, de choses violentes parfois ou de sentiments forts et d’événements forts, d’un homme… Mais il vaut mieux que je n’en dise pas davantage…

 

MB : Ce spectacle parait vraiment interroger l’actualité sur le rapport au pouvoir et aux masses qui se révoltent, qu’en pensez-vous ?

 

JT : Il y a une très grande confusion dans le monde en ce moment, parce qu’il y a certes des révoltes, des révolutions, des dictateurs qui tombent mais aussi des nouvelles dictatures qui émergent. C’est particulier, on a l’impression d’être dans une sorte de transition interminable. En ce qui me concerne, Tabac Rouge est un peu le reflet de cette transition étrange et continuelle où le bout du tunnel semble assez évanescent ; il y a ce même brouillard au bout du chemin dans Tabac Rouge …

 

MB : J’ai vraiment l’impression d’avoir une conversation psychanalytique avec vous (rires)…

 

JT : (rires) Oui, c’est parfait car je ne consulte pas ! Mes spectacles me permettent de me délivrer et de me décharger de toute sorte de choses mais je ne veux surtout pas guérir (rires) !

Au-delà de la psychanalyse, cette période que nous vivons nous amène à des recherches sur scène, peut-être pas de nouvelles formes, mais de nouveaux élans… Si on ne cherche pas, si on s’entête, ça ne fonctionnera pas ! Tabac Rouge, c’est l’histoire d’un homme qui provoque lui-même sa propre révolution, qui abat lui-même son propre système. Quand les choses qu’on a construites ne fonctionnent plus, il faut avoir le courage de les démanteler et puis de repartir à zéro.

 

Propos recueillis par Jérôme Gaillard

 

Tabac Rouge : les 4 et 5 octobre à l’Arc (Le Creusot 71), les 8 et 9 octobre au Théâtre, Scène Nationale (Mâcon 71) et les 12 et 13 octobre à la MCNN (Nevers 58)

 

Pour en savoir plus : www.compagnieduhanneton.com

 

La Verita, Daniele Finzi Pasca

Et la lumière fut…

 

photo © Viviana Cangialosi

 

Il y a dans ce monde des entreprises de destruction, des vendeurs d’armes, de drogues, des catastrophes affreuses, la famine, la maladie, la mort â€¦et puis, il y a ceux qui illuminent nos vies, qui offrent du rêve, qui troquent contre un peu de votre temps de la poésie sur un plateau. Ils se regroupent en partie sous ce que Daniele Finzi Pasca appelle le « Théâtre de la caresse » ou « la technique du geste invisible et de l’état de légèreté ». Daniele Finzi Pasca enjolive ce monde et nous l’en remercions !

 « À la lumière du jour, nous recherchons inconsciemment les images captives de nos songes, et c'est pourquoi, quand le vestige d'un rêve vient à notre rencontre, nous vibrons à l'illusion du déjà vu et découvrons que cette vision furtive suffit à nous faire rêver. » S. Dalí

 

Daniele Finzi Pasca photo © Andrea Lopez

 

MB : Daniele, on vous connaissait à travers le Cirque Eloize (Nomade, Rain, Nebbia) et le Cirque du Soleil (Corteo), on vous retrouve avec une nouvelle compagnie (la vôtre !), la Cie Finzi Pasca. Qu’est-ce que cela va changer ?

 

DFP : Ma compagnie a trente ans, elle vit depuis longtemps, ce qui a simplement changé c’est, comme pour un restaurant, le nom sur l’enseigne ! Mais rassurez-vous, les cuisiniers restent les mêmes (rires) ! Et dans cette équipe, il y a, par exemple, Julie Hamelin la cofondatrice du Cirque Eloize. Celui qui a vu la Trilogie du Ciel ou Corteo retrouvera les mêmes parfums, les mêmes saveurs dans La Verità.

 

MB : Quel fut le déclencheur pour  La Verità?

 

DFP : C’est Julie qui a ouvert le chemin vers l’opéra, il y a un peu plus de deux  ans. La Cie s’est alors jetée vraiment dans des expériences scéniques liées au monde de l’opéra dans différents pays.  Mais rapidement elle a senti qu’il fallait retourner dans un monde plus proche du cirque, celui dans lequel on avait inscrit des traces profondes et ce titre, La Verità, découle de ce retour originel.

 

MB : Pour la création, vous avez puisé dans l’œuvre de Dalí. Pouvez-vous nous décrire quelques tableaux du spectacle ?

 

DFP : On puise dans l’œuvre mais aussi dans notre perception des années 40. On interroge aussi les machineries théâtrales et on est allé fouiller dans le répertoire d’un spectacle qui date probablement maintenant de 400 ans et monté au Louvre la première fois à l’occasion du mariage du duc de Vendôme. 400 ans après, le même jour à Montréal, nous débutions l’aventure de La Verità. En ce qui concerne la création, nous avons travaillé sur de nouveaux appareils acrobatiques s’inspirant de la passion de Dalí pour la science et de son intérêt pour le trou noir. Autour de cette idée, nous avons créé comme une gigantesque voile de bateau à travers  laquelle on voit des formes étranges, des projections similaires à des ombres que des acrobates dessinent… Derrière cette voile, il y a  la méditerranée et la fenêtre par laquelle Dalí pouvait observer le jour se lever depuis son lit. Le fameux trou noir et cette réflexion autour de l’espace sont donc bien présents.

Dans un autre tableau, nous avons créé un nouvel appareil acrobatique, une grande nouveauté, disons- le, pour les spécialistes de l’acrobatie. C’est un escalier qui se tord sur lui-même sur le modèle d’une séquence ADN, un autre aspect de Dali qui s’intéressait beaucoup à la génétique. Nous avons des acrobates qui utilisent cet objet comme un trapèze fixe et trapèze danse. Il tourne sur lui-même derrière un numéro avec deux acrobates à tête de rhinocéros qui jouent avec des diabolos, autre élément appartenant à la vie de Dali. En effet, il raconte dans une biographie qu’il jouait au hula hoop et au diabolo quand il était enfant. Un de ces rhinocéros lance vers le haut son diabolo et subitement s’abat une gigantesque pluie de diabolos. On en envoie un et… 400 retombent du ciel !

photo © Viviana Cangialosi

 

MB : Il parait qu’on vous a offert un tulle original de Dali pour orner le spectacle ?

 

DFP : Il y a deux ans, en période de Noël, alors qu’on était à la maison en pleine création et phase d’écriture, le téléphone a sonné. C’était une fondation qui nous proposait de faire tourner pendant plusieurs années un grand tulle qu’elle avait depuis l’après guerre : un tulle énorme, impressionnant et magnifique que la fondation venait de restaurer ! C’est Dalí qui l’avait peint dans les années 40, à New York pour une pièce écrite par lui-même autour des personnages de Tristan et Iseult, de Wagner. Souhaitant qu’il retourne sur scène, elle l’a offert à la Cie. Elle connaissait notre démarche ainsi que nos spectacles, nos possibilités pour les faire  tourner et montrer ainsi ce tulle à travers le monde entier. On était au Canada en février, à Montevideo, en Uruguay et au Brésil, il y a quelques mois. On sera prochainement en France, à Nevers,  puis en Suisse, en Espagne et en Hongrie d’ici la fin de l’année.  Travailler avec ce tulle, c’est comme travailler avec Dali, c’est toute une époque qui nous revient. Ca sort véritablement de l’ordinaire, c’est un peu comme jouer dans les grands théâtres d’opéra, tu perçois des sensations lointaines qui vivent avec le lieu.

 

MB : La Verità explore également le mythe de Tristan et Iseut ?

 

DFP : Oui, modestement, c’est plutôt un clin d’œil … L’acrobatie est un langage qui normalement ne raconte pas d’histoire, d’ordinaire c’est plutôt allusif. Là, le surréalisme devient un mariage parfait et le mythe de Tristan et Iseult nous permet d’explorer la mythologie nordique.

 

MB : Pour un suisse italien, était-il simple de pénétrer l’esprit espagnol et la folie de Dalí ? A moins que la folie ne vous soit commune?

 

DFP : Son langage fouille le rêve, c’est là qu’on se rapproche, mais notre différence c’est que lui vivait cela comme un cauchemar, il était passionné par Freud et par la recherche psychanalytique. Pour moi, le rêve est quelque chose de plus aérien, c’est plus un envol qu’une descente aux enfers, c’est un peu comme si Chagall racontait l’histoire de Dalí.

 

MB : Combien de disciplines artistiques se croisent dans ce spectacle ?

 

DFP : Beaucoup ! Déjà, les artistes sont tous musiciens, tous  très polyvalents : des chanteurs, des acteurs, des acrobates, des straps, des rollers, des jongleurs, des équilibristes, aussi de nouveaux objets assez imposants comme la Zig réalisée par un artiste français avec qui on collabore (ndlr : sculpture crée par l’artiste Tony Vighetto  autour des mouvements asymétriques et les notions de sphère), c’est une première !  Il y a sans doute  bien d’autres choses que  j’ai certainement oubliées de vous raconter (rires)

 

MB : Vous êtes fils et petit fils de photographe, artiste de cirque, vous êtes également auteur et metteur en scène mais au final, quand on voit les premières images de la Verità, on se dit que vous êtes plutôt un magicien doublé d’un poète. Qu’en pensez-vous ?

 

DFP : Ca se pourrait, ça se pourrait (rires) ! C’est sûr qu’être né dans une famille de photographes fait que pour moi la lumière est  le premier élément que j’ai probablement appris, c’est ma base. Quand je monte un spectacle, la première chose à laquelle je pense, c’est à la lumière. Je sais qu’un acteur illuminé d’une certaine manière va être plus transparent, on va sentir autre chose… Donc, tout part de la lumière et du cadrage. Je suspends des personnages comme dans une photo de manière un peu irréelle car la photo justement n’est pas un témoignage du réel même si elle en est une représentation, on ne peut pas bloquer le temps. Mes spectacles sont comme une connexion d’images que je mets en mouvement, irréelles, ce sont des photos. Ce qui donne cette dimension un peu féérique ou proche du monde des rêves vient du fait que je fasse bouger ce qui est figé.

 

MB : Daniele, outre les spectacles précédemment cités, vous avez également créé  la cérémonie de clôture des XXe Jeux Olympiques d’hiver de Turin de 2006, vous travaillez pour l’opéra, vous avez été choisi pour fêter les 150 ans de Tchekhov, vous avez édité plusieurs textes et vous serez également à la création de la fête des Vignerons en 2019, en Suisse. Avez-vous un clone ou êtes-vous insomniaque ?

 

DFP : J’ai plein d’amis qui font des métiers très différents du  mien et ils courent tout autant. Mais c’est vrai que je ne dors pas beaucoup. Notre force vient du fait qu’on est une petite équipe très soudée avec une longue habitude de travail collectif. Un cuisinier seul dans une cuisine arrive à faire certaines choses mais une équipe peut préparer de grandes tables. On ne se perd pas pour autant…Je joue toujours mon Icaro, un spectacle en solo, et cela depuis 22 ans ! Je gère tout et quand un costume s’abime, c’est moi qui le répare. Si tu fais une olympiade, si tu fais le Cirque du Soleil, le risque…  c’est de se perdre ! Et il est primordial de rester fidèle à ses racines, de garder les pieds sur terre…

 

Propos recueillis pas Jérôme Gaillard

 

Pour en savoir plus : http://finzipasca.com/

 

En spectacle à Nevers à la MCNN les 3 et 4 octobre / www.mcnn.fr

 

 

TOUT SCHUSS SUR "HORS PISTE"

 

Vendredi 14 juin, la 5éme édition de la soirée Hors-Piste a eu lieu dans l’intimité du Théâtre Mansart à Dijon.  Cette soirée rassemblait  14 courts-métrages internationaux choisis, pour leur caractère innovant et décalé, par les membres de Plan9 et les Frères Marcoeur. Un périple à travers la France (Paris, Cannes, Brest…) a permis de les sélectionner. Les films viennent d’horizons et de culture divers et variés.

Bien qu’ils soient brefs (maximum 17 minutes), ils ont tous un message à faire passer, y compris le plus court qui ne dure que 43 secondes. Bien loin des blockbusters habituels sans âme et sans surprise, ces courts-métrages attendrissent et interpellent. Qu’il fait bon de regarder un cinéma de qualité! Certains poussent à la réflexion sur la nature humaine, c’est le cas de La Gran carrera  de Kote Camacho. Une course de chevaux est annoncée, les pronostics et les paris sont lancés. Mais au top départ les jockeys restent pendus aux portes et les chevaux se lancent seuls dans la course. Après un moment de silence et d’hésitation dans les gradins, les paris reprennent le dessus. Les spectateurs orientent leurs encouragements vers leur canasson favori en oubliant les jockeys décédés.

 

 

Après une heure de film, c’est l’entracte, un entracte simple mais convivial qui calme notre appétit et nos ventres gargouillant. Les membres de Plan9 et les frères Marcoeur sont là pour répondre aux questions et satisfaire la curiosité des plus passionnés. 

Cette soirée, autogérée, permet de découvrir des films très surprenants qui ne seront pas projetés dans les grandes salles de cinéma. Des courts-métrages qui pourtant méritent leur place sur le grand écran, même celui d’une petite salle.

L’association de cinéma, Plan9, investit dans la promotion d’un cinéma de qualité et la diffusion des  formes cinématographique artistiquement et économiquement fragiles. Elle organise notamment  le festival « Fenêtres sur Courts » dont la 18ème édition se tiendra du 2 au 9 novembre 2013.

 

Marie Vollot

 

Pour en savoir plus : Elen Bernard / Frédéric Martin
2 rue Boutaric, 21000 Dijon 03 71 19 73 39 contact@plan09.fr 

 

LES TAMBOURS DU BRONX + SILICONE CARNE

(Cécé, les Tambours du Bronx ©Jérôme Gaillard)

 

C’est assez inhabituel, on n’avait plus vu cela depuis des années à la Vapeur : la scène, coupée en deux par un mur de fûts d’huile de 220 ! C’est comme cela que les Tambours du Bronx manifestent leur présence…en toute discrétion !

Mais avant de découvrir les colosses, c’est Silicone Carne, un trio à deux guitares et une batterie, qui est chargé de chauffer la salle.

On retiendra essentiellement le jeu du batteur, son énergie et son plaisir de jouer sans oublier, même si ce n’est qu’accessoire son « body painting » ! Une bonne mise en bouche en attendant l’orage…

L’ambiance est électrique, il fait chaud dans la salle étonnamment bondée de femmes …

Les Tambours démolissent le mur de fûts dans une explosion d’applaudissements, le tonnerre s’apprête à gronder sur la Vapeur  tandis que les Bronx se placent. Les maillets dressés vers le ciel sont prêts à fracasser le silence,  la cérémonie peut démarrer. Les TDB nous embarquent dans leur galère en battant le rythme de leurs compositions comme des forçats.

(les Tambours du Bronx©Jérôme Gaillard)

 

Le spectacle se déroule en plusieurs « rounds » où chacun des tambours vient donner de lui au milieu du cercle, tapant le bidon, criant, ou chantant. Mais bientôt les t-shirts tombent et les corps des galériens nivernais se dévoilent. Je comprends alors le pourquoi de cette large présence féminine ! Les TDB sont venus fêter leurs 25 ans et la route est encore longue (ils partent tout le mois de mai en Chine, puis passent par l’Allemagne, la Belgique et l’Espagne avant de retourner au Brésil au Rock In Rio avec SEPULTURA en septembre prochain). Le set est là, la machine fonctionne, les mécanismes sont bien huilés et nos mutins réussissent à harponner le public de la Vapeur même si on aurait préféré aux sons « synthé » accompagnant la déflagration des maillets sur les tonneaux, une ligne electro lourde et agressive qui comme un entêtement double offrirait une double détonation !

(TDB©Jérôme Gaillard)

 

On regrette que Cécé ne prenne pas plus de place et que certains n’aient pas un rôle plus soutenu, plus épais, on regrette aussi quelques anciens comme DD tout en sachant pertinemment que le roulement (de tambours) est l’essence même du groupe… Au final, même si mes oreilles en bourdonnent encore, on se dit qu’on irait bien du côté de Rio pour saisir toute la dimension de cette formation certainement bien plus impressionnante encore sur une scène de festival. On souhaite bon vent aux TDB et encore beaucoup de grands moments !

 

THEATRE EN MAI 2013

Au mois de mai, en Bourgogne, on n’a pas toujours le beau temps, ça ressemble un peu… à la Bretagne ? Avouons quand même que cette année, on n’a jamais autant pesté contre le ciel et ses envolées dramatiques : pluie, tempête, grêle… Certains, sont même allés jusqu’à proférer des menaces de mort contre les salariés de Météo France. On était devenu pâles presque transparents … Par contre, on a de bons théâtres, avec des toits au-dessus, des murs autour, du chauffage dedans et des sièges pour certains très confortables ! Pourquoi je vous parle de théâtre ? Parce qu’en mai à Dijon, on a …Théâtre en Mai ! Un excellent festival avec une programmation aussi large qu’étonnante. Alors, si vous vous posez encore la question du  temps en Bourgogne au mois de mai, laissez tomber, on s’en moque, on a Théâtre en Mai ! Allez, rien que pour vous et vos yeux ébahis, retour sur un beau moment de théâtre en Bourgogne.

 

(Se Souvenir de Violetta©Jean Louis Fernandez)

Cie Les Hommes Approxiamtifs

Théâtre Mansart, le 21 mai dernier

Se Souvenir de Violetta.

Ici, on revisite La Dame aux Camélias et Margueritte prend le visage d’une autre époque, elle pourrait se perdre dans chacune des générations qui la mène jusqu’à la chambre de notre héros, Alexandre. Mais Margueritte flotte ici et par un jeu de passe passe, entre une cloison, une époque, elle joue à cache cache avec le phantasme, elle joue la vie de Violetta.

Violetta est malade et cherche à mourir. Alexandre la secourt, l’espoir renait et l’amour semble possible. Violetta trouve un amant, une famille, un foyer mais bien vite le fantôme de Margueritte la rattrape et la malédiction ressurgit, le désamour, la contrainte, l’ordre, la norme. Violetta tousse, Violetta crache ce morceau de vie qu’on lui arrache. Le bonheur n’est pas pour elle ou tout au moins il durera le temps d’une floraison de camélia car Violetta trouble le paisible foyer d’Alexandre où les parents de ce dernier le chouchoute et l’entretienne dans une nostalgie pathologique. Le temps est immuable.et on ne doit pas leur arracher ce qui leur reste de jeunesse : Alexandre (ou Armand) ! Ce dernier est un adolescent au bord de la révolte mais il n’a rien à reprocher à ses parents qui le dorlotent jusqu’à ce que Violetta tente de rompre le cordon.

Une pièce qui traite encore une fois de l’impossibilité de l’amour, de l’empêchement d’aimer, de l’amour amer… Une belle réalisation avec deux jeunes acteurs de talents (Caroline Arrouas et Lucas Partensky) qui poussent leur rôle au paroxysme, de la révolte à l’intimité.  Très bel échange même si on aurait aimé s’attarder un peu plus  sur la passion et le déchirement,  comprendre aussi le  pourquoi de cet écart entre des parents de 75 ans et un fils adolescent. Malgré ces quelques points, on salue le travail et le courage des comédiens, la mise en scène, mais aussi la musique et encore les lumières… Bref un bel ensemble pour une pièce que l’on épouserait sans problème à moins que… 

 

Jérôme Gaillard

 

 

GUNS! GUNS! GUNS!  Blitz Theatre Group

Parvis Saint-Jean, vendredi 24 mai

(GUNS GUNS GUNS ©Jérôme Gaillard)

 

Si Guns ! Guns ! Guns ! Etait un cours d’Histoire, le thème serait : « Le XXème siècle, un mal pour un bien ? ». En guise de profs, les membres du Blitz Theatre Group, tout droit venus de Grèce. Objectif : Analyser de manière loufoque un siècle qui a vu autant d’atrocités que d’avancées. Quel bilan en tirer ? Tous à vos copies, il est déjà trop tard pour réfléchir.

Qui n’a jamais rêvé, durant l’un de ces cours d’histoire parfois soporifiques, de se faire l’ensemble du programme en accéléré ? C’est un peu l’idée avec Guns ! Guns ! Guns ! Attention, ce n’est pas l’Histoire comme on la connaît mais plutôt un fourre-tout plein d’évènements, d’objets, de tendances et de personnages qui ont (ou auraient pu) changer le monde. Comme pour faire écho à ce siècle de folie, la troupe du Blitz nous joue cette pièce à un rythme effréné, balançant une avalanche d’informations, d’images et de sons. De la Guerre Mondiale à la chute du Mur de Berlin, en passant par l’invention de l’interrupteur et les super-héros, c’est un véritable zapping chronologique, où chacun trouve ce qui, pour lui, a été marquant. Tout commence toujours par un drame : Un pays en guerre, des morts, des leaders despotes, des hymnes de lutte, des révolutions, des inventions, un apaisement et rebelote. A la manière d’un sketch, les comédiens rejouent leur « histoire ». Sur scène est installé un grand bureau type journal télé, sobrement accompagné d’un présentateur et de personnages d’arrière-plan pour l’illustration. Staline, Hitler, Martin Luther King, Margaret Thatcher, King Kong ou encore Miss Univers sont vos invités du 20h. Tantôt sonores, tantôt visuels, les extraits et les protagonistes se multiplient, sans transition. Mais le spectateur n’est pas passif, il est souvent sollicité, questionné ou même impliqué.

(GUNS GUNS GUNS ©Jérôme Gaillard)

 

Cette vue d’ensemble frénétique et totalement parodique, souligne avec justesse l’incohérence dans laquelle se sont suivies les décennies du XXème siècle. La guerre a été civile puis financière. On a pleuré des héros de guerre puis des artistes. On a entonné un hymne puis une chanson. On a fait une révolution civile puis une révolution culturelle. La grande question est de savoir si cela a changé quelque chose ? A l’heure où, partout en Europe, des mouvements contestataires se soulèvent encore, l’idée reste la même : Peut-on changer le monde ? La mise en scène délirante rend le propos encore plus intense. Même si certains morceaux nous échappent, il faut prendre l’histoire comme elle nous vient, comme un boomerang qui vous arrive en pleine figure créant une véritable onde de choc. Même si les évènements évoqués ne sont pas toujours de bons souvenirs, le propos est finement dédramatisé par les moments burlesques et anachroniques. Le résultat reste très frontal, brutal et c’est rudement efficace. On se dit au revoir avec humour, la main et le sourire figé comme sur un char Miss France et on espère, vraiment, que l’on fera mieux demain.

 

Mélissa Mari

 

 

« HETERO »  / (Denis Lachaud)

Atheneum, le vendredi 24 mai

 

Que serait un monde peuplé uniquement d’hommes ? Un monde où la femme n’aurait jamais existé de manière physique ni même conceptuelle ? Un monde « unique-sexe » ? Une hypothèse troublante que Denis Lachaud a choisi d’explorer en gardant les codes du schéma « dominant-dominé ». Dans une société toujours plus discriminante, qui du « moi » ou de « l’autre » sera prêt à changer ?

Contrairement à ce que le titre pourrait laisser penser, ce n’est pas une pièce qui fait l’apologie de l’hétérosexualité. Le mot est ici à prendre au sens propre du terme, soit : « l’Autre ». De noir et de blanc vêtus, des hommes en costumes trois pièces, cheveux habilement coiffés et peaux délicatement rasées, nous parlent couple, famille, mariage… Avec leurs faux airs de Ventura, Reno ou Gabin, des hommes bien virils jouent une scène de ménage. Non, ce n’est pas une parodie de la « Cage aux folles », bien que de cage, il en soit question. Un père et un papa (nuance importante), préoccupés par l’avenir de leur fils unique, décident de lui trouver un mari. Aidés par un entremetteur douteux, Mr. Négoce, ils arrangent un mariage avec l’un des partis les plus en vue. Malheureusement, le promis bien sous tous rapports, n’est pas très docile. Nous voilà revenus au Moyen-âge, époque où la situation financière, les attributs physiques et la propension à l’obéissance déterminaient ce qui allait, ou non,  faire une bonne union. Comme à l’époque donc, le futur marié (le capitaine) n’a de l’éphèbe que la beauté et pas grand-chose de plus. Un bon emploi dans lequel il a du mal à briller, un patron stressant, des parents exigeants, la pression de la société qui l’oblige à « s’installer ». On se rapproche de la réalité. Son prétendant (le soldat), est un homme d’affaires viscéralement indépendant. Même si la nature le destine à enfanter et devenir « homme au foyer », il est bien décidé à imposer sa vision moderne de la vie. Le sujet est clairement d’actualité. Ici, la femme n’est pas, mais tout s’y rapporte : carrière, enfants, maison, tromperie et, pour les cas plus extrêmes : mariages forcés, humiliation physique et morale, enfermement. L’histoire est habilement transposée dans un univers strict et masculin : comédiens aux visages peints, décor sans âme, musique et traditions guerrières. La liberté semble être dehors, dans un hors-champ composé de sons et de couleurs, qui vous crache ses effluves au visage comme pour montrer la voie du changement. La critique est violente mais non moralisatrice, elle souligne avec humour ce travers de notre société. Le constat qu’elle dresse n’en reste pas moins dramatique car si le monde n’était peuplé que du sexe supposé « dominant », on ne peut défier la loi de la nature. Reste à savoir si dans le monde actuel, cette loi se doit encore de prévaloir, puisqu’il ne s’agit plus de pertinence biologique, mais bien d’une caractéristique idéologique et aliénante pour l’homme et la femme. Une pièce « couillue » qui donne à réfléchir.

 

 

 « NE M’OUBLIE PAS »

(Philippe Genty-Mary Underwood) / Parvis Saint-Jean, samedi 18 mai

20 ans après, Philippe Genty revisite son spectacle « Ne m’oublie pas », s’entourant pour l’occasion de l’Ecole de Théâtre Gestuel de Verdal, en Norvège. Un spectacle féérique, où danseurs, marionnettes et autres créatures sublimes vivent un rêve d’une poésie troublante, dans les paysages glaciaires et nus de l’imaginaire.

(Ne m'oublie pas © Pascal François)

 

Ne m’oublie pas n’est pas une histoire, ni une fable, ni même un conte. C’est une odyssée. Rappelez-vous de ce monde enchanté, peuplé de mille et un personnages humains et anthropomorphes, que vous avez visité enfant. Ce monde n’a pas cessé d’exister, il a juste évolué. Comme si Alice, Peter et Dorothée, des années plus tard, conjuguaient leurs imaginaires d’adultes en un rêve aux allures de fantasme amoureux. Ne m’oublie pas est une quête sentimentale, la quête d’un alter ego. Au commencement, une guenon, mère de tous les hommes. Lorsque les brumes s’estompent, laissant naître les premiers reliefs de la Terre, la guenon chante et virevolte gracieusement dans sa robe de bal. Le paysage se met alors à changer, devenant moins rude, moins désert. Par-delà les montagnes, de petites formes humaines arrivent en catimini. Endimanchés jusqu’au bout des cheveux, des hommes et des femmes trimballent avec eux leurs doubles désarticulés. Bouleversant l’ordre établi, ils se lancent dans une danse sans fin, faisant communiquer leur corps de chair et de sang avec les silhouettes en mousse. La ressemblance entre le comédien et son double est déconcertante, à tel point que l’on ne sait plus qui est quoi : des fétiches, des reflets ?  De danses en chansons, d’unions en fuites, de jeux en confrontations, les personnages comblent les vides scéniques et les failles de l’âme. Amour, amitié, désir, solitude, tristesse, angoisse…. Et si l’essence même de cette histoire, n’était pas justement l’union d’un homme et d’une femme ? La narration est à la fois visuelle et sonore, notamment au travers des odes nordiques entonnées par les personnages et les compositions grandioses de René Aubry. C’est un véritable ballet qui se joue sous nos yeux, peut-être même un petit opéra. L’interprétation des comédiens est sans doute l’aspect le plus touchant. Totalement habités, ils manient les mots (et les silences) aussi bien que les marionnettes ! Dans ce décor à la fois simpliste et complexe, on croit observer chaque recoin de l’esprit, tantôt douillet, tantôt abrupt. On devine d’ailleurs qu’il s’agit peut-être de l’esprit d’une jeune fille amoureuse, entre passion et indécision. Mais la guenon, cette bonne « Mère Nature », rôde comme une gardienne ramenant l’Homme, ivre de passion, à la réalité. Illusions d’optique, magie, chants et danses, des éléments qui rappellent clairement l’univers des contes enchantés. Que l’on soit adulte ou enfant, le regard ne peut se poser que naïvement et tendrement sur cette histoire. Un spectacle qui illustre clairement l’imaginaire de son créateur mais dont la plus grande force, est de créer une émotion totalement universelle.

Retrouvez ce spectacle le 6 octobre prochain au festival Effervescences à Nevers.

 

 

Call Me Chris / Idem Collectif

Lundi 20 mai au Théâtre des Feuillants

 

(Call Me Chris©Jérôme Gaillard)

 

Call me Chris, c’est une fable sur l’avilissement et la folie inhérente au travail. Pas celui que l’on rêve de faire, non ! Celui auquel on aurait bien voulu échapper, celui qui blesse, celui qui déshumanise, celui qui, quelquefois, tue ! On rêve tous de se voir un jour star de cinéma, écrivain, rock star, grand reporter ou encore athlète Olympique et on se réveille un jour, enfin adulte, décrochant inlassablement un téléphone. 20 fois l’heure, 160 fois par jour avec 160 personnes différentes. On ne compte pas les NRP (ne répond pas), les O (Occupé), les FN (faux numéro)… 160 conversations déshumanisées et déshumanisantes dont le seul but est celui de vous vendre quelque chose ou de récolter votre avis concentré en cent cinquante questions-réponses.

L’action se déroule au sein d’une entreprise de télémarketing, on y vend du vin… La responsable est une femme désaimée, elle dirige cette société sans autre intérêt que celui du résultat. Elle n’a pas de limite dans la motivation du personnel : remise de 5% sur un coffret de vin à 65€, un canard en plastique pour celui qui atteindra le plus rapidement l’objectif du jour. L’image est volontairement ridicule mais le cynisme tellement proche de la réalité ! Vous êtes Dominique Lefranc, Christian Laporte ou encore Sophie Leroy… Car oui, ce job a la possibilité de tout effacer de vous. On doit être un bon français pour pratiquer ce « métier » et même si vous avez le pire accent chinois, indien ou arabe… Mohamed, Tang ou Arul une fois affublé de votre nouveau nom, celui-là bien français, vous pourrez sans problème appeler toutes les familles de France ! On organise la course entre « collègues » avec le hachoir du classement scolaire, du cancre au chouchou ! Alors on réveille des questions sur la raison d’être, le sens de la vie, sa fonction dans la société, l’utilité d’un passage terrestre, son poids et sa respectabilité au sein d’une famille.

Malgré une distribution un peu trop éloignée du réel des candidats à l’assommoir téléphonique, le spectacle est une réussite tant dans la justesse du propos que dans la précision de l’écriture et les acteurs l’incarnent avec exactitude dans le traitement du glissement vers la folie, dans la solitude dans le travail, dans le « craquage » de la femme-mère devenu veuve suite au suicide de son mari… Chaque personnage est creusé, chacun avec une psychologie et une pathologie différente. La folie est palpable, ressentie, bouleversante tant elle est proche… 

JG

MURAT, LA CLASSE AMERICAINE

DR

 

C’est l’entracte. Holden, armé de quelques titres de leur prochain opus, a défriché le terrain, d’un son pop-rock, trépidant ou étiré, teinté d’un soupçon de gravité. On entend alors, du bar, les premières notes d’un Over and over très blues, qu’à l’entame on ne reconnaît pas.

Au premier coup d’œil, on s’étonne face à ce nouveau Murat scénique, attifé comme un fossoyeur. Murat, si classe, ça sent le coup du rachat médiatique ! Alors quoi, au placard, les liquettes de trappeur ou de yogi, les cheveux et la parole hirsutes du sniper? Peu importe, à vrai dire, les mues du caméléon, pourfendeur parfois agaçant de la médiocrité ambiante, car Murat, sur scène, est loin de la bête du zoo promotionnel. Américain comme jamais, il y est, comme toujours, dans son élément.

Inspiré, le bluesman des hautes terres dompte la légendaire guitare dobro. Son dernier album Toboggan, médiéval et bricolé de mille sons, se transforme en un road-movie qui traverserait sa carte du Tendre. Derrière l’Auvergnat et son batteur attitré Stéphane Reynaud, défilent des images en plan fixe qui font de chaque chanson un nouveau paysage. Le set, commencé par des miroitements sur l’eau, se terminera sur le frémissement léger de feuilles de roseaux. D’ailleurs, l’eau est partout. Le Murat de l’Yonne est liquide…  quand il chambre son public, demandant en pleine période d’inondations le nom du « gros ruisseau » qui borde le Silex… Ou quand il peste mollement contre « toute cette flotte » qui l’empêche d’accorder sa guitare. Les paroles de l’inédit Frontière sont d’ailleurs incroyablement raccord : « L’eau de la rivière / Au mois de mai / Franchit la barrière… »

Le voyage en Muratie quitte parfois la rivière pour prendre des teintes nocturnes et hivernales. Ici, comme chez Depardon, une route en forêt est filmée depuis une voiture (fabuleux Belle, dans une version électrique et rapide). Là, un croissant de lune en ombre chinoise accompagne Le Chat noir, chanson enfantine et doo-wop où Murat miaule et fait le chien. Ailleurs, Il neige. Quelques flocons chétifs tombent, obliques, dans la nuit. « Un chasseur accroupi guette dans la montagne » et la guitare, sinistre, déchire l’espace. On pense aux riffs de Neil Young pour la BO de Deadman, on se croit dans Jeremiah Johnson.

Amour n’est pas querelle s’envole vers les mêmes sommets. Murat se dédouble et dialogue avec lui-même, avec pour seule image son ombre portée sur la toile. Sa poésie, soutenue par un sifflement à la E. Morricone, désinvolte et mystique, fusionne le Puy de Sancy et les Rocheuses. Si les mots de Murat convoquent du Bellay et Baudelaire, son rock les invite à un barbecue à la sauce western ! Et la qualité de l’écoute est impressionnante. On est à la messe, emporté par cette intensité panthéiste. Mais il faut redescendre, quitter le bivouac et revenir au ras de l’eau, avec dans l’œil, la lumière de ceux qui sont allés là-haut

David Legoupil

 

VERENA VELVET

Dans tes pas je me cherche !

 

 

Véréna Velvet, c’est la recherche d’une identité, du poids d’un héritage sinon aveugle disons fantasmé, fantasme… ment ! Véréna pour le mystère quasi mystique, Velvet pour la douceur d’un parfum lointain mais familier. Qui suis-je ? La Cie entre chien et loup vous mènera sur un chemin pour tenter de découvrir cette face cachée de cet être. D’indices en observations vous frôlerez Véréna (ou bien est-ce Velvet ?) qui vous entrainera dans son sillon à moins qu’elle ne vous y perde. Un spectacle aux sensations nouvelles à découvrir cet été sur les festivals bourguignons.

 

MB : Avant tout, pourquoi ce titre : Véréna Velvet?

 

Camille Perreau (Directrice artistique) : Il s’agit d’un nom et d’un prénom sortis tout droit de notre imagination. On cherchait quelque chose qui ne soit pas courant car c’est finalement le cœur de l’intrigue de notre histoire…  C’est donc deux femmes éponymes, l’une vient à la recherche de l’autre parce qu’elle se sait prénommée d’après la première et il y a toute cette notion de transmission et de mystère autour de ce nom. Pour moi, ce titre évoque quelque chose d’un peu flou et en même temps de la douceur mais sans excès. Et puis, la sonorité me plaisait car pas banale. Véréna est un prénom rare mais qui existe, il désigne, entre autre, une sainte célèbre qui  viendrait du même coin que moi. Mais tout bêtement ce prénom était celui d’une fille que je croisais au lycée. L’idée était juste de couvrir notre personnage d’un nom mystérieux.

 

MB : Pouvez-vous nous parler de cette installation, de cette  déambulation, de ce parcours, ou plus globalement, comment définit-on ce genre de chose ?

(Camille Perreau, Directrice artistique de la Cie Entre chien et loup © Cie entre chien et loup)

 

CP : C’est un spectacle parcours, mais nous dirons tout simplement spectacle car même s’il n’y a pas de comédiens qui jouent dedans pendant le temps de représentation tous les ingrédients du spectacle y sont !

Ce spectacle est un itinéraire qu’on propose aux spectateurs qui se retrouvent dans un endroit précis dans une ville ou un village. On les équipe d’écouteurs et de petites sacoches qu’on leur met autour du cou puis on leur donne quelques consignes assez simples : bien garder leurs écouteurs sur les oreilles, suivre le marquage au sol qui va les guider tout au long de leur trajet et  ne pas s’inquiéter car l’histoire va se dérouler fidèlement à la cadence de leurs pas. Nos candidats partent donc pour environ une heure de promenade et deux km à travers l’espace public où on joue car le projet s’adapte aussi bien au monde rural qu’au monde urbain.

 

MB : Peut-on dire que ce genre de création offre un parallèle avec ce qu’on appelait à une époque « le livre dont vous êtes le héros », une sorte de film sans caméra mais avec un scénario, une mise en scène et un public qui est en quelque sorte acteur ?

 

CP : Ce n’est pas complètement comme le livre dont on était le héros parce qu’en fait le spectateur lui n’influe pas sur le déroulement de l’histoire, le contenu reste le même partout où on joue et pour tous les spectateurs. Seul le rythme peut être différent selon que le spectateur fasse une petite pause où aille un peu vite. Le  parcours se compose d’une quinzaine d’étapes qui permettent de ponctuer le parcours par des œuvres plastiques, bien sûr en lien avec ce qu’ils écoutent. Ce seront des indications supplémentaires par rapport à ce qu’ils entendent ou un contrepied, un clin d’œil. On pourrait dire qu’ils approchent la manière de voir le monde d’un des deux personnages qui est vision beaucoup plus large, plus artistique, plus imaginative que celle de la plupart des gens. En fait, ces compositions d’art plastique sont  sa propre vision des choses. Il  est là pour « éclairer » une scène, apporter des indices. En fait c’est plutôt une histoire où on est avec le héros !

 

MB : Quels sont les éléments que vous grefferez aux lieux où vous « jouerez » ce spectacle ?

 

CP : L’aspect économique mais aussi le côté pratique ne nous ont pas permis pas de réaliser tout ce que nous aurions voulu. Nous avions, par exemple, imaginé une branche d’arbre qui sortirait d’un immeuble… Mais cela prend énormément de place et pose des problèmes de transport… En fait, on joue beaucoup avec ce qui va piquer l’imagination du spectateur et avec 3 petits bouts de ficelle, un côté fabriqué main, on va chercher les gens ailleurs que dans ce monde d’images dans lequel on vit. C’est d’ailleurs un moment assez fort pour les personnes les plus âgées qui sont un peu perdues aujourd’hui dans ce flot d’images très rapides et omniprésentes. On amène aussi les gens à redécouvrir des endroits de leur quotidien mais avec une approche différente et certains nous disent deux jours après le spectacle : « je suis repassé par là et j’ai eu encore l’impression de croiser les personnages ! ».

 

MB : Pourquoi cette rencontre entre ces deux femmes ?

 

CP : L’histoire démarre par la recherche par la jeune Véréna Velvet de la « vieille »  Véréna Velvet. Elle sait qu’on l’a appelée Véréna en mémoire de son aïeule et d’une certaine manière elle a des questions à lui poser, des choses à régler. Par le biais de cette rencontre, Véréna découvre que la vieille ne répondra jamais franchement à ses questions et que peut-être elle en soulèvera d’autres…Qu’est ce qu’on nous transmet? Avec quoi nous construisons-nous ? Qu’est-ce qu’on nous dit vraiment et qu’est-ce qu’on ne nous dit pas ? Et ces valises qu’on traine, ces secrets de famille ! Comment sortir de tout cela et, finalement, qu’est-ce qui est le plus important ?

La réussite de ce spectacle est là, je tire mon chapeau à Chantal Joublon, l’auteure qui a mis en mots l’histoire de chacun et d’une certaine manière… la nôtre. La fin par son flou, laisse le champ à différentes issues possibles et chaque spectateur va choisir la sienne en fonction des  éléments qui l’auront interpelé. L’environnement, lui aussi, influe  sur l’interprétation. La dernière scène est notamment primordiale…

 

 

MB : Le spectacle est amené à tourner, on le retrouvera dans plusieurs lieux en Bourgogne mais il a été également pensé en espagnol, en anglais et en allemand. Où l’emmènerez-vous ?

 

CP : A Chalon, c’est certain  parce que le festival Chalon dans la rue et l’Abattoir nous aident  depuis plusieurs années et c’est, je crois, le troisième spectacle que cette équipe soutient. C’est vrai aussi, et ce grâce au concours de Pedro Garcia, que nous avons reçu une aide de la part du Conseil Régional de Bourgogne qui s’appelle les arts Publics, et là, c’est carrément génial, c’est un coup de pouce assez important  pour la création du spectacle. Aussi, dans ce cadre, trois structures régionales s’engagent à nous programmer. C’est une véritable opportunité  pour pouvoir être diffusé en région et avoir des moyens pour la création.

Quant à l’étranger, ce serait vraiment extraordinaire et la prochaine étape pour nous c’est de chercher des financements pour une adaptation et pourquoi pas un départ en résidence outre- frontières  avec des représentations à la clef !

 

Propos recueillis par Jérôme Gaillard

Photos © Cie Entre Chien et loup

 

Retrouvez la Cie Entre chien et loup les 6 et 7 juillet au Festival les Zaccros d’ma rue à Nevers (58), le 12 juillet pour Les Pronomade(s) à Puymaurin (31), du 25 au 28 juillet au  festival Chalon dans la Rue (71) et le 21 septembre à La Transverse à Corbigny (58)

www.cie-entrechienetloup.net

MATTHIEU CHENEBY

Le déclic

 

L’éducation nationale n’est pas toujours l’endroit rêvé pour s’épanouir. Certains s’y sentent à l’aise mais d’autres…. Ce qui compte au fond, c’est la passion ! Et Matthieu Chèneby a découvert très tôt cette dernière et c’est avec le soutien de ses parents qu’il a pris son envol. Aujourd’hui, Matthieu est un photographe apprécié du public, il expose en France, en Italie et réalise encore cette année l’iconographie du festival Dièse pour la ville de Dijon.

 

Magma Bourgogne : Vous vous dites auteur- photographe. Quelle est la nuance avec le métier de photographe ?

 

Matthieu Chèneby : Disons que je travaille l’image dans sa globalité. J’effectue des recherches autour d’une idée afin de savoir si cela s’est fait dans d’autres disciplines, comment ça a été approché… J’essaie de développer, à priori, au maximum mon sujet pour arriver à quelque chose de vraiment abouti. Peut-être est-ce cela la nuance, une notion de réflexion, d’approfondissement de recherche autour d’un thème de départ.

 

MB : Comment définissez-vous votre travail ? Vous investissez-vous dans un courant photographique ou votre démarche est-elle « solitaire » ?

 

MC : Mon travail est vraiment solitaire parce que d’une part c’est mon tempérament et puis, j’ai toujours eu l’habitude de travailler seul. En effet, parce que je n’ai pas l’occasion de rencontrer des gens avec qui œuvrer, c’est devenu une habitude de travail et l’avantage c’est qu’on n’est pas influencé par les orientations des autres. Par contre, le risque du travail en aveugle c’est de s’enfermer peut-être quelquefois dans des chemins complètement dérisoires. En ce qui concerne les courants, je ne me référence à personne en particulier, et puis, je n’ai pas forcément une très grande culture photographique. J’avoue que  c’est un peu voulu car là encore je ne veux pas être « pollué » par le travail d’un autre. Maintenant, peut-être que mon travail s’inscrit dans un courant mais si tel est le cas, c’est involontaire.

 

MB : Quel fut votre parcours pour arriver à ce métier?

 

MC : Je n’ai pas eu mon brevet des collèges (rires), je m’ennuyais ferme au collège, je pensais à d’autres choses et j’avais déjà une idée de ce que je voulais faire. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ont cru en moi et qui m’ont aidé à réaliser ce que je voulais faire. J’ai donc entamé un CAP photo à Mercurey. Il m’a fallu trouver un maître d’apprentissage et ce n’est pas la tâche la plus facile. Mais j’ai réussi à dégoter une place au Musée des Beaux Arts de Dijon avec Monsieur François Jay, c’est avec lui que j’ai appris la photo. Pour la petite histoire, François Jay est le fils de Paul Jay, le premier conservateur du musée Niepce de Chalon sur Saône. J’ai eu beaucoup de chance de tomber sur ce grand monsieur. J’ai continué sur ma voie et enchainé après mon CAP sur un BTM pendant encore deux ans où là, j’étais chez Photographic, un studio de pub et de photos culinaires, à Dijon. Ce fut encore une excellente expérience qui n’a pas manqué de me conforter dans mon envie de devenir photographe.

 

MB : Quel a été le premier œil jeté sur votre travail à croire en vous ?

 

MC : Mes parents bien sûr, ceux qui m’ont toujours soutenu dans mes projets ! Mais la première personne à critiquer mon travail dans un cadre professionnel et à me faire plaisir fut mon premier maître de stage, Monsieur Jay. Je lui avais montré un travail où la lumière dessinait une sorte de calligraphie, du light painting mais inversé ! C’était entre la danse et la photo, la lumière était fixe et moi je faisais bouger le boitier pour obtenir les formes voulues. Il m’a dit : « Oui, il y a l’idée mais il faut que tu creuses, tu as quelque chose, un regard. »

 

MB : Ensuite, ce fut Oliviero Toscani ?

 

MC : Oui, c’était suite à un appel sur facebook pour l’émission « Photo for life », sur la chaine Arte. J’y ai participé sans trop y croire. J’ai d’abord été pris dans la première sélection d’une centaine de personnes, puis dans une seconde de 30. C’est à ce moment qu’on a rencontré Toscani à qui on a présenté notre travail. Ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai reçu un appel me disant: « tu as été sélectionné pour faire partie des six participants à l’émission ». Cela m’a permis bien sûr de passer à la télé mais surtout d’effectuer un master class avec Oliviero Toscani, un artiste connu et reconnu à travers le monde entier. C’est le genre de truc qui ne t’arrive qu’une fois dans la vie. C’est grâce à cette émission que beaucoup m’ont connu.

 

MB : On connait certains de vos travaux, comme ceux illustrant l’affiche du festival Les Nuits Sauvages, à Dijon, ou encore ceux pour le festival Dièse avec lequel vous collaborez pour la deuxième année consécutive. On a vu également quelques unes de vos œuvres dans le cadre d’Italiart Festival…Actuellement, sur quoi travaillez-vous ?

 

MC : En ce moment, je fais des recherches sur le papier avec lequel je  travaille pas mal ainsi que sur des couleurs, bien qu’à la base je ne sois pas dans l’exubérance. Ma démarche, pour le coup, est vraiment esthétique. Cette série s’appelle United Colors, on parlait de Toscani justement... Et puis, j’approche quelque chose de nouveau, avec des personnages dans certaines postures, une référence aux Icônes, au légendaire…

MB : Pouvez-vous, par exemple, nous expliquer la démarche pour la réalisation de l’affiche de Dièse 8 ?

MC : C’était assez « free party », on s’est orienté sur l’idée des proliférations (cf. www.matthieu-cheneby.com) mais assez vite on s’est rendu compte que c’était plutôt angoissant et par conséquent pas idéal pour l’esprit d’un festival. J’ai gardé l’attitude du personnage, je l’ai incorporée dans la salle de garde de l’Hôtel de Vogüé, à Dijon mais il me manquait cette chose qui allait en faire le personnage du festival. Alors, j’ai eu l’idée de lui ôter sa tête et de lui mettre une tête de dièse, le dièse serait en quelque sorte quelque chose qui prendrait possession d’un être le temps d’un évènement ! Sur la Salle de Garde, j’ai travaillé avec du grand angle, du très grand angle… du 14mm ! J’aime beaucoup cette nouvelle perspective, cela donne beaucoup d’espace à la pièce, un effet monumental qui colle bien à cet endroit. Hormis la tête et le contraste, il n’y a pas de post production sur cette image. En ce qui concerne l’impression de creux du personnage, c’est une technique que j’ai appris durant mon cursus dans une agence de pub. C’est une manipulation très rependue, en particulier sur les sites de vente en ligne.

MB : Comment fait-on aujourd’hui pour vivre de la photographie dite  « d’auteur » ?

 

MC : On n’en vit pas ! C’est juste un truc pour faire beau sur la carte de visite et faire tomber les meufs (rires). Non, plus sérieusement, on peut en vivre mais il faut avoir un nom, des contacts, faire de la diplomatie, serrer des mains… Je n’ai pas cette démarche là, ce n’est pas moi. Et puis, si on me demande quelque chose, je ne me contenterai pas d’être un exécutant, il faut que je participe au projet, que ma patte, ma griffe soit profondément dedans !

 

 

Propos recueillis par Jérôme Gaillard

www.matthieu-cheneby.com

 

Prochaine expositions dans la région : Galerie La Source à Fontaine lès Dijon en 2014

 

 

L’IDEAL CLUB : CA CARTONNE !

 

Après 4 folles années de tournée, la troupe des 26000 Couverts revient à Dijon. Dans leur dancing de foire, ils nous présentent L’Idéal Club version finale (ou presque), un spectacle « juste pour se faire du bien ».

 

photos © Jérôme Gaillard

 

Qu’est-ce que c’est agréable de voir un spectacle drôle, franc, simple et non-moralisateur ! Un spectacle, point barre. Même si il court toujours après un rêve, l’Idéal Club peut déjà se féliciter d’en avoir vendu beaucoup !

 

L’Idéal ? C’est du tout, du rien… Dans l’absurde et le déconstruit, mais avec un vrai sens du partage (et du rythme). Du « Air trapèze » au karaté-barbecue,  en passant par des mimes, des interludes musicaux, des danses et j’en passe, les joyeux compagnons des 26000 entrent sur scène souvent par hasard, mais jamais comme des intrus (enfin…). C’est donc l’ambiance bon enfant qui règne dans le dancing bondé. Jeunes, très jeunes et  moins vieux se retrouvent, partageant gradins et coussins au sol comme dans un spectacle d’école (les douleurs articulaires en plus). Qu’importe ! On joue de la contorsion et du rapprochement physique pour se tenir chaud et rigoler ensemble. 

 

 

De toute façon, on est entre nous, on ne se cache rien. Les 26000 ont le sens de l’accueil, ils nous montrent tout, des coulisses aux parties intimes (oui, oui !). C’est comme un parc d’attractions, avec quatre univers, quatre « scènes ».  Dans le coin des musiciens, c’est une ambiance feutrée pour des hommes tout terrain, véritables bêtes de scène multi-transformistes.  Sur l’estrade, devenue parc à jeux des acteurs, on assiste à des va-et-vient en tous genres : danseurs, humoristes du dimanche et performers. Dans l’ombre, le coin « retouches » où l’on se détend et où l’on s’observe, c’est le « hors-champ » scénique. Enfin, il y a l’espace du public où l’on se fait surprendre, où l’on crie son mécontentement : « C’est pas un peu long et con votre truc ? ». Et ben non, car on ne s’ennuie pas une seconde ! L’air un peu béat et les yeux plein d’étoiles, on participe à une joyeuse comédie, une sorte de compilation du meilleur de l’humour, même le foireux et le pas drôle ! Dans ce décor « en carton » (on ne croit pas si bien dire) de faux cabaret, les paillettes côtoient les marionnettes.

 

On ne se prend pas au sérieux, on se prend pour Johnny Cash, Bob Dylan, Tom Waits ou Peggy Lee et on remet le couvert, comme ça, pendant 2h ! 2h durant lesquelles on fait une pause (monu)mentale… le temps s’arrête… et les soucis s’envolent. Même à l’entracte, on se sent comme à la maison, on mange un petit bout et on boit un coup à la buvette ! Quand il y a de la place pour 26000… La fin arrive et on voudrait ne plus s’en aller car on sait que dehors il fait froid, que le monde est en fait bien terne et que le cirque du quotidien n’a rien de celui de l’Idéal ! Alors profitons et …RIONS !

 

MM

www.26000couverts.org

 

C2C, LA PLATINE DE COULEURS

(photo© Jérôme Gaillard)

Héritiers de la génération 90, rap boom-bap et skateboard, C2C  est devenu une référence du turntablism*, avec  4 titres de champions du monde DMC*. Pour la fin de leur tournée française, qui présente leur album TETR4, « Coup 2 Cross » nous en met plein les yeux !

En un mot : spectaculaire.  A la fois créateurs, interprètes et « ambianceurs »,  Pfel, 20cyl, Greem et Atom ne font pas un set de DJ casque sur les oreilles, têtes sur les platines et bras en l’air. Non, ils font de la musique ! Le show prend place dans un Zénith envahi par une foule de minots et quelques 20/30 ans. Deux ambiances règnent entre les fans d’hier et d’aujourd’hui. C2C ne fait pas dans la sobriété !

Des décors impressionnants, des guest, et surtout, du jeu ! La mise en scène ressemble à la plateforme de démarrage d’une console.  Ecran noir, musique de démarrage, 4 éléments géométriques. C’est parti pour le jeu d’ « Arcades » ! Du haut de leurs tables de mixage amovibles, 4 dandys se pressent derrière les platines. Les emblèmes s’illuminent sur l’écran et sur la scène grâce aux constructions XXL. Des couleurs en cascades, des démos de mixage,  la célèbre battle avec le public, des performances (on fait des mix croisés, ça fait crier les filles) mais surtout, du live ! Avec la participation des chanteuses Eva Ménard, Rita J. et Mauikai et du rappeur Pigeon John, le concert prend une forme « classique ». 

C2C fait aussi la part belle aux instruments. Le morceau « Together » porté par un incroyable solo de kora et de xylophone africain, laisse place à une démonstration fascinante. Animations visuelles et prestations live permettent de décomposer les morceaux et d’en découvrir les secrets. Une façon ludique de rappeler au public que C2C sort du schéma de Djing* habituel. Pour preuve, ils n’hésitent pas à descendre de leur perchoir pour revêtir le costume de MC, avec un bel hommage aux Beastie Boys.  Après 2h de show électrique, le concert se termine sur le morceau fard « F.U.Y.A », final quasi pyrotechnique, qui monte en puissance pour venir s’éclipser sur quelques notes de violon. Quand on est séduit par le format du Djing multiple type Birdy Nam Nam ou Chinese Man, on l’est aussi avec le style C2C. Même génération, mêmes influences, même goût du spectacle, les liens sont évidents.  Le plus C2C, c’est de réussir à mêler musique organique et numérique, sampling et composition pure. Ces 4 « platinistes », comme ils aiment à se décrire, sont déjà aussi repris que David Bowie. Seul petit regret, ils ne sont pas (trop) sortis de la tracklist album en proposant des mix live revisités, même si l’interlude « Superstition » de Stevie Wonder a fait son effet ! Mais on ne va pas chipoter, le Zénith s’est embrasé, les mains ont claqué, le « Coup 2 cross » a mis en plein dans le mile!

 

Mélissa Mari.

 

*Turntablism : Faire de l’élément platine ou vinyle un véritable instrument de musique

*DMC: Disco Mix Club

* Art de mixer

 

 

Retour à Iltika

 

(photo © Jérôme Gaillard)

 

 

C’est en mars 2007, peu après son concert à la Vapeur de Dijon et son premier Zénith en première partie de Yves Jamait, que Magma rencontre un tout jeune groupe de la scène bourguignonne qui surfe sur la vague du slam avec des textes soignés et une solide base musicale . Ce dernier fera rapidement parler de lui et enchainera des festivals comme les Giboulées, les Eurockéennes, les Nuits Peplum d’Alésia, les Scènes d’Eté de La Villette… Bref, c’est une formation qui devait tout « casser » !

Mais au final, alors que tout le monde nourrissait de grands espoirs pour eux, le rêve n’eut pas lieu.

Manque d’accompagnement, de chance, de préparation, période peu propice ?

La question reste encore sans réponse…

Ce que nous savons par contre, c’est qu’Iltika a repris le chemin des planches avec un nouveau spectacle, le 6 avril dernier, au Théâtre des Feuillants, à Dijon. C’est une première secousse avant la sortie d’un nouvel album prévue pour fin 2013- début 2014. Iltika is back et même si le show est encore un peu fragile (trois ans loin de la scène !), on y croit, tout le monde y croit tant cette formation est bourrée de talent en commençant par le chanteur Sidi, le cœur dans la voix, les yeux dans les étoiles et en continuant avec cette flopée de musiciens hors pair : Thotho (Thomas Loyer), Damien Saint Loup, Florian Raimondi, Benoît Kalka et une nouveauté de taille, le quatuor Hyperion !

Le public était au rendez-vous et l’émotion palpable, le tour de « chant » avait à peine commencé que Sidi embarquait avec lui la salle comme si le temps n’avait pas passé et pourtant…

« Y a pas », Iltika is back !!!

 

JG

 

On retrouve Iltika :

Au Francos-Gourmandes de Tournus (71) le vendredi 7 juin

Aux Nuits Peplum d’Alésia (21) fin juillet.

 
 

 

 

LGK

(Cie LGK © Jérôme Gaillard)      

 

Magma ne s’intéresse pas qu’aux « pro », il nous arrive aussi d’aller fouiner et de faire incursion dans des lieux dits « amateurs » ! Aussi, ce soir, voyant une assemblée bien mise devant une clinique vétérinaire, je m’arrête et tente la percée. Personne ne se connait, parfait, je me fonds dans l’assemblée ! Nous entrons dans le couloir de la clinique, nous l’appellerons « la salle d’attente » ou « l’antichambre ». Les gens sont intrigués mais calmes…Que va-t-il se passer ? Pour nous tous, ce soir, c’est la première fois ! Nous descendons les marches une à une, entre anti puces et vermifuges, nous découvrons des tissus drapés sur les murs, des photos… Mais bientôt l’ouvreuse arrive et nous introduit, librement, dans la cave.

 

Une scène, des chaises, une console son… Nous sommes dans une salle de spectacle !

Le décor, minimaliste mais efficace, apparait sous les projecteurs. Sous mes fesses, je découvre le programme : « Cuisine et Dépendances », une pièce d'Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri datant de 1992. Après un petit quart d’heure, la troupe apparait et bientôt les emmerdes commencent…

C’est toujours comme ça avec Bacri, incarné brillamment ici par Thierry Museur, il n’est jamais content mais quand les invités des personnes qui l’hébergent arrivent avec presque deux heures de retard… La suite ? Vous la connaissez sans doute…une soirée de retrouvaille où tout tourne mal ! Les jalousies, la concupiscence, la cupidité, les regrets… Mais pour moi, aucun, ce soir ! LGK s’amuse et fait rire l’assemblée. Des talents se dévoilent, des passions sont mises à jour et de nouveaux lieux pour nos soirées apparaissent. La pièce terminée, les comédiens vous proposent un verre de vin ou de jus de fruit, nous échangeons et la tension redescend. La soirée s’achève, nous quittons l’hôpital animalier en glissant à notre guise une pièce, un billet dans le chapeau avant d’entreprendre la sortie… 

JG

 

Pour en savoir plus : http://lgk.free.fr/

 

Les prochaines représentations :

Les 31 mai, 4 juillet, 28 septembre à 21h00 à LGK Dijon (rue Parmentier)

NAZCA

CREVER LE DUVET

 

Nazca © Maxime Lelong

 

 

Si le mot Nazca peut avoir plusieurs significations, on aura bien compris qu’il renvoie ici au voyage, mais à un voyage tout en légèreté porté par une harmonie doucereuse et des voix de femmes-enfants jouant sur le fil de la candeur. Nazca, c’est une hache enterrée sur le sentier de la guerre où les cowboys ont troqué leurs colts contre l’ukulélé, la guitare et l’harmonica afin de séduire de jolies et narquoises indiennes tapies sous le tipi...

 

Magma Bourgogne : Pour vous, tout a commencé suite aux tremplins successifs Dijon Live et Musique de RU. Etait-ce le passage obligatoire pour un groupe étudiant ?

 

Juliette (chanteuse / auteure): On pourrait s’en passer mais je me demande si finalement ce n’est pas nécessaire… Même si on ne gagne pas le tremplin, cela permet de se produire sur une bonne scène, d’avoir les retours d’un jury de professionnels, et surtout de rencontrer d’autres groupes qui en sont au même point que nous globalement, de voir ce que d’autres étudiants explorent musicalement, de réaliser ce qu’il est possible de faire à notre niveau. Dans le cadre d’un tremplin, les galères, les questions, les avancées  sont les mêmes pour tous et cette relativisation n’est pas possible au contact de grands artistes dont on ne voit que le côté doré de la médaille !

 

Magma Bourgogne : Que vous ont apporté ces tremplins ?

 

J : De l’assurance !!! Les contacts, la  « renommée » et la fierté font naître une réelle confiance indispensable à un groupe comme nous qui se remet sans arrêt en question. « Gagner » prouvait que toutes ces heures à gamberger n’avaient pas été vaines et que le jury avait remarqué que nous pensons notre musique autant que nous la jouons. On s’est dit « ah tiens, on vaut quelque chose...! » Et ça nous a incités à aller encore plus droit et plus franchement vers la ligne qu’on voulait suivre,  confortés dans notre envie d’aller encore plus loin et plus en profondeur. Et puis, bien sûr, le gain financier du tremplin nous aide pour ça. Les retours du jury nous montrent aussi nos limites et nos fausses routes. Le tremplin fait joli sur un CV, nous donne une certaine crédibilité auprès des professionnels. Tout ça est très important... Et puis, on ne remerciera jamais assez la Scène Bourguignonne qui nous a soutenus suite au Dijon Live et fait bénéficier de nombreux contacts ! C’est d’ailleurs sur leur site que le festival des Francos Gourmandes de Tournus nous ont repéré.

 

MB : Justement, quels souvenirs gardez-vous de cette première grosse scène ?

 

J : Les souvenirs de cette scène sont grandioses : nous, comme des boules de nerfs au bord de l’explosion, face à un public bouillant ! C’est vraiment terrible de se donner et de recevoir simultanément de façon si généreuse. On a pris conscience, malgré notre style intimiste, que les grosses scènes nous allaient bien aussi. Tant qu’on ira chercher le public du bout des pupilles, il viendra à nous, et pas besoin de guitare électrique ni d’orchestre symphonique pour cela !

 

MB : Vous venez de remporter un trophée Sacem (et non pas le Prix Sacem), c’est une première consécration pour vous ?

 

J : Oui, c’est Beryl B la lauréate du Prix Sacem mais un trophée Sacem c’est quand même pour nous une sorte de consécration. On est vraiment ravis et fiers, et comme pour nos deux tremplins l’année dernière, celui-ci nous remplit à nouveau d’une énergie créatrice donc très positive ! Ce qui ne veut pas dire qu’on se repose et s’assoit sur ce qu’on a déjà fait, au contraire ! La création, c’est aussi la remise en cause de certains choix. En plus, ce tremplin nous offre deux semaines de résidence qui conviennent parfaitement à cette énergie qui ne demande qu’à être déployée.

 

 

MB : Est-ce, d’après vous, la fraicheur de vos compositions et de votre style qui suscite  l’intérêt du public ?

 

J : La « fraîcheur » de notre musique, la « jeunesse » du groupe et de ses membres, ce sont des mots qui reviennent souvent dans la bouche des gens. Et c’est vrai qu’on est jeunes et qu’on ne cherche pas à passer pour des plus vieux. On est conscient de cette candeur et on en joue agréablement, ce qui montre bien qu’on n’est tout de même pas si naïfs. On ne triche pas avec notre âge ni avec nos instruments : pas d’effets, pas d’électrique …juste de la musique pure et brute. On nous dit souvent qu’il y a quelque chose en nous que les gens n’arrivent pas à définir,  à mettre un mot : un esprit ? Un univers ?... La musique de Nazca raconte l’histoire d’une naissance, de façon implicite, mais ce fil nous tient, ancre nos personnages dans une atmosphère particulière, un peu mystérieuse, en livrant un tout cohérent et soudé qui monte en intensité. Ca accroche mine de rien ! Le public sent en nous quelque chose de différent, qu’on ne rencontre pas partout, se laisse apprivoiser. On ne se contente pas de chanter. Nos voix, nos corps racontent et c’est ce qui envoûte. Je ne suis pas une indienne en fait, mais plutôt une sorcière (rires).

 

MB : Vous venez de sortir votre premier EP pouvez nous en parler mais aussi évoquer votre démarche pour son financement ?

 

J : Financer un EP, c’est toujours le problème quand on est un groupe indépendant d’étudiants. Alors on a lancé un appel aux dons sur le site KissKiss BankBank. Celui qui veut est amené à donner un certain montant qu’il choisit, et en échange, nous proposons des contre-parties, comme le CD dédicacé, une vidéo d’une reprise de votre choix, etc. et même un concert privé ! Enfin ça c’est pour les giga-dons ;-)

Sur notre EP, on a décidé de rééditer quelques compos qui étaient déjà sur la maquette, avec d’autres arrangements, et surtout un meilleur mixage, et d’enregistrer nos nouveaux trésors. On a fait ça chez Marc, le guitariste, qui se débrouille très bien le petiot ! La qualité est intermédiaire, entre la maquette et l’album produit par un label. On est content du résultat pour les moyens qu’on avait. On voulait produire quelque chose qui nous ressemble, et c’est le cas.

 

MB : Quels sont vos projets et où pourra-t-on vous voir bientôt ?

 

J : Toujours plus loin !!! Prendre le temps de composer un peu, travailler notre jeu de scène, les lumières et le son grâce à la résidence. Démarcher les salles, festivals, labels et autres structures avec ce nouvel EP. Grandir, rester simple, éclore!

 

Propos recueillis par Jérôme Gaillard

 

En savoir plus : www.musicnazca.com

 

 

 

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